Un mois dans le monde

dimanche 29 octobre 2017

Catalogne

Doit-on être pour ou contre l’indépendance de la Catalogne ? J’avoue être partagé. En 1936, l’indépendantisme catalan existait déjà. Le premier président de la Généralité de Catalogne Lluis Companys n’a pas été, loin de là, le fer de lance de la résistance au franquisme, rôle joué à Barcelone par la CNT. Mais il a payé cher son indépendantisme : arrêté par la Gestapo et livré aux Franquistes, il a été fusillé en 1940 en criant : “pour la Catalogne”.

Il y a visiblement dans le gouvernement Rajoy des nostalgiques de cette époque bénie (au sens propre du terme) du fascisme. L’arrestation de plusieurs membres du gouvernement régional pour empêcher un référendum rappelle qui est Rajoy. Au nom de quoi l’éclatement de l’URSS, de la Yougoslavie, de la Tchécoslovaquie, de l’Éthiopie ou du Soudan serait “légitime” alors que les habitant-es de Catalogne n’auraient pas le droit de s’exprimer ?

Saint-Martin

Une catastrophe frappe en principe tout le monde. Mais pas équitablement. Dans l’île de Saint-Barthélemy où la population est blanche et où le tourisme est essentiellement un tourisme de luxe, les dégâts sont limités.

La partie française de Saint-Martin ressemble davantage à Mayotte si bien décrite dans le numéro précédent de notre revue. Une population pauvre et jeune, issue (pour presque moitié) d’une immigration dite “illégale” : une centaine de nationalités. Les pauvres, c’est embêtant : leurs cases ne résistent pas aux cyclones. Alors il a fallu en priorité envoyer l’armée parce que vous comprenez, les pauvres, leur premier réflexe quand y a une catastrophe, c’est d’aller voir chez les riches. Dès que possible, on a aussi envoyé des avions. Mais là encore, il a fallu sélectionner qui avait le droit de fuir cette île dévastée. Là encore les classes sociales, la richesse et la couleur de la peau ont joué.

Birmanie

Une pétition circule sur Internet pour enlever le Prix Nobel de la Paix à Aung San Suu Kyi. Faut dire que ce prix, jadis décerné à d’authentiques criminels comme Kissinger ou Begin, a perdu de sa valeur.

Qu’a fait cette brave pacifiste, jadis encensée pour sa résistance démocratique à la dictature militaire birmane ? Elle a justifié avec le langage soft des massacreurs le nettoyage ethnique des Rohingyas en voie d’achèvement. Déjà des centaines de mortEs et plus de la moitié des 800 000 Rohingyas de l’Arakan expulsés au Bangladesh. Des crimes de guerre contre la population civile cautionnés par notre grande démocrate qui se plaint de la “désinformation”.

Un génocide a besoin d’idéologues. En Birmanie, le moine bouddhiste Ashin Wirathu, animateur du mouvement “969” explique régulièrement que “les musulmans sont comme la carpe africaine. Ils se reproduisent rapidement, sont très violents et se mangent entre eux. Même s’ils sont une minorité ici [en Birmanie], nous souffrons du fardeau qu’ils nous amènent”.

Un dernier mot sur le colonialisme britannique qui, partout où il est passé, a engendré les haines communautaires : c’est lui qui a fait venir les Rohingyas depuis le Bengale au début du XIXe siècle.

Kurdistan

Après les centaines de milliers de victimes des invasions occidentales et les massacres commis par Daesh, l’Irak est sur le point d’éclater. Le Kurdistan irakien veut son indépendance. Il a déjà officiellement l’appui d’Israël et officieusement celui de la Turquie avec qui il commerce et qui a toujours joué les Kurdes d’Irak contre le PKK. Le Kurdistan irakien est autonome et pro-américain depuis l’invasion occidentale. Il est dirigé par le clan des Barzani qui y exerce un pouvoir clanique. Ce dépècement de l’Irak fait le jeu des djihadistes en faisant éclater la coalition qui s’était créée contre eux. Il sera très difficile de faire se battre ensemble contre Daesh l’armée irakienne et les forces kurdes.

Israël

On doit reconnaître à l’extrême droite au pouvoir en Israël qu’elle dit ouvertement où elle veut en venir sans se dissimuler. La ministre de la “justice” Ayelet Shaked explique que “le sionisme ne courbera jamais la tête devant un système de droits individuels interprété de façon universaliste”.

En application de ces dignes principes, les autorités israéliennes ont, à la veille de la rentrée scolaire, démantelé et confisqué six écoles (structures mobiles) maternelles et primaires palestiniennes dans le village de Jabbet Adh-Dhib, en Cisjordanie. Elles ont également confisqué une dizaine de panneaux solaires à Abu Nawar. L’Union européenne qui avait financé ces installations, a très mollement protesté. En tout cas, la protestation est restée inaudible.

Dans la vieille ville d’Hébron où depuis des décennies, quelques centaines de colons protégés par l’armée font régner la terreur, ces colons auront désormais un statut de municipalité : ils géreront l’éducation, la sécurité, la voirie.

En Israël même, un pas supplémentaire a été franchi contre les BédouinES du désert du Néguev. Plusieurs centaines d’entre eux vivant dans le village non reconnu de Bir Hadaj ont été déchus de leur citoyenneté israélienne et deviennent apatrides. Ils paient pourtant leurs impôts et certains ont fait l’armée. Les terres bédouines sont convoitées pour créer de nouvelles villes juives dans le Néguev. Les autorités israéliennes disent que la nationalité israélienne leur a été donnée “par erreur”.

En application de la loi votée en Israël contre toutes les associations soutenant le BDS, le gouvernement israélien a décidé de s’en prendre à Amnesty International qui avait eu l’outrecuidance d’appeler à ne pas acheter les produits des colonies.

En Cisjordanie occupée, la spoliation de l’eau continue. Si les PalestinienNES n’ont droit à l’eau potable qu’avec parcimonie, ils/elles récoltent les eaux usées des colonies : 19 millions de m3 d’eau l’an dernier. 12 % des déchets des colonies ne sont pas traités et directement déversés sur les terres palestiniennes.

Pour échapper aux condamnations internationales, Israël cherche des alliés. Ça a marché avec l’Inde de Narendra Modi qui a fait une visite officielle à Tel-Aviv. Mais ça a échoué en Afrique. Le sommet Israël-Afrique qui devait se dérouler au Togo a été annulé. Beaucoup de dirigeants africains ont renoncé à affronter leurs opinions publiques.

Palestine

Les deux gouvernements rivaux, très affaiblis, disent officiellement vouloir régler leurs différents. Sur demande égyptienne, le Hamas a dissous le “comité administratif” qui était une espèce de gouvernement parallèle à Gaza.

Mais les PalestinienNEs ont entendu tellement de fois parler de réconciliation ou de gouvernement d’union nationale qu’ils ont du mal à y croire.

En attendant, l’Autorité Palestinienne continue d’assurer la sécurité de l’occupant. Issa Amro, animateur à Hébron de l’ONG “la jeunesse contre les colonies”, a été arrêté pour avoir critiqué Mahmoud Abbas et libéré sous caution après plusieurs jours de détention. Il doit maintenant être jugé par Israël et risque 10 ans de prison.

Pierre Stambul


Brèves

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7 juillet - RELAXE POUR ELIE DOMOTA !

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