Gens de Gaza, vivre dans l’enfermement

Note de lecture
lundi 25 septembre 2017

Ce livre, accompagné d’un DVD et illustré par des photographies qui montrent la volonté de lutte et l’énergie au travail de la population de Gaza, vient nous rappeler la situation de “plus de deux millions d’être humains emprisonnés sur un bande de terre prise en étau entre Israël et l’Égypte”, écrit Christiane Hessel dans sa préface.

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Il a été rédigé par un collectif de six auteur-e-s, Brigitte Challande, Véronique Hollebecque, Sarah Katz, Franck Mérat, Pierre Stambul et Annie Vera, qui ont recueilli les témoignages des “gens de Gaza” pour les transmettre au monde. Cette terre pourtant fertile, ensoleillée, baignée par la mer, s’est transformée en cage au sens propre du terme, car même le ciel, traversé de drones et d’avions de guerre, est lourd de menaces. Quant à la Méditerranée, ailleurs idyllique, elle s’avère doublement dangereuse, en raison de la pollution d’une part, et des attaques des navires de guerre israéliens sur les pêcheurs, d’autre part. Pour ce qui est de la terre, soulignent les auteur-e-s, “la comparaison avec les couloirs d’entrée des fauves sur la piste des cirques de nos enfances s’impose”. “L’espace est physiquement totalement bouclé…” Elles/ils évoquent “Murs élevés, bardés de miradors armés, couloir grillagé, route hyper-sécurisée”.

Sous perfusion onusienne, Gaza, surpeuplée et appauvrie par le blocus et les bombardements successifs d’Israël, (baptisés Plomb durci, Pilier de Défense et Bordure Protectrice), manque de tout, d’eau, d’énergie (d’électricité et de gaz) de médicaments, de matériaux de construction. Les organismes de l’ONU prévoient même qu’en 2020, “il n’y aura essentiellement plus d’accès fiable à l’eau potable”. Les Nations Unies tirent la sonnette d’alarme : la survie elle-même ne sera bientôt plus possible sur cette terre qu’Israël martyrise et étrangle.

L’ouvrage retrace brièvement l’histoire de ce pays depuis l’Antiquité, et analyse la situation politique actuelle, sans rien occulter des divisions palestiniennes, de la guerre fratricide, de la place des religions, des questions en débat, celles du pouvoir et des différentes formes de résistance. Il s’attache surtout à dénoncer l’occupation, la violence destructrice du colonisateur qui réduit la population à l’assistanat généralisé. Les agriculteurs cultivent souvent au péril de leur vie (terres ravagées, troupeaux décimés, exploitations pulvérisées). Nurid Peled utilise le terme de sociocide pour définir la destruction méthodique de l’appareil productif et du tissu social. Le sort des prisonniers palestiniens, torturés, soumis à des traitements cruels et inhumains dans les geôles d’Israël, est également abordé.

Malgré des conditions de vie qui pourraient sembler désespérantes, le livre témoigne de la vitalité des habitant-e-s, dont beaucoup de jeunes, qui étudient, s’engagent bénévolement dans de multiples associations, s’entraident fraternellement et se battent pour survivre. La population déploie une belle énergie pour travailler quand c’est possible, pour danser, pratiquer des activités artistiques, faire du sport et fabriquer des cerfs-volants, non sans envier la liberté des oiseaux migrateurs. À défaut de les suivre, ces oiseaux, on les brode pour une exposition. Il est interdit de voyager, mais pas de rêver. Le récit d’un atelier créatif où hommes et femmes brodent ensemble pour envoyer des messages au-delà des frontières est très émouvant.

Nous ne pouvons pas dire que nous ne savions pas, et pourtant, les médias français se taisent sur un drame qui s’éternise malgré le verdict des Nations Unies : Israël est reconnu coupable d’apartheid. Ce pays devrait donc subir le boycott infligé naguère à l’Afrique du Sud ; la campagne mondiale de BDS est évoquée. Le livre dénonce la passivité de la communauté internationale, la complicité de la France, partenaire d’Israël dans la criminalisation du BDS, à la pointe d’une politique antidémocratique et répressive. L’ouvrage se termine sur la nécessité d’apporter un soutien concret aux Gazaouis pour leur permettre de produire eux-mêmes ce dont ils ont besoin : la construction du château d’eau de Khuza’a qui permet aux agriculteurs d’irriguer leur récolte en est un exemple. Aider Gaza, c’est nous aider nous-mêmes à rester debout.

Marie-Noëlle Hopital

  • Gens de Gaza, une prison à ciel fermé, Témoignages 2011-2016 , éditions Riveneuve, 2017.

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