À Sainte-Livrade-sur-Lot, un maire miraculeux pour l’école privée catholique !

vendredi 22 septembre 2017

Depuis des années, les débats sur la laïcité sont détournés sur les sujets de voile musulman, de prières de rue voire de burkini, non seulement par le FN et l’islam clérical, mais par l’ensemble de la classe politique. La droite cléricale profite de ces divisions pour avancer son fer de lance : l’école privée catholique, dévoreuse insatiable de financements publics et fournisseuse de troupes pour des mouvements aussi réactionnaires que la “Manif pour tous” ou “Sens commun”. À Ste-Livrade (Lot-et-Garonne) le maire et son équipe n’hésitent pas à utiliser la mise à jour du PEDT (1) pour tenter de contraindre le maximum de familles à scolariser dès deux ans les enfants... dans l’école privée confessionnelle locale !

Le projet éducatif territorial, depuis 2013, “formalise une démarche permettant aux collectivités territoriales volontaires de proposer à chaque enfant un parcours éducatif cohérent et de qualité avant, pendant et après l’école, organisant ainsi, dans le respect des compétences de chacun, la complémentarité des temps éducatifs” (2). Cette concertation a été rendue indispensable pour l’aménagement des fameux “rythmes scolaires” et la coordination des temps scolaires et péri-scolaires qui peuvent être un vrai casse-tête. Au moment où le nouveau gouvernement s’apprête à mettre en place un système dérogatoire à cette organisation, le pouvoir donné aux municipalités par le PEDT monte à la tête de certainEs éluEs qui pensent disposer ainsi du droit de modifier en faveur du privé les règles d’inscription des élèves.

Nous avons pu consulter la première formulation soumise par la mairie aux autres partenaires. Elle avait le mérite de la clarté.

En page 8, le PEDT explique les parcours possibles pour scolariser un enfant à Ste Livrade :

J’habite Sainte-Livrade-sur-Lot et mon enfant vient d’avoir deux ans. Quel va être son parcours à travers les dispositifs existants et les différents liens et les publics ?

Tout d’abord, je peux le scolariser dès ses deux ans à l’école privée Sainte-Marie ou au sein d’une école publique (sous conditions).[...]”

Et pour celles et ceux qui n’auraient par bien saisi, en page 8 et 9 on précise les conditions d’inscription dans les écoles maternelles de la ville :

École Sainte-Marie :

L’accueil des enfants de moins de trois ans en Toute Petite Section doit être vécu comme une passerelle entre la crèche, la halte-garderie, la maison de la petite enfance… et la classe de Petite Section. [...]

École Lagourguette et Cayras :

Un accueil scolaire est réalisé pour les moins de trois ans uniquement à la demande des professionnels de la petite enfance (PRE, Assistante sociale, médecin, PMI, Psychologue..) si les enfants présentent un risque à la maison ou une carence.”

Si l’école privée accueille tout le monde (pas gratuitement), l’accès à l’école publique doit faire l’objet d’un signalement (dès deux ans !) concernant l’élève et sa famille.

Après les réactions indignées et mesurées des enseignantEs, de la coordinatrice REP (3), de l’IEN (4), des DDEN (5), des parents et du SNUipp 47 (6), le maire et son équipe soumettent une version plus soft en apparence, mais en réalité plus fermée encore.

Voici les deux mêmes extraits après toilettage.

J’habite Sainte-Livrade-sur-Lot et mon enfant [...]

Tout d’abord, je peux le scolariser dès ses deux ans.

La ségrégation paraît avoir disparue ? Hélas, voyons la suite :

École Cayras :

[...] En l’espèce, au regard d’un contexte socio-économique difficile, d’un territoire où les familles sont parfois démunies et démissionnaires, du fait que les écoles de la commune sont classées en réseau d’éducation prioritaire, un dispositif d’accueil des enfants de moins de trois ans est proposé sur le temps scolaire au sein d’une classe labellisée à l’école CAYRAS.

Une attention particulière sera portée sur les enfants les plus éloignés de la culture scolaire, ayant des difficultés de socialisation, l’objectif étant de développer une appétence pour le milieu scolaire.

École Sainte-Marie :

La Toute Petite Section vise des apprentissages dans le domaine du langage, de la motricité et de l’éveil au monde environnant, à travers une pédagogie qui lui est propre et qui repose sur le jeu, l’action et l’expérimentation. L’admission des enfants de moins de trois ans pourra s’échelonner au fil de l’année scolaire, après leur date d’anniversaire (deux ans avant le 31 décembre de l’année scolaire en cours) et au plus tard au retour des congés de printemps.[...]”

Qu’est-ce qui a changé ? Rien pour l’école privée, qui au passage récupère le projet tel qu’il fonctionne actuellement dans les maternelles publiques. Une des deux a disparu du projet (Lagourguette, et son poste de PE pour les moins de trois ans). Pour l’autre (Cayras) les familles sont toujours plus stigmatisées (“familles démunies et démissionnaires”) et le terme de “classe labellisée” (emprunté à l’agro-alimentaire ?) doit être compris comme : signalement obligatoire par les services sociaux et limitation du nombre d’inscritEs à 16 (dans le souci louable d’alléger les effectifs, mais surtout dans celui coupable de contraindre le plus possible de familles à l’inscription payante à Ste Marie). Selon nos sources, pour les moins de trois ans, les parents souhaitant une inscription dans le public devront joindre leur avis d’imposition. Pour pouvoir contraindre les familles qui en ont les moyens à inscrire leur enfant dans le privé.

Face à ce projet de favoriser de manière éhontée le privé catholique au détriment de l’école publique, les enseignantEs de Sainte-Livrade se retrouvent presque seulEs à devoir faire face à un enjeu aussi considérable. Le préfet et le rectorat n’ont pas pris position alors que le PEDT devait être validé fin juin, les DDEN s’indignent et s’apprêtent à saisir la HALDE (7), le SNUipp aide les parents à rédiger des courriers mais se contente d’exiger “à tout le moins, que l’égalité de traitement entre écoles privée et publiques soit respectée”. Tout en revendiquant une “réunification du service public d’éducation” dont le maire de Ste Livrade montre quel sens elle peut prendre si on se contente du service minimum en matière de laïcité.

Communiqué du groupe départemental 47 d’Émancipation Tendance Intersyndicale

(1) Projet éducatif territorial.

(2) Circulaire n° 2013-036 du 20 mars 2013 ministère de l’éducation nationale.

(3) Réseau d’éducation prioritaire. Les écoles et le collège de Ste Livrade sont classées REP.

(4) Inspecteur de l’Éducation nationale.

(5) Délégués départementaux de l’Éducation nationale.

(6) Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC du Lot-et-Garonne.

(1) Projet éducatif territorial.

(2) Circulaire n° 2013-036 du 20 mars 2013 ministère de l’éducation nationale.