Notre librairie (septembre 2017)

vendredi 22 septembre 2017

États d’urgence

À l’heure où le gouvernement veut mettre l’état d’urgence dans le droit commun, on sait pertinemment que le dit état d’urgence a surtout permis d’assigner à résidence, d’interdire de manifester. C’est justement au cœur de ces mobilisations de l’année 2016 qu’ont œuvré six professionnelLEs de la photographie sociale. À travers leurs clichés commentés, Ils/elles nous plongent dans “lesétats d’urgence” qui traversent la France (mouvement social, crise migratoire, violence d’État, écologie…) Photographes engagéEs, leur objectif est de pointer des dysfonctionnements dans l’espoir de les médiatiser, afin de témoigner, de dénoncer et au-delà de proposer par l’image, une interrogation du réel.

États d’urgence , revue photographique sous la direction de Yann Levy, éditions Libertalia, mai 2017, 128 p., 16 €.
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La fabrique scolaire de l’histoire

Huit ans après le premier volume, celui-ci poursuit la réflexion amorcée sur les spécificités de l’histoire enseignée en entrant plus profondément dans le détail des pratiques.Pourquoi et comment apprendre l’histoire ? Les programmes ont changé, mais les questions demeurent, encore plus d’actualité. Si l’histoire scolaire a toujours été tiraillée entre finalités civiques, identitaires et critiques, c’est bien la dimension critique qui est aujourd’hui la plus maltraitée. L’enjeu central de l’ouvrage est de redéfinir les contours d’une école républicaine malmenée par le démantèlement du service public.

La fabrique scolaire de l’histoire, Illusions et désillusions du roman national, tome 2 , sous la direction de Laurence de Cock, éditions Agone, août 2017, 216 p., 15 €.

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L’enfance de l’ordre

Ce livre est le résultat d’une enquête de deux ans, menée par deux sociologues auprès des élèves de CP, CE1 et CM d’une école parisienne. Il s’agissait de cerner de quelle manière les enfants perçoivent les inégalités, les hiérarchies du monde social qui les entoure. Les questions portaient sur les métiers, les amitiés-inimitiés et la politique. Les auteurEs identifient clairement un phénomène de “recyclage” en ce sens que les enfants recyclent les principes transmis au quotidien par leurs parents, leurs pairs, l’école, dans des domaines moins familiers. Les injonctions qu’ils/elles subissent au sujet de leur comportement et de la propreté sont réutilisées pour juger le monde. ChacunE trouvera sa place, du côté du sale ou du propre, de la bêtise ou de l’intelligence, des “bons” ou des “méchants”. Si bien qu’à travers la genèse de ces perceptions enfantines, les deux sociologues montrent concrètement comment se forment les“habitus” identifiés par Pierre Bourdieu comme étant à l’origine de la reproduction sociale.

L’enfance de l’ordre , Julie Pagis, Wilfried Lignier, éditions du Seuil, avril 2017, 320 p., 23 €.

En quel temps vivons-nous ?

Une conversation entre l’éditeur Éric Hazan et Jacques Rancière constitue ce petit ouvrage. Y sont abordées des questions chères au philosophe : peuple, démocratie, représentation, révolution esthétique ou politique, insurrections d’hier et occupations d’aujourd’hui. Écrit fin 2016, début 2017, en pleine campagne électorale, il revient sur le système représentatif qu’il fustige, ce système produisant “la classe” des politicienNEs et précise que “la démocratie n’est pas le choix des représentants, elle est le pouvoir de ceux qui ne sont pas qualifiés pour exercer le pouvoir”. Le temps dans lequel nous vivons, nous rappelle le philosophe, est celui du capitalisme, omniprésent. Néanmoins cela n’exclut en rien l’espoir de gagner en justice et en liberté, si on conçoit les luttes “nées de circonstances spécifiques” comme des espaces d’émancipation qu’il définit comme “manière de vivre dans le monde de l’ennemi dans la position ambiguë de celui ou celle qui combat l’ordre dominant mais est aussi capable d’y construire des lieux à part où il échappe à sa loi”.

En quel temps vivons-nous ?, Jacques Rancière, éditions La Fabrique, mai 2017, 80 p., 10 €.