Face à l’offensive de Macron et des patrons l’urgence de construire partout le front social

Dossier
lundi 11 septembre 2017

Le capitalisme, partout à l’offensive pour doper ses taux de profit, et le MEDEF, qui ne se retient même plus au niveau de ses exigences les plus folles, attendaient de Macron, leur élu, qu’il mène une attaque décisive contre les droits et les acquis sociaux dans cette France qui en dispose encore suffisamment pour apparaitre comme l’exemple à abattre. Pour répondre à cette attente, et imposer un programme des plus réactionnaires, Macron entendait prendre de court le monde du travail. Pour cela, il tablait sur la désorientation de ce dernier suite à l’effondrement et à la division des partis de la gauche parlementaire. Et il espérait aussi gagner l’attentisme sinon la caution du plus possible de directions syndicales en leur proposant une multitude de concertations sur son programme dans lequel il n’y a vraiment rien de négociable et en absorbant dans son équipe des responsables de la CFDT ou de FO. C’était compter sans l’appel de la CGT, rejointe depuis par Solidaires et des syndicats d’autres confédérations et fédérations, refusant cette caution à des projets inacceptables et non négociables et proposant une journée de grève et de manifestation le 12 septembre. C’était également compter sans la mise en place du front social, dans la suite de la mobilisation contre la loi El Khomri et des convergences des Nuits debout et du “cortège de tête”, et sans le succès des rassemblements des 8 mai, 19 juin et 14 juillet à Paris, comme dans les régions, où se multiplient les fronts sociaux locaux. La rapidité et l’aspect frontal de l’offensive du pouvoir nécessitent à la fois de généraliser au plus vite et partout des fronts sociaux des syndicats, de la jeunesse et des quartiers, de les coordonner démocratiquement et en même temps de réussir la mobilisation du monde du travail, avant comme après le 12 septembre, pour aller vers un mouvement d’ensemble en mesure d’imposer, dans un premier temps, le retrait des ordonnances de Macron.
Dossier présenté par Olivier Vinay, le 19 août 2017

L’urgence de l’unité pour bloquer les ordonnances “loi travail XXL”…

La première étape de ce programme de démantèlement des droits conquis par les mobilisations des exploitéEs est frontale, massive et décisive pour les rapports de forces à venir, dans les entreprises comme pour les luttes contre le reste des attaques Macron. Les ordonnances pour en finir avec le Code du travail attaquent aussi bien le CDI par la facilitation du CDD et la mise en place des CDI de projets, que les indemnités prudhommales en cas de licenciement abusif ou la représentation des salariéEs (référendum d’entreprise organisé par le patron, fusion des CE, DP et surtout CHSCT, bête noire du patronat notamment du fait de ses pouvoirs sur le contrôle des déclarations d’accidents du travail…), ou la hiérarchie des normes, en faisant primer les accords d’entreprise sur ceux des branches et sur le Code du travail… Autant d’avantages essentiels accordés aux patrons et au MEDEF, qui ne cessent de les réclamer pour déséquilibrer encore plus le lien de subordination les liant aux salariéEs par le contrat de travail et faire la loi dans l’entreprise. Ces ordonnances, aggravation décisive de la loi El Khomri, s’appliqueraient avec valeur de décret dès leur promulgation, prévue le 20 septembre ; puis validées par le parlement elles acquerraient force de loi.

… c’est stopper Macron qui veut en finir avec la protection sociale et le syndicalisme de lutte

Un tel recul mettrait Macron en position de force pour imposer le reste de ses attaques : des millions d’ayant droit à l’APL en difficulté, pour un bénéfice dix fois moindre pour le budget de l’État que la perte sur l’impôt sur la fortune du fait des baisses consentie à quelques 3000 assujétiEs à l’ISF ; transfert des charges sociales à l’impôt et de la gestion sous contrôle syndical de l’indemnisation du chômage et de la protection sociale à l’État ; remplacement des retraites solidaires par répartition entre générations et régimes spéciaux par un système par capitalisation à points ; suppression de 120 ?000 postes dans la fonction publique, avec la précarité érigée en système et la mise au chômage massive des plus précaires (contrats aidés)…

Ce programme, il est important d’en connaître les différentes étapes pour organiser la riposte et tout faire dès septembre pour bloquer les ordonnances, sans perdre de vue la suite, sur la protection sociale, mais il faut aussi voir plus loin : outre la liquidation du programme du Conseil National de la Résistance expressément revendiqué par le MEDEF, cette offensive crée les conditions de la fin du syndicalisme de luttes, de revendications et de rapport de force. C’est un objectif essentiel, bien que non avoué, des mesures comme le référendum d’entreprise pour court-circuiter les syndicats au niveau local, la fusion des instances de représentation pour les affaiblir aux différents niveaux, en divisant par trois le nombre d’heures de délégation ; et pour leur retirer du pouvoir au niveau des branches, ; quant-à l’inversion de la hiérarchie des normes, la fin de la gestion syndicale des fonds sociaux et l’attaque contre les prud’hommes (où les représentants de syndicats de salariés disposent encore d’une égalité de pouvoir avec les patrons)… ces mesures sont faites pour affaiblir les confédérations.

Les fronts sociaux pour remobiliser dans la diversité des formes de lutte

Le front social a pu se constituer sur la base du refus de l’arrêt de la lutte contre la loi travail le 15 septembre 2016, par les différentes composantes qui s’étaient mises en place pendant cette longue et large mobilisation, AG interpro, interluttes, collectifs lycéens et de jeunesse, Nuits debout, On Bloque Tout… Celles-ci avaient appris à travailler ensemble et à organiser la convergence avec les luttes contre la loi travail dans les entreprises. Et elles avaient, à Paris et dans certaines grandes villes, structuré les cortèges de tête.

C’est donc tout naturellement que ces composantes ont pu prendre l’initiative du premier tour social, le 22 avril, puis du front social le 8 mai. Cette deuxième manif tout de suite après le deuxième tour de présidentielles et l’élection de Macron, à la fois contre l’ultralibéralisme du candidat élu et contre le FN a été un tournant important de plusieurs points de vue. Elle a sauvé l’honneur, l’essentiel du mouvement ouvrier et syndical, englués dans des choix cornéliens sur la meilleure expression anti FN, ayant été complètement oublieux de la grande manif anti fasciste de 2002. Elle a permis d’attester du dynamisme et de la maturité de ce front social à peine constitué, par sa capacité à résister aux multiples provocations des policiers, sûrement désappointés de ne pas pouvoir donner à voir des vitrines brisées, alors que des courants autonomes étaient appelants. Et d’ailleurs, les médias ne s’y sont pas trompés, qui ont très largement couvert cette manif.

Du coup nombre de syndicats, de collectifs et de militantEs isoléEs ont rejoint le front social. Y compris des fédérations et des UD se sont posé la question, d’autant plus que l’absence de propositions syndicales de mobilisation était impressionnante.

Le front social doit gagner en démocratie

Malheureusement cette belle dynamique a été relativisée par des pesanteurs démocratiques qui ne sont pas à la hauteur du succès et des responsabilités qu’elle induisait. L’équipe d’animation du Front social constituée de militants chevronnés (je ne féminise pas parce qu’il n’y a pas de femmes dans le collectif d’animation de sept personnes ce qui est un premier problème dénoncé dans les AG) théorise que le Front social, serait sa création, et ne pourrait être géré que par ses soins, ce qui pose des problèmes de forme, comme de fond. Cet attachement à un pseudo pouvoir bureaucratique pourrait simplement faire sourire, de la part de militants expérimentés prônant la démocratie dans les syndicats et dans les luttes, s’il n’avait pas servi de motif pour que des militantEs s’opposent à ce que leur structure rejoigne le Front social, pour des désaccords n’ayant rien à voir avec ces questions de démocratie. Rien que ces réticences exprimées dans les AG par des syndicats venus en observateurs qui ne sont pas revenus et n’ont pas rejoint le Front social ou bien ont seulement appelé à certaines initiatives de façon autonome, auraient du conduire à améliorer cette situation sur le champ. Mais surtout, se proclamer chef ne rend pas infaillible : des décisions ou des attitudes inadaptées, qui ont fait du tort au mouvement auraient certainement pu être évitées par un échange plus collectif, je les ai détaillées à l’interne du Front social et de l’Émancipation à plusieurs reprises et n’y reviendrai pas ici, à une exception près parce qu’elle concerne l’avenir : l’équipe d’animation considère qu’il n’est pas sûr que le Front social doive apparaître avec banderoles dans les manifs du 12/09. Donc, cette question, dont la réponse semble tellement évidente à qui prétend construire le Front social sera peut-être abordée lors de la conférence téléphonique du 2 septembre pour préparer le 12 (les comités Locaux du Front social doivent communiquer leur numéro d’appel pour cette conférence à pourunfrontsocial@gmail.com rubrique “numéro d’appel”). Le contexte de guerre de classe menée par le pouvoir impose de sortir au plus vite de ce fonctionnement bloquant, en transformant les AG, pour l’instant informatives en véritables AG de débat et décisoires et en ouvrant largement le collectif d’animation, de préférence à des femmes et à des représentantEs de Fronts sociaux des régions. La réunion nationale des Fronts sociaux du 30 septembre en présence des représentantEs mandatéEs des comités locaux du Front Social et des représentantEs des organisations qui ont rejoint le Front Social sera une occasion de poser calmement mais fermement ces questions de démocratie. Encore faut-il renforcer les fronts sociaux locaux et mieux départementaux, notamment en région parisienne, afin de contribuer à rééquilibrer l’animation du front social.

Les fronts sociaux pour aider aux convergences…

Le front social s’est aussi développé en raison de l’attentisme syndical. L’appel intersyndical au 12 septembre a pour résultat de diminuer les capacités d’attraction du front social pour les structures et militantEs CGT, voire plus largement. Pour autant la nécessité de construire, développer et faire vivre démocratiquement les fronts sociaux est toujours aussi urgente. Et pour plusieurs raisons.

L’analyse du rapport de force d’abord. Même si l’état de grâce de Macron a été plus fugace que jamais, il détient des rouages importants du pouvoir, sait pouvoir compter sur le soutien de la droite et des renégats du PS, style Valls, du patronat et de la plupart des médias. Au niveau syndical, la direction de FO continue à avoir les yeux de Chimène pour Macron et Pénicaud, du coup la CFDT fait semblant de poser des lignes rouges à ne pas franchir, mais, même si on ne sait pas quand, la seule chose sûre, c’est qu’elle va trahir. La FSU, à l’exception de certains de ses syndicats fait la morte… Pour que la CGT et Solidaires puissent mener une lutte dure, il faudrait que l’exaspération sociale soit importante, ce qui n’est pas encore sûr, même si c’est probable. À l’agression frontale sur le Code du travail, s’ajoutent la dégradation généralisée des conditions de travail et d’emploi et les mesquineries comme la baisse des APL, alors que dans le même temps l’exonération de l’ISF pour les 3000 plus riches, les sommes englouties par les JO et les transferts du foot montrent que de l’argent, il y en a. Pour espérer gagner, la mobilisation interprofessionnelle doit être rejointe par celle de la jeunesse et des quartiers (collectifs, associations privées de subsides et d’emplois aidés, retraitéEs très malmenéEs… ), comme ce fut le cas en 2006, dans la lutte contre le CPE, dernière victoire du mouvement syndical. On a certes eu contre la “loi travail” la mobilisation de la jeunesse en premier mais, laissée isolée, elle a été contenue par une répression qui, à elle seule, discrédite complètement les Hollande, Valls et Cazeneuve, et les Macron et Colomb qui leur emboitent le pas. Le front social se fixe pour objectif d’éviter un tel isolement. Quant aux quartiers, la diversité de leur engagements contre la loi El Khomri (Nuits debout, AG interpro, collectifs contre la loi travail, maisons du peuple...) n’a pas permis de coordination au-delà des villes et de certains départements. Le front social, avec un intitulé générique, des orientations convergentes et des possibilités de coordination nationale, peut contribuer à unifier et à homogénéiser cet aspect de la mobilisation.

… et aux dynamiques interprofessionnelles

Le front social peut renforcer la mobilisation interpro puisqu’il a notamment pour objectif de soutenir les secteurs, les entreprises en lutte, par une présence physique ou par des caisses de grève. Il peut proposer des actions de blocage ou coup de poing, dans le cas précis de cette rentrée avant et après le 12 septembre. Il pourrait d’ailleurs avant tout contribuer à ce qu’il y ait un appel clair de la confédération CGT à la grève, déjà le 12, mais aussi à la reconduction.

Il peut aussi, influer sur la nature et le rythme des mobilisations, exiger de participer aux intersyndicales. Mais il pourrait également s’il devient assez puissant et si son cadre collectif et démocratique de décisions stratégiques s’améliore (deux élément qui sont liés) être en capacité d’appeler seul à des initiatives de masse. Ce qui présenterait deux avantages : dissuader les directions syndicales de mettre un terme prématuré aux mobilisations, comme le 15 septembre 2016 ramené à un simple baroud d’honneur, et aussi de poursuivre ou impulser des grèves et manifestations unitaires, en cas de carences syndicales, comme la possibilité en a été clairement démontrée le 8 mai, après les impressionnants cortèges de têtes contre la loi travail, notamment le 14 juin 2016.

Les fronts sociaux pour contribuer à gagner la bataille de l’opinion

Il a suffi de 200 000 signatures sur une pétition pour que disparaisse le projet de statut de “première dame”. Il est vrai que le million de signatures contre la loi travail n’avait pas suffi au buté Valls (mais a sans doute, à postériori, contribué à sa si plaisante chute). Mais avec ce régime de la frime, du marketing et de la promotion de son image, l’opinion publique compte. Et elle devrait être de plus en plus favorable aux opposantEs à la politique Macron. Il n’y a plus guère que “les marcheurs/ses” et les médias en laisse pour se persuader que l’offensive actuelle aurait été “légitimée par les urnes”. D’abord entre l’inconsistance attrape tout des différents avatars du programme Macron (dénoncée par les autres candidats) et l’extrême dureté antisociale des mesures finales, il y a un monde. Ensuite, quelle légitimité y a-t-il à vouloir faire passer en force une réforme du Code du travail bien pire que celle qui a pendant des mois été combattue par une bonne partie du pays et désavouée majoritairement par l’opinion ; ou à reprendre des vieilles recettes des pouvoirs balayés lors de toutes les dernières élections, comme faire payer plus aux pauvres et moins aux riches (APL/ISF) ; mais aussi à justifier la suppression dans des conditions honteuses des contrats aidés, par la rigueur, l’austérité et le souci des finances publiques, de la part d’une ministre du travail qui a personnellement bafoué ces principes ; ou encore à chercher à mater toute opposition par la répression sauvage, policière, judiciaire ou administrative. Enfin, elle est plus que relative la légitimité de ce pouvoir qui a recueilli à peine plus d’un dixième des inscritEs aux premiers tours des présidentielles et des législatives, même en jouant la carte du rempart contre l’extrême-droite (1), et elle est encore plus relativisée par sa chute dans les baromètres d’opinions, la plus vertigineuse de l’histoire de la Ve République, qui atteste de l’extrême faiblesse de son assise populaire dans le pays.

Dans ce dossier, sont présentées des expériences et des problématiques différentes, de Front sociaux d’origines différents, dans lesquels Émancipation est investie :
- le Front social 29 issu du collectif Brestois contre la loi travail où sont en débat des questions sur la démocratie : quelle forme d’animation, jusqu’où est-il possible d’étendre les problématiques sociales et politiques prises en charge par le Front social 29 (cf page 22) ?
- le Front social Fontenay-Sous-Bois, issu de la Nuit debout FSB, où on a beaucoup travaillé sur une plate forme unitaire assez complète, sur l’information par tracts et collages d’affiches (cf les illustrations de ce dossier) sur les projets Macron et sur la création, le 7 septembre, d’un Front social 94.

Le projet d’appel pour un Front social 94 (cf page 24) résulte à la fois d’une prise de contact avec des réprésentantEs de syndicats, collectifs et partis du Val -de-Marne lors des rencontres nationales des fronts sociaux et de la décision du front social Fontenay-Sous-Bois, constitué depuis le 26 juin, de proposer la mise en place d’un front social au niveau départemental. Cette proposition est apparue naturelle dans la mesure où Nuit debout Fontenay, dont est issu le front social (avec le Collectif contre la dette et le Comité de vigilance), avait mené des actions à visée départementales, comme le soutien aux travailleurs de la TIRU ((Traitement Industriel des Résidus Urbains, usine d’incinération) à Ivry en grève avec piquet de grève ou l’installation de banderoles contre la loi travail sur l’autoroute A 86.

Lors de la réunion de constitution du front social 94 du 7 septembre à 17h 30 à la Maison des syndicats de Créteil, le front social de Fontenay propose de rechercher l’unité qui a présidé à sa propre constitution : CGT, FSU, Solidaires, RESF-Fontenay Diversité, Comité Palestine, Nuit debout, Comité contre la dette, Comité de vigilance, Émancipation, Front de gauche (PC, France insoumise, Ensemble), NPA… et de partir de sa plate forme revendicative qui se veut unifiante, tout en étant assez complète sur les axes d’intervention possible du front social ainsi que des choix stratégiques de privilégier en septembre la lutte contre les ordonnances avec un gros effort d’information (affiches, tracts…) et une participation massive du front social 94 à la manifestation du 12 septembre.
- des camarades de Nuit debout Paris et investiEs dans le Front social 75 ont produit un texte “appel à la création de fronts sociaux à Paris, partout” (cf page 25), mis en débat. Il montre le lien avec leurs différents investissements et tente de répondre à la question “comment créer des fronts sociaux ?”.

(1) Ce qui reste à prouver, notamment en 2022, quand Macron resservira le même argument vis à vis d’un FN qui n’aura pas manqué de prospérer à l’ombre de sa politique ultra-libérale et qu’il n’aura surtout pas combattu tant il lui sert de faire valoir.


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)