Des sondages

vendredi 23 juin 2017
par  Catherine

“Sondage”, ce mot entendu à longueur de journée en ces périodes électorales, mérite qu’on s’y attache.

À l’origine, dans le sens concret, matériel et scientifique, sonder c’est enfoncer dans l’océan ou dans un organe ,humain ou animal, un appareil de mesure – dans le premier cas mesure de profondeur, dans le second, médical, mesure d’extension et de nature de la pathologie. Dans les deux cas, sonder, c’est faire intrusion et on pourrait dire, sous prétexte d’exploration, violer l’intimité.

C’est cette dimension qui prévaut actuellement ; le résultat de ces sondages conduit les citoyenNEs à contempler leur propre image ou plutôt la représentation d’eux et d’elles-mêmes que prétendent traduire ces enquêtes qui témoignent de la toute-puissance des media.

Au-delà de cette pratique et associée à elle, celle d’Internet qui vise à tout connaître de nous : nos goûts, nos mœurs, nos amours, les rythmes de nos vies et notre état civil, notre situation sociale et financière. Comment nos options politiques pourraient-elles rester cachées aux maîtres de la perquisition ?

La perversité réside dans le fait que cette prétendue représentation de nous-mêmes cherche à infléchir nos choix, nos convictions et y réussit souvent : Macron au second tour des présidentielles, c’est la conséquence des votes dits “utiles” qui ont détourné les voix d’une partie de la gauche et de la droite sur ce candidat au détriment de ceux du “coeur”. Ce jeu de miroirs où le/la sondéE se contemple et croit se voir dans l’image fabriquée par les experts, s’imagine qu’il/elle doit faire partie de ceux/celles qu’on lui désigne comme les “vainqueurs” dans ce gigantesque jeu vidéo nouvelle manière. Il lui faut fuir les losers et rejoindre le camp des prétenduEs gagnantEs. Mais il ne réfléchit pas à ce qu’est ce gain, il a perdu de vue la grave finalité du “jeu” : la présence au poste suprême dans un système inchangé de celui ou celle qui pour beaucoup va incarner des valeurs et promouvoir des mesures qui sont à l’opposé de celles que l’électeur ou l’électrice défendait lui ou elle-même jusqu’ici. Son choix n’a donc plus rien de personnel. Il ou elle joue le mouton, le traître, le “jaune” faisant taire sa culpabilité en se disant que s’il ou elle élit certes quelqu’un que, sans cette pression, il ou elle n’aurait pas choisi, il ou elle élimine un VRAI adversaire, ici le FN.

Or, un calcul à tête reposée... et indépendante, démontre, répercuté par les media qui ne peuvent plus le taire, que ce FN n’atteindra jamais le volume d’électeurs/trices critique.

Beau tour de passe-passe ! Belle réussite que cette démission de l’intelligence ! On est parvenu à faire perdre aux citoyenNEs l’usage de la réflexion et à leur faire élire un homme dont ils/elles critiquaient le programme ou son absence – homme en tous points propice à l’accroissement du pouvoir dont ont abusé, jouant de la crédulité majoritaire, ces mêmes médias liés au monde du capital et de la finance.

Marie-Claire Calmus

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 6/06/2017 page 18


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