Laisser le temps… À qui ?

Edito
mercredi 7 juin 2017

Après nous avoir rejoué le choix cornélien entre le FN et… le “moins pire”, ci devant représentant du capitalisme, les suppôts de ce dernier et les médias en laisse matraquent : “Il faut lui donner une majorité à l’assemblée et il faut lui laisser le temps d’appliquer son programme”, oubliant au passage d’appeler à combattre ce qui il y a peu était encore “le pire”, ne serait-ce qu’en rappelant “pas une voix pour le FN aux législatives”. Et malheureusement, la plupart des directions syndicales tiennent à peu près le même langage donnant à croire qu’il y aurait du grain à moudre dans un dialogue social de diktats à peine précédés de consultations. Macron a bâti sa campagne sur la jeunesse, la nouveauté, le dépassement des clivages, l’idée qu’on pouvait prendre ce qu’il y a de mieux à droite et ce qu’il y a de mieux à gauche, pour l’intérêt général.

Mais, ce président, on le connaît ! Celles et ceux qui ont financé sa campagne on les connaît, grâce au Macron Leaks, et à Gattaz qui ne manque pas l’occasion d’exiger les retours sur investissements. Sa hâte d’en finir avec les acquis des luttes sociales, on la connaît aussi, ainsi que le socle sur lequel il va bâtir sa politique anti-ouvrière, celui des reculs imposés jusqu’à la fin par les Hollande/Valls/Cazeneuve. Ses méthodes, subtil mélange de bonapartisme et de management on les connaît. Son programme on le connaît, on connaît les membres de ce gouvernement de droite complété par quelques PS droitiers et lobbyistes ultralibéraux. On connaît l’orientation globale des sélectionnéEs de la République en marche…

Alors laisser le temps ? À qui ?

  • Aux chômeurs/chômeuses ? On va leur laisser le temps de perdre leur indemnisation au bout de deux refus d’emplois… En attendant la suppression du contrôle paritaire sur l’indemnisation.
  • Aux licenciéEs ? On va leur laisser le temps d’obtenir des indemnités plafonnées aux Prudhommes.
  • Aux jeunes ? On va leur laisser le temps de passer un bac qui n’ouvrira plus les portes de l’université et d’offrir plusieurs mois de travail gratuit en service civil. Puis on va leur laisser le temps d’être tiréEs au sort en licence et sélectionnéEs en master pour ne même plus trouver de poste dans la Fonction publique, en s’estimant heureux/ses s’ils/elles décrochent les recrutements précaires annoncés à la hausse.
  • Aux retraitéEs ? On va leur laisser le temps de voir leurs pensions déjà désindexées de l’augmentation générale des salaires comme des prix, mangées par l’augmentation des impôts contributifs… En attendant d’être livréEs aux fonds de pensions spéculatifs par le système à points.
  • Aux sans papierEs ? On va leur laisser le temps d’épuiser les délais raccourcis d’expulsion du territoire.
  • Aux civils des villes d’Irak et de Syrie ou des villages d’Afrique ? On va leur laisser le temps d’être bombardéEs par la France, parquéEs et chasséEs par ses alliés turcs et européens… Ou bien de se noyer dans la Méditerranée, ou de se tuer dans la Roya ou à Calais.
  • Au FN ? On va lui laisser le temps d’accéder au pouvoir, après cinq ans de démontage des garanties arrachées par les grandes luttes, le Front populaire, la Résistance…

Du temps, ce président en laissera peu pour les oppositions et les luttes, car c’est un homme pressé qui veut gouverner par ordonnances et raccourcir au maximum les débats parlementaires. Il s’agit donc de combattre sans attendre cette nouvelle offensive libérale, qui s’annonce encore plus destructrice que les précédentes, et ceci sur tous les terrains. Sur celui, bien sûr, de la défense de ce qu’il reste des acquis sociaux, mais surtout sur le terrain idéologique. Il s’agit de convaincre que “l’intérêt général” n’est pas celui des salariéEs, mais celui des patrons et des riches, qui veulent faire payer leurs immenses privilèges et leurs profits insolents à TouTEs les autres. Que le libéralisme c’est la régression sociale sans fin, que des alternatives au capitalisme, une autre société, sont non seulement possibles, mais indispensables.

C’est à un large Front Social qu’il nous faut contribuer.

Raymond Jousmet, 30/05/2017


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)