Un mois dans le monde

mercredi 24 mai 2017

Turquie

Une toute petite majorité. Un résultat contestable, tant il y a eu inégalité entre les partisans du “oui” disposant de tout l’appareil d’État et l’opposition bâillonnée. Bien sûr, la Turquie s’enfonce dans une dictature militariste, intolérante, et en passe d’achever ce qui restait de “laïcité”. Une dictature prête à tout pour écraser les Kurdes et les démocrates. Avec un chef dont la mégalomanie n’a rien à envier à celle de Trump ou de Poutine. Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est la victoire nette du “oui” parmi les Turcs vivant en Europe (France, Allemagne, Belgique).

Dans cet univers sombre, il y a quand même des notes d’espoir. Malgré le ralliement de l’extrême droite fasciste (celle des Loups Gris) à Erdogan, celui-ci est nettement battu dans les grandes villes : il doit son succès au contrôle social exercé sur la population rurale et à l’exil sans retour de millions de Kurdes.

Équateur

Coup d’arrêt à l’impatience de la droite sud-américaine d’en finir avec les tentatives de rompre avec l’oligarchie, l’Équateur n’a pas suivi la voie revancharde initiée en Argentine ou au Brésil. Le candidat socialiste Lenin Moreno (le prénom ne s’invente pas), soutenu par l’ancien président Correa, l’a emporté de peu (51 ?%). La droite conteste le résultat, mais à la différence de ce qui est à l’œuvre au Venezuela, elle n’est pas entrée dans un processus de coup d’État.

Trump

L’éviction de Steve Bannon, homme politique ouvertement raciste et fasciste du conseil de la sécurité nationale américain, même si cette éviction semble le résultat de conflits personnels, est une bonne nouvelle. La perte de crédibilité de Trump, au rythme et de ses gaffes quotidiennes, de ses “dérapages” mal contrôlés et de ses reculs, allait bon train. Et il y a eu l’attaque en Syrie. D’un coup, Trump a renoué avec l’Amérique impériale, celle qui fait ce qu’elle veut, quand elle veut et comme elle veut. Drôle d’attaque censée répondre à l’utilisation d’armes chimiques par Assad (utilisation qui n’a jamais cessé depuis le début de la guerre). Trump a prévenu les Russes du bombardement. Du coup, ceux-ci n’ont eu aucune perte et ont pu recommencer dès le lendemain leurs attaques aériennes contre la population civile. Les médias internationaux et les dirigeants européens qui raillaient Trump l’incontrôlable, se sont mis aussitôt à couvrir de louanges Trump, le défenseur de la veuve et de l’orphelin syrien, agissant à la différence de son prédécesseur.

Il n’y a pas qu’en Syrie que l’empire est de retour : il y a la Corée du Nord où les deux protagonistes sont tellement mauvais au poker menteur qu’on peut craindre le pire.

Et il y a l’Afghanistan. L’armée américaine a “expérimenté” la plus grande bombe non nucléaire au monde. Elle n’a pas eu de mal à trouver sa cible : il s’agissait de tunnels construits par la CIA à l’époque de la guerre contre l’occupation soviétique. “Efficacité” de cette attaque ? Nulle ! Quelques jours plus tard, un commando taliban tuait des dizaines de soldats afghans à Mazar-i-Sharif.

Syrie et négationnisme

Bombardements ou mitraillages contre des autobus évacuant les populations assiégées se poursuivent. L’attaque à l’arme chimique par l’aviation du régime contre la ville de Khan Cheikhoun le 4 avril a fait des dizaines de victimes. Des photos ont fait le tour du monde. Immédiatement, partout, les amateurs de la théorie du complot sont sortis du bois : “ce sont des stocks d’armes chimiques entreposés par les rebelles”. “Le régime syrien n’y est pour rien”... Pourquoi ce refus de l’évidence ? Tout ce négationnisme me rappelle une vieille chanson de Tom Paxton pendant la guerre du Vietnam : “ils disent que nous torturons des prisonniers de guerre mais je ne crois plus à ces bêtises. Torturer des prisonniers est un jeu de communistes et vous pouvez être sûrs qu’ils font la même chose ...”

État islamique

Même si cette nébuleuse finira par être défaite dans ses fiefs de Mossoul ou de Raqqa, sa capacité d’action est loin d’être affaiblie. L’attentat dans le métro de Saint-Pétersbourg, celui contre les églises coptes d’Égypte, celui de Berlin ou celui des Champs-Élysées témoignent de ralliements très divers, souvent de nature individuelle à Daesh. Pour l’instant, les seules réponses sont militaires ou policières. Les régimes qui ont financé et armé Daesh restent toujours “nos” alliés.

Israël/Palestine

Le 17 avril, entre 1000 et 1500 prisonnierEs politiques palestinienNEs se sont misES en grève de la faim illimitée. Parmi eux/elles, Marwan Barghouti qui a été aussitôt changé de prison et mis à l’isolement après la publication de sa lettre dans le New York Times. Les revendications palestiniennes n’ont rien d’extravagant : fin de l’isolement, droit de visite des familles... Pour provoquer, les colons ont organisé un gigantesque barbecue sous les fenêtres de la prison d’Ofer.

La répression s’amplifie contre la Palestine : arrestation du principal animateur du comité populaire de Beit Ommar, interdiction de voyager pour Omar Barghouti, un des initiateurs du mouvement BDS. Il voulait partir pour recevoir un prix décerné par une université américaine.

Une partie de cette guerre se joue à l’étranger. Un document établit que cinq grandes banques françaises ont des liens financiers directs avec les organismes israéliens qui financent la colonisation. À Rennes, l’ambassadrice d’Israël n’a pas pu parler grâce aux étudiantEs de Sciences Po. Aux États-Unis, il y a eu une grande manifestation de Juifs/ves américainEs contre l’AIPAC, le lobby sioniste d’extrême droite.

En Palestine, la situation se dégrade : à Gaza, un dirigeant militaire du Hamas a été tué en pleine rue. La présence probable d’agents israéliens augmente l’insécurité. Les fonctionnaires de Gaza payés par l’Autorité palestinienne viennent de subir une baisse très importante de leur salaire.

Seule bonne nouvelle : la libération de Zakaria Zubeidi qui a animé pendant des années la résistance dans le camps de Jénine en Cisjordanie. Il a quand même passé quatre ans dans les prisons.... de l’Autorité palestinienne.

Pierre Stambul


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