contre la précarisation de nos vies, solidarité des luttes dès la rentrée !

jeudi 31 août 2006
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°1 de septembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

Contre la précarisation de nos vies

Solidarité des luttes dès la rentrée

Pour le libéralisme mondialisé, la précarité doit être la norme, comme l’a montré l’acharnement du gouvernement avec le CPE. Les nombreux secteurs du monde du travail et de la société qui se sont mobilisés en solidarité avec la jeunesse contre ce CPE ont expliqué combien, dans leur champ d’activité, cette précarisation menace tous les aspects de la vie : le travail, le quotidien, l’avenir…

L’éducation nationale est aux premières lignes de cette précarisation de tous les aspects de la vie des personnes qui travaillent dans les services publics ou qui en ont besoin. Sans réaction à la hauteur de notre part dès la rentrée l’Ecole va changer profondément de nature, fragilisée par quatre années de démantèlement budgétaire, soumise à l’action conjuguée de lois Fillon-Robien,"d’égalité des chances", de "prévention" de la délinquance, d’immigration "choisie", et de tous les textes qui programment la rupture irréversible des équilibres ténus qui permettaient au service public d’éducation de répondre, au moins partiellement, aux besoins sociaux.

Faisons échec à la précarisation des personnels...
Cette politique a ses variables d’ajustement, ses boucs émissaires : les milliers précaires enseignantEs, personnels de vie scolaire, ATOSS, de formation continue et MGI… mis au chômage et soumis aux pratiques indignes du ministère et des rectorats qui cassent nos collègues non titulaires… Les vacations, et contrats de 1, 10 ou 12 mois pour les rares réemployéEs… Les retards de paiement des salaires, et des indemnités de chômage… Les licenciements "économiques" ou pour "incompétences" après 5, 10 ou 20 ans d’exploitation dans les emplois les plus difficiles, avec des évaluations tatillonnes, après réussite au concours ou entrée dans le piège du CDI…

Cette gestion des administrations ne fait plus mystère de ses courtes vues d’économies, qui privent les non titulaires de tout espoir crédible de stabilisation. Mais elle peut de plus en plus difficilement masquer que ce sont tous les personnels qui vont être mis au pas par la systématisation de la précarité. Les statuts des titulaires vivent certainement leurs derniers mois, entre décentralisation, CDI de droit public, contrats aidés boostés par Borloo, comme à la Poste où cette balkanisation des statuts s’accompagne d’une dégradation substantielle du service public. Le statut des enseignants, déjà fragilisé par les remplacements à l’interne, les conseils pédagogiques, la multivalence, les postes "ambition réussite", la réforme des directions d’école, est directement menacé par la réforme de l’Etat, la disparition programmée des corps et des indices fonction publique. Les sénateurs sonnent la charge avec le rapport Marini et les déclarations du responsable (UDF) de la commission des finances, Arthuis, qui envisage la possibilité de licenciement économique des titulaires.

On voit bien qu’il ne sert à rien de prétendre refuser les dégradations des statuts et conditions de travail des titulaires si on ne met pas un terme immédiat à l’emploi précaire en exigeant l’arrêt du recrutement sous "statut" précaire, le réemploi à temps complet et à l’année, ainsi que la titularisation sans condition de tous les non titulaires. Et c’est dès la rentrée, dans les lycées, collèges, écoles, universités, dans les collectifs de non titulaires, avec les intersyndicales contre la précarité, que la lutte au coude à coude des titulaires avec les précaires (permanences et manifs devant les rectorats, invitation à revenir sur les établissements à la prérentrée pour les non titulaires de l’an passé et de l’année d’avant s’ils-elles sont restéEs au chômage…) peut espérer inverser le rapport de force et offrir des conditions de travail et des perspectives satisfaisantes, pour tous les personnels… comme pour les élèves…

… pour que la jeunesse ait un autre avenir que la précarité
En oeuvrant au réemploi et à la titularisation de touTEs les précaires, nous renforcerons la capacité du service public à offrir aux jeunes autre chose que la précarité. En imposant le retour des non titulaires à l’expérience indéniable et aux compétences sans cesse vérifiées dans les ZEP, sur les postes de Français Langue Etrangère, comme pour les aides pédagogiques, en gros pour toutes les tâches que le ministère veut faire disparaître, nous contribuerons à refuser un système qui prétend institutionnaliser l’éviction précoce vers l’apprentissage des enfants des pauvres, condamnés à un minimum éducatif.

En luttant contre l’exclusion professionnelle des précaires, dont beaucoup sont étrangers, nous enverrons un message fort sur le refus d’expulsion des étrangers sans papiers, que leurs enfants soit à l’école ou pas.

Reprendre la mobilisation là où les directions syndicales l’ont abandonnée :
Les étudiants et les lycéens, par leur lutte autogérée et déterminée contre le CPE, le CNE, la "loi sur l’égalité des chances", ont marqué clairement leur refus de la précarité de toutes les politiques qui l’organisent au service des intérêts capitalistes et financiers.

Les directions syndicales "les plus représentatives", quant à elles, ont une fois de plus montré, par leur arrêt de cette lutte au premier recul du pouvoir, leur orientation de compromis avec les forces libérales. Ce qui pose le problème de leur indépendance par rapport au pouvoir. Et on peut craindre que les échéances électorales ne posent également la question de leur indépendance par rapport aux partis.

C’est donc dès la rentrée avec la jeunesse et avec toutEs celles et ceux qui refusent la délation, la traque des étrangers, le quadrillage des cités, la privatisation des entreprises publiques, le pillage et la destruction des ressources naturelles,... qu’il faut reprendre la lutte. En se dotant d’une autonomie et d’une démocratie dans les luttes qui associe les syndicats dans l’unité, tout en empêchant les directions syndicales prêtes à brader le mouvement de le faire. Les militants de l’Emancipation prendront toute leur place dans les établissements, les quartiers et les différent syndicats où ils interviennent pour contribuer au développement de ces luttes, en défendant l’idée qu’on ne peut pas reprendre comme si de rien n’était, si unE seulE de nos collègues est au chômage ou si unE seulE de nos élèves est expulséE.

Emancipation Tendance Intersyndicale

Semaine de Puivert

9 – 17 juillet 2006