De la perversion de la démocratie

mercredi 10 mai 2017

En cette période, quelle plus éclatante et plus piteuse démonstration du leurre des élections primaires que... leurs conséquences ?

Ce vote – élargi aux non-militantEs voire aux non-sympathisantEs – se substituant symboliquement à l’universalité qui donne sens à l’élection nationale n’a été nullement respecté, ni à gauche ni à droite. À gauche parce que le PS a désavoué... le programme du candidat élu ; à droite parce que les “affaires” ont déconsidéré le champion et éloigné de lui beaucoup de ceux et celles qui l’avaient soutenu – certainEs depuis s’étant raviséEs par tactique et non par loyauté, ce qui ne fait qu’ajouter à la confusion.

À présent surgit la question du “vote utile”, second leurre et pas des moindres : au lieu de voter pour le ou la candidatE de son choix on anticipe, s’appuyant sur d’incertains sondages, sur la marche des événements, sautant pour ainsi dire par-dessus ce premier tour, pour reporter sa voix sur ce qui, croit-on, sera l’éluE acceptable face à celle du FN.

Ce faisant, comme l’analyse admirablement l’écrivain Dalibor Frioux dans un article de Libération de mercredi 5 avril, on se dépossède d’une liberté de jugement liée à un véritable examen de la situation comme de ses convictions profondes – les deux caractérisant le principe civique du vote qui est engagement – et on se laisse flotter au gré des évaluations des expertEs, devenus arbitres et donc électeur/trices à la place des citoyenNEs. Triomphe de l’ère du vide et de l’inertie mortelle en notre démocratie pouvant précisément mener au pire.

Des trois “vides” analysés par l’auteur celui de l’absorption aveugle de“l’info” éliminant le choix, celui de l’illusion d’un candidat “ni de gauche ni de droite”,“l’homme à ne rien faire”, le troisième est le plus global et le plus grave :“La Ve République se meurt au grand jour. Depuis trente ans elle n’a en rien permis de lutter contre le chômage de masse, l’explosion des inégalités, les surenchères identitaires, l’obsession de la sécurité, la crise écologique, le discrédit des politiques et des partis. Une grande partie des citoyens est comme anesthésiée, amnésique, hébétée par les scandales de corruption de quelques-uns et le scandale de l’échec de tous. C’est le vide des désirs politiques”.

On peut ajouter à cette argumentation implacable une preuve logique, arithmétique de l’absurdité de ce vote “utile” : il retire au “candidat du coeur” les voix qui auraient pu faire mentir ces sondages auxquels on se soumet et bousculer radicalement la situation.

Voulons-nous vider le vote national de son sens, et risquer de voir disparaître un jour, par notre passivité, un droit et un principe fondamentaux ? Alors continuons à dormir et à nous reposer sur la manipulation médiatique. Voulons-nous au contraire rester maîtres de notre pensée, de nos désirs, de nos espérances, de notre destin ? Alors au feu ce vote utile faussant irrémédiablement ce qu’il reste de légitime dans la représentation politique.

Marie-Claire Calmus, le 8 avril 2017