Le temps des dangers

mardi 18 avril 2017

“Un peuple qui élit des corrompus, des renégats, des imposteurs, des voleurs et des traîtres n’est pas victime ! Il est complice.”
George Orwell

Faire la démonstration que le capitalisme pourrit la planète et nous mène au désastre n’est plus à faire. Espérer le réguler, contenir sa recherche inextinguible de profit, le convertir à une vertueuse croissance porteuse de progrès reste malheureusement une illusion durablement ancrée à gauche. Le capitalisme n’est pas amendable. Lutter contre ce système, qui est présent dans tous les aspects de nos vies, exige une révolution idéologique, culturelle, politique et une intelligence collective apte à réaliser cette révolution.

Un constat terrible

Pour faire simple

Les ressources naturelles sont limitées. Les conséquences des nuisances de l’industrialisation, de l’agriculture productiviste, des énergies fossiles, des déchets, des produits dangereux pour le vivant ne peuvent être stoppées et réparées dans le cadre d’une économie basée sur une croissance rêvée infinie. Le système capitaliste mène inéluctablement à un état de misères, de dérèglements planétaires mortifères et à des affrontements armés.

Dans les pays dits émergents, les prolétaires sont soumis à un régime à la limite de l’esclavage. Les paysans, privés de leur terre et déportés dans des bidonvilles, basculent dans la misère. Ils sont aussi confrontés à la violence des grands propriétaires ou à celle de conflits alimentés par l’implication des multinationales dans l’accaparement des richesses naturelles. Les conséquences sont des dictatures toujours plus dépendantes des intérêts impérialistes.

Dans les pays les plus développés, la désindustrialisation et la robotisation provoquent un déclassement des classes moyennes, un chômage structurel pour les plus démunis et une précarité, qui se généralise au nom de la flexibilité. Il en résulte des tensions qui sont récupérées par l’extrême droite aussi bien en Europe qu’aux États-Unis. La collaboration de classe des gauches, sous la forme de gouvernement d’union avec les droites ou d’alternance avec la droite, tient au fait que les sociaux-démocrates se sont éloignés des couches populaires pendant qu’ils cultivaient leur proximité et leur participation au monde des affaires. Agent des décideurs économiques et acteur des régressions sociales, le personnel politique se trouve en contradiction avec les intérêts collectifs que lui ont confiés ses mandants et est largement contesté.

Cette situation provoque un désintérêt pour la politique et une perte de confiance dans les institutions républicaines. Il en résulte une demande de protection qui se traduit par un repli identitaire, le rejet de l’étranger et l’aspiration à un État fort. Cela conduit, en France, à l’effondrement des partis qui se sont partagés le pouvoir au cours des précédentes décennies et la montée du FN.

De vraies fausses perspectives

Largement indigentes

Les échéances électorales se rapprochent dans une ambiance de fin de règne, de démobilisation et d’incertitudes. Les tactiques électorales habituelles ne font plus recette et la situation ne peut pas encore se clarifier. La société est profondément fragmentée et il n’existe pas de perspective de transformation sociale qui pourrait l’agréger.

La politique est affaire de passions, d’affects, de sentiments et de ressentiments bien plus que de rationalité et de programme”, affirme M. Durán Barba, conseiller spécial du président Macri (1). Le FN l’a parfaitement compris : son champ d’action est celui du ressentiment et du racisme.

Les casseroles du candidat de la droite classique, chantre de la rigueur morale, mettent en lumière l’état de décomposition de la classe politique et le niveau de sa probité.

Une partie de la droite, du centre et de la gauche s’est dotée d’un libéralisme culturel qui tente de camoufler son libéralisme économique et, en conséquence, soutient Macron. Cette cooptation est le fruit d’un choix réfléchi de la part des décideurs. Dans cette situation, le PS sabote le travail de Hamon et, de fait, soutient Macron.

La déliquescence galopante des organisations politiques réduites à des machines électorales, renforce les craintes du danger fasciste et favorise son instrumentalisation. Pour autant, les appels au Front républicain ne mobilisent plus.

Les appels à l’unité de la gauche sont légitimes pour barrer la route au FN et à une droite néolibérale teintée ou non de conservatisme. Mais cette unité est aujourd’hui impossible.

Malgré tout, il reste des perspectives utiles dans le positionnement de Hamon et dans celui de Mélenchon. Malheureusement, le premier s’appuie sur un parti qui joue contre lui et le second sur un mouvement qui est extrêmement fragile. Ni l’un ni l’autre, en l’état, ne peut inverser à court terme le rapport des forces. Hamon tente de gauchir le discours social-démocrate sans convaincre dans un climat de déshérence de ce courant qui a jeté aux orties le peu de principes qui lui restaient. Mélenchon reprend le discours de la planification écologiste, des réformes sociales, institutionnelles et régularisatrices de la finance en comptant s’appuyer sur une “révolution citoyenne”. Il créé ainsi l’espoir que le mouvement de “La France Insoumise” se transcende en parti messager d’une intelligence collective acquise dans l’expérience des luttes.

De nouvelles tâches

Une situation d’urgence

Le capitalisme n’a jamais été autant porteur de désastres et, parallèlement, atteint par de multiples limites : baisse du taux de profit, surproduction, épuisement des matières premières, menace d’une nouvelle crise financière systémique, croissance des inégalités et du sentiment d’injustice, exaspération des populations, etc.

Chacun de nous est conscient de la montée des dangers (les nationalismes, les partis fascistes et les dépenses militaires) dans une ambiance de crise écologique aux conséquences humaines incommensurables.

Malgré cela, l’idée qu’il n’y a pas d’alternative commence à faire long feu. Aujourd’hui, il existe une volonté collective de ne plus être gouvernéEs comme avant. Malheureusement, les classes populaires, contrairement aux classes exploiteuses, ne sont pas encore constituées en classes agissant dans leur intérêt. La prise de conscience aura lieu au travers des luttes et d’un travail d’élaboration politique. Pour accélérer ce processus, il est indispensable de se placer dans la perspective de l’émancipation humaine, aboutissement de réformes transitoires voulues et portées par une forte proportion de la population.

Le temps est compté sachant que la bourgeoisie, la technostructure, les forces de répression et la confusion politique qui mène à l’extrême droite ne toléreront pas le moindre faux pas.

Michel Bonnard, le 17 mars 2017

(1) Voir l’article de Christophe Ventura, “Ces petites choses qui font gagner les élections”, Le Monde diplomatique de mars 2017.