Une maison, deux mondes

dimanche 19 mars 2017

Un sujet au coeur de tous les débats : richesse et pauvreté.
En voilà une illustration.

Juin 2015

Un vieillard hirsute et édenté est allongé sur un grabat, au milieu de tas d’ordures. Il dit que c’est là qu’il veut mourir, sur le palier de sa maison.

Sa maison, il l’a construite entièrement de ses mains, avec des matériaux de récupération. Elle ne lui aurait coûté que 40 000 DM, a-t-il toujours dit à qui voulait l’entendre. Les murs de brique n’ont jamais été crépis, la végétation a envahi le terrain tout autour, masquant les fenêtres, que personne n’a jamais vu ouvertes.

Il n’y entre plus guère, il veut rester là, sous une sorte de véranda, à attendre la mort et le hérisson qui passe tous les soirs à la même heure. Il a travaillé toute sa vie dans la forêt, a abattu des arbres, entretenu les sous-bois et fouiné, à la recherche de vestiges celtes ou romains, car c’était un passionné d’histoire, un grand connaisseur du monde romain, qui s’étendait jusqu’au limes, le mur ou plutôt la palissade qui séparait l’Empire Romain des Germains.

Ce vieil homme était mon voisin. La voisine d’en face et moi, hantées par l’idée qu’il allait mourir là, avons recherché s’il avait de la famille. Finalement, il sera transporté dans un centre d’accueil pour personnes dépendantes, où il mourra une semaine plus tard.

Tous les ans, dès que revenait le printemps, cet original était dehors et expliquait à quiconque passait par là pourquoi les Romains avaient voulu se protéger des invasions et intrusions barbares. Il expliquait le changement climatique, la nécessité de réduire la consommation et d’économiser l’énergie. Tout cela en parlant d’une voix forte, entendue dans tout le voisinage.

À moi-même, il n’adressait jamais la parole sans dire : “Frau Nachbarin, in dem Land, wo Sie herkommen...” “Madame ma voisine, dans le pays d’où vous venez....” Et il m’expliquait une particularité de l’histoire française ou bien la configuration de certains paysages.

Janvier 2016

Des monceaux d’ordures sont extraits de la maison, remplissant des bennes entières.

De la cave, on sort une machine à imprimer d’un âge respectable et nombre d’objets indéfinissables.

Un jour, on apprend que la maison a été vendue. Je vois un jeune homme bien mis descendre d’une grosse voiture. Il fait le tour de la maison, se frayant un chemin dans les buissons. Je lui demande s’il est le nouveau propriétaire. Il me dit qu’il est architecte, que la maison sera entièrement rénovée : isolation thermique, panneaux solaires sur toute la surface du toit, basse consommation d’énergie, construction d’une terrasse.

Je lui dis que cette maison avait été construite par une personne seule avec des matériaux de récupération. Ce monsieur ne semble pas saisir l’ironie de la remarque.

Et voilà qu’un matin, à 7 heures pile, les marteaux-piqueurs et autres engins se mettent en route. Pendant presque une année, tous les corps de métiers se succèderont ou coexisteront, produisant les bruits les plus divers : sourds ou sifflants, assourdissants ou lancinants. Des artisans sont là, portant leurs tenues traditionnelles. Sur le chantier, on entend parler allemand, roumain, bulgare, polonais.

Pendant des mois, la rue est encombrée de grues, de camions, de camionettes venues de toute la région et même d’autres Länder. Ce sont des allées et venues incessantes.

Janvier 2017

Un couple de retraités emménage dans la maison. Elle n’aura pas coûté 40 000 DM, mais au moins 400 000 €...

Une maison, deux mondes, à quelques mètres de chez moi.

Françoise Hönle


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