La lutte au jour le jour

Touche pas à ma ZEP
dimanche 19 février 2017

Depuis le printemps dernier, la mobilisation en faveur de l’éducation prioritaire de la maternelle au bac initiée par le collectif Touche Pas à Ma Zep marque l’actualité syndicale et militante dans l’éducation.

Elle touche actuellement plus d’une centaine d’établissements du secondaire, dans une douzaine d’académies de métropole et d’outre-mer et a suscité une multitude d’actions locales (opérations lycées déserts, manifestations de ville, nuits des ZEP, actions “coup de poing” dans le cadre de la primaire “socialiste”, etc). Initiée par quelques établissements d’Île-de-France au printemps dernier, elle a réussi à installer la question de l’éducation prioritaire dans le débat public en recueillant le soutien de centaines d’universitaires et la publication de plusieurs tribunes dans la presse nationale.

Fonctionnant de manière horizontale et décentralisée, elle illustre l’efficacité d’une organisation autonome de la lutte dotée de revendications unifiantes, qui n’a pourtant jamais versé dans l’anti-syndicalisme malgré un soutien intermittent et presque toujours à retardement du syndicat majoritaire... Son dynamisme et sa longévité s’expliquent bien sûr par l’urgence des problèmes dénoncés dans les lycées des quartiers populaires mais aussi sans doute par l’imagination dont font preuve ses participants en terme de communication médiatique, tant au niveau local que national.

Au lycée Langevin-Wallon de Champigny-sur-Marne, très impliqué depuis septembre, le mouvement a permis de mettre à profit des compétences variées de la part des collègues et d’utiliser des outils déjà existant dans l’établissement, en particulier un journal des personnels, Langev’Info , qui tire quotidiennement, depuis le 3 janvier, un bulletin de gréve à destination de l’ensemble des collègues et de tous les contacts glanés au cours de la lutte dans notre ville, mais aussi auprès des organisations syndicales départementales et académiques. La revue vous présente ci-dessous un ensemble d’extraits de ces publications qui ont permis, localement, d’installer la gréève dans la durée, sans couper le contact avec l’ensemble des collègues moins mobiliséEs. Plus difficile à mettre en perspective dans ces pages, je signale aussi l’efficacité constatée des outils vidéos, que nous avons également expérimentés pour couvrir le mouvement au lycée, en montant une chaîne d’information sur You Tube (Langevin TV, un exemple ici ). Celle-ci a permis de diffuser interviews de collègues, reportages de manifs et aussi clips d’information à destination des parents et des élèves. Pour donner une idée du succès rencontré par cet outil, le clip d’information sur les raisons de la grève destiné à préparer la journée “Lycée Désert” a été visionné plus de 2000 fois en deux jours après que nous en avons indiqué le lien aux élèves. Ne nécessitant pas de matériel sophistiqué, cet outil est vraiment à développer, en parallèle avec la production de textes écrits, même si nous avons sans doute à progresser sur les questions de forme (durée des capsules vidéo, cadrages, mise en scène, etc). Outre l’intérêt que ces outils représentent en terme d’efficacité, ajoutons qu’ils permettent à chacun de s’impliquer dans la grève selon ses envies et ses compétences pour découvrir que la lutte doit aussi être une fête !

Jean-Matthias Fleury

Totale réussite de la première journée de grève

Mardi 3 janvier 2017  : le jour J de la reconduction. C’est parti : le lycée Langevin-Wallon est officiellement en grève reconductible depuis ce matin. Arrivés dès 7h30 au lycée, les premier.e.s grévistes ont pu diffuser un tract à destination des élèves et de leurs parents à l’ouverture des grilles.

[...] Rassemblé.e.s pour un petit déjeuner très garni, les grévistes présent.e.s ont ensuite pu procéder à un second tirage de tracts à destination des élèves arrivant à 9h00, le premier stock ayant complètement fondu.

À 9h30, c’est le quart d’heure de gloire de Langevin, France 3 Régional s’est déplacée jusqu’à Champigny pour faire un reportage consacré à l’appel de Touche pas à Ma Zep autour de notre lycée. Ce reportage, plutôt bienveillant, va faire l’ouverture des infos régionales du 12-13 !

10h15 : AG de grève. On se compte. Aux seize grévistes effectif/ves présent.e.s à l’AG, s’ajoutent au moins une douzaine de collègues qui ont fait savoir qu’ils/elles n’assuraient pas leurs cours même s’ils/elles ne pouvaient être présent.e.s au lycée. La trentaine est atteinte et très probablement dépassée : pari tenu, Langevin est bien en grève en cette rentrée 2017 !

La nouvelle du jour : les lycées Gabriel Péri et Marx Dormoy de Champigny sont également en grève, de manière massive pour ce dernier. Ça fait du bien de ne plus se sentir tout à fait seuls sur la commune. Et cette extension indiscutable sur Champigny est à l’image des informations qui nous arriveront au cours de la journée : cet appel du 3 janvier est probablement, et d’assez loin, la plus forte journée de mobilisation sur l’éducation prioritaire depuis la fondation du Collectif. Pour un appel de rentrée reconductible, c’est tout bonnement inespéré, et cela donne une idée des ressources de ce mouvement et de ses chances de réussite. Les discussions de l’AG portent sur l’organisation de la semaine. La décision de reconduire une grève n’a de sens que si elle permet de dégager du temps et de l’énergie collective pour étendre le mouvement, en informant, encore et toujours, parents, élèves, collègues des établissements voisins ainsi que tous/tes les usager.e.s du service public d’éducation à Champigny et au-delà. [...]

L’idée est d’organiser une AG de grévistes commune à tous les lycées mobilisés de Champigny. À l’ordre du jour de cette AG, l’organisation d’une manifestation campinoise et une réunion publique dans les jours à venir pour alerter l’opinion sur les aberrations de la politique d’éducation prioritaire actuelle. Au lycée, la réunion de remise des bulletins de jeudi soir sera aussi évidemment l’occasion de tracter massivement auprès des parents. [...] Une discussion a ensuite eu lieu sur la création d’une caisse de solidarité par le collectif TPMZ qui va permettre, dans les jours qui viennent, de récolter des fonds de soutien de la part des sympathisant.e.s du mouvement, mais aussi, par exemple, de collègues non-grévistes. L’idée est ensuite de répartir les fonds collectés entre les grévistes au prorata des journées de grève effectuées. Il est précisé, et cela a son importance, que cette caisse de soutien n’est pas, à proprement parler, une caisse de grève, laquelle fonctionne plutôt comme un système de mutualisation pérenne, dans lequel les cotisant.e.s versent, tout au long de l’année, une cotisation qui permet, localement, de constituer une cagnotte quand vient la froidure, c’est à dire la reconductible ! [...]

Forts de ces perspectives, les présents votent à une large majorité la reconduction de la grève pour le lendemain et pour jeudi !

Sur ce, et après une nouvelle interview au site Citoyens94, les grévistes se partagent entre ceux et celles qui partent à l’AG du Collectif à la Bourse du travail de République et celles et ceux qui restent confectionner slogans et matériel pour la grande manif de jeudi après-midi.

L’AG francilienne s’est, elle aussi, bien étoffée, et comptera jusqu’à 150 participant.e.s, [...] Comme si notre AG du matin avait pris la température de la journée, son relevé de décision est à peu près identique : la grève est reconduite mercredi et jeudi. Ce dernier sera le temps fort de la semaine, avec un cortège prévu entre la rue Saint Guillaume et le ministère de l’Éducation nationale.[...] Suit un rassemblement et un concert fort convivial sur la Place de la République. [...] La journée des grévistes de Langevin se termine devant un verre près de République (j’ai déjà dit que c’était convivial ?...).

Le mouvement s’étend sur Champigny !!

Aujourd’hui [4 janvier], plus d’une dizaine de collègues de Langevin ont décidé de poursuivre la grève reconductible votée hier, et se sont attelé.e.s à la tournée des différents lycées de Champigny [...]. Le bilan des visites est très encourageant. Les lycées Gabriel Péri et Marx Dormoy étaient tous deux en grève à plus de 50 % hier et le seront de nouveau demain, avec le souhait de bloquer l’entrée dès 8h. [...] Forts de ces discussions fructueuses, nous avons contacté la mairie afin d’organiser, dès demain, une AG de ville commune aux différents lycées mobilisés. [...] Cette AG de ville est une étape très importante pour la mobilisation campinoise, et nous y porterons nos propositions d’une manifestation commune à Champigny, ainsi que la tenue d’une réunion publique à destination de tous/tes les habitant.e.s. Nous ne sommes plus seul.e.s et il est capital que nous soyons nombreux/ses à cette AG de ville.

Nous avons également contacté le cabinet de Christian Favier, Président du conseil général et sénateur de la circonscription. [...] il nous a proposé de porter nos revendications au Sénat lors d’une séance de questions au gouvernement. Là aussi, c’est un point important pour notre mobilisation, qui peut aider à faire pression sur le Ministère.

En ce qui concerne cette réunion [remise des bulletins], plusieurs collègues se sont demandés comment se positionner face à l’administration. Il nous a semblé que le mieux serait de s’y rendre nombreux/ses en tant que grévistes, afin qu’elle se tienne pour ne pas pénaliser les élèves. Ce moment d’échange avec les parents est très important pour que nous puissions compter sur leur soutien, et préciser le sens de nos revendications qui visent avant tout la réussite de nos élèves.

Lycées morts” en vue à Champigny !

Pour la troisième journée consécutive, le lycée est en grève aujourd’hui. Et le programme de la journée a été fourni. À 8h00, les premier.e.s grévistes sont sur le parvis pour tracter auprès des élèves et inaugurer l’une des nouvelles banderoles flambant neuve, accrochée sur la grille du lycée. [...]

Dans la foulée, un collectif de jeunes cinéastes expérimentaux se lance dans le tournage d’un court métrage de propagande, elle aussi expérimentale, filmé par un cameraman dénué, lui, de toute expérience sérieuse... [...]

10h00 : on se dirige vers la salle de la Planchette, en face du lycée, pour retrouver les collègues de Gabriel Péri et de Marx Dormoy afin d’inaugurer notre première AG de ville ! Arrivés sur place, une petite déception : Marx Dormoy n’a pas reconduit la grève aujourd’hui. [...]

Les échanges portent essentiellement sur la manière de coordonner et d’étendre notre mouvement à l’échelle de la ville. Il s’agit désormais d’associer au maximum les parents, et si possible, les élèves à la mobilisation. [...] La stratégie suivante est proposée et adoptée : pour appuyer et renforcer la grève de mardi 10 janvier, les trois lycées préparent de manière coordonnée une journée “Lycées mort” ce jour-là. Sur la méthode, plusieurs options : un courrier informatif adressé aux parents lors de la remise des bulletins, ou encore sous pli (agrafé dans les carnets), expliquant les raisons de notre grève et formulant une demande de soutien en expliquant le fonctionnement de la journée “Lycée mort” : les parents “gardent” leurs enfants chez eux/elles, et si un seuil significatif est atteint, les absences ne seront pas comptabilisées. Autre option possible : avertir les parents de l’initiative par SMS. La réussite coordonnée de l’opération fait tout son intérêt, elle allège la pression financière sur les grévistes (pas d’élèves = pas de profs en grève), permet d’associer les parents et de faire réfléchir les élèves.

Concernant la poursuite de la mobilisation, le constat est fait que la reconduction de la grève commence à être un peu difficile à tenir. En même temps, elle est indispensable pour continuer le travail d’information auprès des collègues, notamment dans les collèges de la ville, mais aussi, dans les écoles élémentaires. Pour ne pas épuiser nos forces et être en mesure de reconduire la grève à partir de mardi 10 janvier, décision est prise de la suspendre vendredi 6 et lundi 9 janvier, de manière à préparer au plus près des élèves la réussite de la journée de mardi. Il est également décidé de redémarrer la grève de manière coordonnée mardi 10 janvier et de se retrouver de nouveau à 10h00 tous ensemble dans la salle de la Planchette. En fonction des forces en présence, on reconduit (ou pas), on programme les tournées de collèges et d’écoles (ou pas), on organise un rassemblement campinois (devant la mairie ?) à une date à déterminer (par exemple, le vendredi 13 janvier ou en début de semaine suivante).

À Paris, l’AG francilienne est déjà commencée, elle regroupe près de 80 participant.e.s et 27 établissements sont représentés. À noter : l’organisation qui commence à se mettre en place dans notre ville suscite beaucoup d’intérêt auprès des présent.e.s et pourrait faire des petits... Décision est prise de reconduire la grève partout où c’est possible jusqu’à mardi (l’AG marseillaise a fait de même ce matin). [...]. Il est également décidé de mettre en place un comité “Action” pour proposer d’autres modes d’intervention (blocages, occupations, etc.).

14h00 : les manifestant.e.s se retrouvent rue Saint Guillaume devant Sciences Po. Plus de manifestant.e.s que mardi, mais un peu moins que le 29 décembre. [...] Toujours aussi animé et enjoué, [le cortège] se disperse finalement devant le ministère de l’Éducation nationale après une nième demande d’audience restée sans réponse...

Les grévistes de Langevin continuent leur marathon pour tracter la lettre aux parents lors de la réunion de remise des bulletins qui a lieu le soir-même. Dans le froid, sur le parvis, ou dans les salles où ils accueillent les parents, ils/elles ont reçu un accueil particulièrement encourageant de la part des parents mais aussi des nombreux/ses élèves venus récupérer leurs bulletins. La FCPE du lycée a également offert son soutien pour la journée de mardi. Bref, il nous reste deux jours ouvrables pour préparer la grève de mardi, avec des chances plus que raisonnables qu’elle soit moins douloureuse financièrement ! [...]

Opération “Lycée déserté” réussie !

Quatrième journée de grève à Langevin-Wallon en une semaine. Particularité inédite, ce mardi-là la mobilisation a le soutien spectaculaire des parents et des élèves qui, suite au courrier que nous leur avons adressé.es jeudi dernier et à celui que la FCPE a adressé aux familles hier, ont suivi massivement la consigne de “lycée désert”. À 8h00, quelques dizaines d’élèves franchissent les grilles, essentiellement des classes post-bac. À 9h00, on en comptera 28... Bref, le lycée est effectivement déserté !

9h00 : les enseignant.e.s grévistes présent.e.s et quelques collègues non-grévistes privés d’élèves, se retrouvent en salle des profs pour faire le point sur la situation et préparer la journée. Le constat est unanime : entre les collègues qui souhaitaient faire cours mais ont été prévenu.e.s par leurs élèves qu’ils/elles ne viendraient pas et sont resté.e.s chez eux/elles, celles et ceux qui sont venu.e.s quand même et se retrouvent face à des classes vides, ceux et celles qui ne souhaitaient pas faire cours et ont renvoyé un/une ou deux élèves irréductibles, la situation est réjouissante mais particulièrement confuse. Décision est donc prise entre les présent.e.s, grévistes ou pas, de ne pas faire l’appel aujourd’hui, de manière à ne pas fausser un décompte des élèves et des enseignant.e.s absent.e.s à peu près impossible à faire (enfin surtout en ce qui concerne les enseignant.e.s, parce que pour ce qui est des élèves, l’absentéisme est général).

Sont ensuite discutés les différents points de l’ordre du jour : la reconduite de la grève, les mandats à porter à l’AG de ville et à l’AG francilienne. En ce qui concerne la reconduction, elle semble difficile à voter pour mercredi 11. Beaucoup de collègues sont à leur huitième journée de grève depuis septembre et la pression financière commence à se faire sentir, en particulier chez les jeunes collègues. [...]

En même temps, le succès de la mobilisation des parents et des élèves à Langevin (c’est aussi le cas à Gabriel Péri où on compte cinq élèves présent.e.s à 10h00 !) encourage à construire la manifestation campinoise [...], que nous proposons de tenir mardi prochain à 17h30 sur le parvis de la mairie. Pour cela, nous devons encore faire la tournée des écoles et des collèges de la ville. Il est donc décidé de reconduire la grève jeudi 12 janvier. Proposition sera, de plus, faite à l’AG campinoise d’un nouveau temps fort la semaine prochaine, assorti d’une suggestion de manifestation parisienne dans les zones d’éducation réellement prioritaires, comprenez, entre les lycées Henri IV et Montaigne ! [...]

10h00 : AG campinoise où nous retrouvons les collègues de Péri et de Dormoy, ainsi que l’adjointe à l’éducation de la mairie de Champigny. Les mandats que nous portons sont adoptés [...].

11H45 : Arrivée de notre délégation à l’AG francilienne à la Bourse du Travail. Plus d’une vingtaine d’établissements représentés. La grève reconductible marque un peu le pas, mais l’ambiance n’est pas morose : les Marseillais.es ont fait un carton le matin avec 13 lycées fermés et une manifestation de plus de 500 personnes (selon les Marseillais.es...). Une manifestation nationale se dessine le jeudi 19 janvier à Paris. Notre suggestion de parcours dans le quartier latin est accueillie avec enthousiasme (mais c’est la préfecture qui décidera). L’intervention aux débats de la Primaire socialiste également [...]. L’AG appelle aussi à des rassemblements devant les rectorats de Versailles et de Créteil jeudi à 14h00, pour qu’ils clarifient les noms des heureux (et rares...) établissements élus qui pourront bénéficier d’un des 40 postes généreusement octroyés par notre Ministre en réponse à la mobilisation. Nous risquons de ne pas avoir fini notre tournée d’établissements. Tant pis.

14H00 : Rassemblement devant le musée d’Orsay. Christian Favier, président du conseil général du Val-de- Marne, ainsi que Valérie Zellioli, adjointe à la culture de Champigny, sont présents, avec leurs écharpes... Merci à elle et lui ! Le cortège, remonté par la réussite des Marseillais.es, est particulièrement enjoué et dynamique. De nouveau, grosse présence campinoise.

Nouvelle journée de grève... malgré la galette !

De manière à réussir le rassemblement campinois de mardi 17 janvier nous étions une dizaine à nous retrouver pour organiser la tournée des établissements scolaires de Champigny. Par équipe de deux, et bravant la froidure, nous avons ainsi pu rencontrer les collègues de tous les collèges de Champigny ainsi que d’une bonne partie des écoles maternelles et primaires. Ciblant les heures de sortie des enfants, notre tract d’appel a été également distribué à de nombreux/ses parents qui lui ont réservé un accueil intéressé et seront sans doute un certain nombre à la mairie mardi soir.

L’après-midi avait lieu, au Rectorat, un Comité technique académique (CTA) sur les DHG d’établissements. Le Collectif Touche Pas à Ma Zep avait décidé de s’y inviter ! [...] Nous demandions à ce que le Rectorat rende public les établissements qui avaient pu bénéficier des horaires en question, pour illustrer le décalage entre cette réponse parfaitement insuffisante et les revendications que nous portons depuis la rentrée.

Le Rectorat refuse de répondre. Où sont passés ces cinquante postes ? Mystère. Ils ont été ventilés dans différents établissements en fonction d’un savant calcul dont la formule est connue de nos seules autorités... Sans doute assez embarrassées par l’immense “générosité” de notre ministre qui pensait nous diviser en nous proposant quelques miettes...

Quoiqu’il en soit, ce rassemblement a, une fois de plus, retenu l’attention de la presse, le Parisien relayant même notre rendez-vous de mardi 17 janvier. [...]

Face à la misère, nous sommes prioritaires !”

Cette journée du 19 janvier marque incontestablement un tournant dans la mobilisation pour la défense de l’éducation prioritaire. Au plan local d’abord, parce qu’elle faisait suite à la mobilisation de mardi 17 janvier devant la mairie de Champigny qui a vu, pour la première fois depuis la rentrée, converger des personnels de tous les établissements scolaires de notre ville, avec des représentant.e.s des lycées Gabriel Péri, Marx Dormoy, Champlain, mais aussi du collège Ronis ainsi que de nombreux enseignant.e.s de primaire et de maternelle. Ce rassemblement, réussi malgré le froid polaire, a également permis aux élu.e.s de la Municipalité, mais aussi du Conseil général en la personne de son président Christian Favier, de marquer un soutien fort à nos revendications et à notre lutte. À n’en pas douter, la réussite de cette soirée contribue à expliquer le succès de la mobilisation de ce jeudi 19 janvier.

Sur le plan national, il s’agissait de la première jonction entre établissements mobilisés partout en France, le tout dans un contexte de campagne de signatures de soutien intense en direction des universitaires qui commence à porter ses fruits et à occuper une place incontournable dans la presse.

Ce jeudi à 9h00, peu de collègues présent.e.s au lycée. Nous décidons finalement de définir nos mandats en vue de l’AG de ville et surtout de l’AG nationale qui s’est tenue à 11h00. Décision est prise de proposer aux collègues campinois une initiative dans l’esprit des “voleurs de chaises” pour dénoncer l’évasion fiscale et la mettre en rapport avec le manque de moyens chronique dont souffrent l’Éducation nationale et les services publics en général. [...] L’idée consiste à cibler des agences des grandes banques françaises organisant l’évasion fiscale (la BNP ou la Société Générale, par exemple), et d’aller leur réclamer les chaises manquantes dans les salles de classe supprimées. Couverture médiatique garantie.[...] L’intérêt pédagogique de telles initiatives est évident ; il permet de rappeler les termes réels du débat et de ne pas se laisser enfermer dans les sempiternelles jérémiades sur la dette publique. [...]

Concernant la mobilisation nationale de Touche Pas à Ma Zep, les participants à l’assemblée convergent sur l’idée que le blocage persistant de notre Ministère face à nos revendications appelle désormais un arbitrage au plus haut sommet de l’État. Nous porterons donc en AG nationale une demande de lettre ouverte au président de la République sur la question de l’éducation prioritaire au lycée.

10h00 : AG de ville. Nous sommes les premier.e.s arrivé.e.s et... les collègues des autres établissements se font attendre. Une journaliste de L’Humanité est là, qui suivra toute la journée la mobilisation campinoise : nous voici désormais bombardé.e.s dans la presse nationale ! Finalement, nous apprenons que les collègues en grève de Gabriel Péri et de Marx Dormoy se rendent directement à l’AG nationale à l’École normale supérieure [...]

Arrivé.e.s sur place, à l’ENS, nous constatons immédiatement que la présence des Marseillais.es, mais aussi de collègues de la Somme et de Picardie change profondément la nature de notre assemblée. À Marseille, où la mobilisation est très forte, la détermination est saisissante. Même son de cloche dans les autres académies représentées. Tous/tes celles et ceux qui craignaient un essoufflement du mouvement après trois semaines de grève quasi continue peuvent se rassurer : ce dernier entre dans une nouvelle dimension. L’AG nationale décide de se constituer officiellement en coordination, se donnant ainsi un outil d’organisation précieux pour la suite. Un nouveau temps fort est voté pour le vendredi 27 janvier, ainsi que la perspective d’un grand meeting en faveur de l’éducation prioritaire à la rentrée des vacances. Par ailleurs, il est décidé de fusionner les caisses de grève marseillaise et francilienne dont le montant dépasse désormais les 14 000 euros ! [...]

13h00 : la manifestation se regroupe Place de la Sorbonne. Pas de doute : il s’agit bien d’une manifestation nationale, qui compte plus de quarante cortèges d’établissements identifiables. Les slogans sont repris à l’unisson avec du renouvellement venu du sud (notamment celui repris en titre de cet article). Le cortège de Champigny fait le plein. Autant nous nous comptions un peu le matin au lycée, autant nous sommes particulièrement nombreux/ses l’après midi. Même chose pour le cortège de Gabriel Péri et celui de Dormoy. La journaliste de L’Humanité est ravie de s’être déplacée... La manifestation entonne ses slogans à travers les quartiers huppés de la rive gauche, jusqu’au Ministère. [...]

Les plus motivé.e.s se rendent à l’opération “coup de poing” (médiatique cela va de soi) du jour : un rassemblement improvisé devant les studios de France Télévisions pour se rappeler à la mémoire des candidat.e.s de la primaire socialiste. Quand on vous dit que ce mouvement ne manque pas d’idées... Autant que les candidat.e.s à la Présidence en profitent !

[à suivre]

Fin de l’éducation prioritaire : la preuve par Auber !

Les équipes pédagogiques viennent de découvrir les dotations horaires pour la rentrée 2017 et sont stupéfaites de constater que les heures de cours pour les élèves des établissements d’éducation prioritaire (REP et REP+) sont désormais strictement les mêmes que dans tous les autres établissements de France.

Depuis quelques années, au fil des dernières réformes (éducation prioritaire, réforme du collège), la perte des heures et des dispositifs spécifiques aux établissements classés prioritaires se poursuit (qui permettaient des demi-groupes, des dispositifs d’aide aux élèves en difficulté ou de lutte contre le décrochage, offre de formations : langues vivantes rares, langues anciennes, section européenne...)

À partir de la rentrée prochaine, la seule différence entre un collège banal et un collège REP+ sera que les enseignant.e.s de REP+ bénéficieront d’une prime et d’une décharge horaire en reconnaissance du “temps consacré au travail en équipe nécessaire à la prise en charge des besoins particuliers des élèves qui y sont scolarisés”. Toutefois les autres personnels (vie scolaire, administratifs, agents...) n’ont droit à rien. Quant aux établissements REP : leur classement se limite à une prime ridicule !

Ainsi, l’étiquette “prioritaire” a été vidée de son contenu et devient une coquille vide pour les élèves, à l’heure où le gouvernement affiche pourtant la satisfaction d’avoir fait de l’éducation une priorité. Les lycées sont d’ailleurs déjà mobilisés pour des raisons similaires dans le collectif Touche Pas à Ma ZEP.

Cette situation devient d’autant plus alarmante à Aubervilliers qu’elle s’accompagne d’une montée massive des effectifs sans ouverture prévue de collèges supplémentaires avant 2018 et sans anticipation suffisante pour les années d’après. Résultat : une saturation des collèges existants à la rentrée prochaine, des classes surchargées et une gestion déplorable de la carte scolaire sur la ville.

Quelle égalité des chances, dans ce contexte ?

C’est pour toutes ces raisons que plusieurs collèges d’Aubervilliers sont en grève ce jeudi 26 janvier et se mobilisent afin d’obtenir des moyens à la hauteur des besoins pour les élèves et tous les personnels. Nous ne pouvons pas baisser les bras !

L’éducation prioritaire doit redevenir une réelle priorité qui se traduit par des moyens concrets pour les élèves et l’ensemble des personnels.

Les personnels mobilisés des collèges d’Aubervilliers

soutenus par les sections locales du Snes et de Sud éducation, le 26 janvier 2017


Solidarité

Depuis la rentrée de septembre, des personnels de lycées sont en lutte pour sauver l’éducation prioritaire en lycée.[...] Face à la surdité du ministère, ils ont décidé, de la banlieue parisienne à Marseille en passant par l’Oise ou le Nord, de se mettre en grève reconductible à partir de la rentrée du 3 janvier 2017 (après déjà 5 journées de grève commune depuis septembre 2016) [...]

Aidez-les à tenir en donnant à leur caisse de grève commune pour obtenir que le ministère tienne (enfin !) ses engagements. Il en va de l’avenir des élèves dans nos quartiers populaires. Nous vous invitons aussi à partager ce lien le plus largement possible.

Lien vers la caisse de grève commune : https://www.tilt.com/tilts/caisse-de-greve-touche-pas-ma-zep

On peut également donner par chèque à l’ordre de : Touche pas ma ZEP

à envoyer à cette adresse : Maxime Pouvreau, 23 rue Ruhmkorff, 75017 PARIS


Brèves

23 janvier - Touche pas à ma ZEP !

Contre la disparition de l’éducation prioritaire en lycée :
“Touche pas ma ZEP !”
Coordination (...)