Malaise à la Bibliothèque nationale de France : les médecins lancent l’alerte !

vendredi 27 janvier 2017

Deux rapports d’activité du Service Médical de Prévention des sites de Richelieu et Tolbiac pour l’année 2014 ont été transmis et présentés aux organisations syndicales de la Bibliothèque nationale de France lors du CHSCT du vendredi 5 juin 2015. Ces deux bilans alarmants quant à la santé de l’ensemble des personnels font clairement état de la souffrance au travail en augmentation, touchant particulièrement les personnels de la BnF fragiles et fragilisés par un contexte de “travail malmené”.

Les médecins de prévention inquiets n’hésitent pas à dénoncer une situation que la FSU pointe du doigt depuis des années : le délaissement, le rejet et la relégation d’agents en situation de handicap – reconnu ou non – ou encore la survenue de pathologies psychiques graves que les médecins reconnaissent désormais comme suicidaires. La Direction, qui affirme partager notre analyse et se soucier des différentes problématiques soulevées par le CHSCT telles que le vieillissement, l’évolution des activités, le handicap, déclare vouloir “mener une réflexion afin de dégager des solutions en y associant les organisations syndicales”. La FSU demeure cependant sceptique face à une telle déclaration de bonnes intentions quand cette même administration joue au pompier-pyromane.

Les mots figurant dans les rapports des médecins sont lourds de conséquence : c’est que la mécanique délétère mise en branle depuis quelques années à l’aune de la RGPP et des contrats de performance successifs commence à porter ses fruits empoisonnés : l’abaissement délibéré de l’effectif, sa précarisation, sa fragilisation, son épuisement et, en même temps, le refus catégorique de réduire les paramètres de communication et l’amplitude d’ouverture des salles – c’est même l’inverse avec la tentative heureusement avortée de la direction de créer des nocturnes – constituent un garrot qui étrangle et asphyxie progressivement les personnels.

Ce sont d’abord les plus fragiles d’entre nous qui tombent malades ou peuvent mettre leur vie en danger, puis c’est l’ensemble de ce que les administrateurs nomment “la masse de travail” qui, touchée de plein fouet, finit par accuser le poids et l’inconséquence d’une politique d’austérité et d’une “gestion des ressources humaines” faisant de l‘inégalité de traitement et de la mise en concurrence un axe terrifiant de déshumanisation. En témoigne le recours au travail précaire, privant de toute perspective d’intégration dans la Fonction publique des centaines d’agents publics condamnés à vivre au jour le jour dans des conditions de pauvreté que les années rendent de moins en moins supportable. Ou encore la mise en œuvre délibérée des “écarts grade/fonction”, appellation pudique d’un dispositif de destruction du statut général privant la plupart d’entre nous de l’espoir de pouvoir un jour figurer sur une liste d’aptitude. À cela il faut ajouter des réformes lourdes de risques psycho-sociaux à venir telles que la GPEC et le RIFSEEP – dont l’objectif est l’individualisation croissante du traitement des agents et la destruction des solidarités et garanties collectives.

Une ligne rouge a été franchie : il faut dénoncer, condamner, combattre la politique du pire poursuivie par la direction de la BnF par tous les moyens et dans l’unité syndicale et de tous les collègues. La FSU s’y emploiera. Comme l’écrivait le poète Dylan Thomas : “La mort n’aura pas d’Empire”.

FSU-BnF

La FSU demande le droit à la lumière du jour pour tous


Aujourd’hui, plus de 500 collègues perçoivent une indemnité en raison du travail qu’ils effectuent dans des locaux aveugles.

La mise en œuvre du plan “Vigipirate augmenté” a renforcé leur isolement car les moyens d’accès à l’extérieur lors des pauses ont encore diminué. Cette situation est vécue de manière très douloureuse par ceux à qui elle est imposée depuis des années et c’est ce qu’ils ont fait entendre en répondant massivement à l’enquête récente lancée par la DAP au sujet du travail en local aveugle pour faire entendre leur colère. Dans le cadre de deux rapports alarmants communiqués au CHSCT au printemps 2015, la médecine de prévention avait su identifier les causes de pathologies – dont certaines pouvant conduire au suicide – liées aux réorganisations incessantes des services et à l’abaissement de l’effectif. Des centaines de collègues se voient complètement privés de la lumière du jour quand, au contraire, quarante étages des tours de la BnF sont occupés par des livres. Le travail délibérément organisé dans des locaux aveugles depuis 20 ans n’est-il pas le fait d’un aveuglement chronique de l’administration confinant au déni ?

Le suicide d’un de nos collègues avait provoqué la création d’une délégation d’enquête dont le travail s’était achevé par la communication d’un rapport contenant une quarantaine de préconisations venues s’ajouter à celles issues d’une précédente délégation réunie en 2012 après la tentative de suicide d’un autre agent. Ces préconisations recommandaient à la Direction Générale (DG) d’améliorer les conditions de travail des magasiniers avec “la mise en œuvre d’un plan d’action ambitieux” Nous avions fait le constat lors d’un CHSCT d’avril 2016 que plusieurs de ces préconisations se détachaient de l’ensemble en raison de leur importance et qu’agir sur ces leviers relevait effectivement de l’urgence. L’une d’entre elles proposait “d’établir des modalités alternatives d’organisation du travail afin de réduire l’exposition aux risques liés au travail en local aveugle”. C’est pourquoi la FSU a mené un travail opiniâtre au sein des instances pour convaincre la Direction de rompre avec 20 ans de cécité et de déni et d’accepter enfin de rechercher les solutions techniques et organisationnelles pour que chacun ait enfin accès à “la lumière du jour” recommandé par un rapport de l’Inspection générale des Bibliothèques de 1998 faisant le constat des “choix absurdes ayant prévalu dans l’affectation des espaces de travail de la bibliothèque”. Le récent protocole de sortie de grève signé par la FSU à l’issue du conflit social du printemps dernier a vu la Direction reconnaître enfin la nécessité de mettre fin à une situation devenue insupportable et dangereuse.

C’est dans le cadre de ce rapport de forces que la FSU a communiqué à la Direction Générale “22 propositions de la FSU-bnf pour améliorer les conditions de travail des magasiniers” (vous trouverez les plus importantes ci-dessous) qui visent à changer vraiment la donne pour les magasiniers. Elles ont été entendues par la DG puisque qu’elle semble prête à engager les actions nécessaires. Les enjeux sont considérables pour nous, aussi avons-nous prévenu la Direction que tout espoir qui ne trouverait pas de satisfaction chez les centaines de collègues concernés mettrait inévitablement le feu aux poudres.

La FSU est la seule organisation syndicale à avoir proposé des solutions radicales et ambitieuses pour mettre fin à la souffrance au travail en local aveugle.

12 des 22 propositions de la FSU-BnF


■ Libérer plusieurs niveaux de magasins dans chacune des tours de Tolbiac afin d’y aménager des espaces de travail à la lumière naturelle pour les 500 magasiniers du socle.

■ Aménager quatre “carrels” inoccupés afin qu’ils donnent sur la lumière du jardin. Les transformer en espaces de repos avec distributeurs de boissons, four à micro-ondes, frigidaire ainsi que le nécessaire pour se reposer.

■ Aménager la cantine pour éviter ou réduire le bruit et la promiscuité. Laisser cet espace disponible pendant les horaires d’ouverture de l’établissement.

■ Cesser l’évaluation individuelle des performances qui engendre un mal-être au travail et évaluer collectivement les unités de production seulement.

■ Informer les “évalués”, durant l’entretien, de la volonté du chef de service de proposer un avancement ou non. En cas de refus, le chef de service doit le motiver afin de permettre à l’agent de comprendre cette décision.

■ Reproposer systématiquement, d’année en année, les agents proposés qui n’ont pas eu d’avancement en CAP jusqu’à obtention.

■ Reconnaître l’ancienneté au même titre que le mérite.

■ Ne pas laisser un magasinier plus de huit ans dans le même grade afin de lui permettre d’arriver en haut de la dernière grille à la fin de sa carrière (penser aux pensions de retraite).

■ Retrouver le sens du travail en équipe notamment avec des réunions délibératives de tous les personnels d’une unité de production. Former les encadrants à cette activité.

■ Cesser radicalement d’engendrer des écarts grade/fonction.

■ Reconnaître la dimension sociale de la FP avec des attentions particulières concernant les agents en situation de fragilité.

■ Le recours au travail isolé doit être exceptionnel. Nous entendons par travail isolé l’absence de travail collaboratif, d’entraide, de contact avec les équipes et avec les chefs de service : être seul face à sa tâche.

■ Cesser la suppression de postes dans le corps de magasiniers qui ont déjà beaucoup donné.


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