Le modèle UBER : l’avenir des salarié-e-s ?

mercredi 25 janvier 2017

“On le voit avec l’exemple qu’offre UBER dans la région parisienne : des gens souvent victimes de l’exclusion choisissent l’entreprenariat individuel parce que, pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, c’est plus facile de trouver un client que de trouver un employeur”, Emmanuel Macron – Le Monde du 6 janvier.

Lors de ses conférences contre la loi travail, Gérard Filoche (inspecteur du travail à la retraite, militant CGT, etc.) citait pour exemple un chauffeur de taxi “Uber” avec qui il avait pu discuter. Certains ont parlé d’“Ubérisation” de la société, pour annoncer la fin du salariat (et le retour du servage ????). Les conducteurs VTC sont souvent d’anciens élèves de nos quartiers “REP”… En ce sens cette question nous intéresse…

Alternatives économiques publie régulièrement des enquêtes sur UBER et son monde. En voici quelques éléments.

Moins de trois euros de l’heure !

D’après les calculs faits par Alternatives économiques , pour un chiffre d’affaires de 4 500 €, soit 60 à 70 heures de travail hebdo, le chauffeur gagne 750 € s’il est locataire de son véhicule et 900 € s’il est propriétaire. En effet, il faut compter la commission à payer à Uber et co., la location ou l’amortissement du véhicule, le gazole, les frais d’entretien du véhicule, son assurance, les cotisations sociales, la comptabilité, les bouteilles d’eau, les frais de parking, les coûts liés aux pannes, aux rayures ou aux causés au véhicule…

Ceux qui pensent bien gagner leur vie, confondent chiffre d’affaires et bénéfice.

Évidemment ce sont souvent des jeunes issus des quartiers prolétaires des banlieues qui sont ces chauffeurs VTC. La première année, ils bénéficient du dispositif ACCRE (Aide au Chômeur Créant ou Reprenant une Entreprise), qui leur permet de cumuler prestations et le revenu de leur activité la première année suivant la création de leur entreprise.

Certaines plates-formes contournent la nouvelle réglementation qui a durci l’octroi de nouvelles licences VTC en déclarant les chauffeurs comme salariés une à deux heures par jour, et de les utiliser le reste du temps comme auto-entrepreneurs.

Celles et ceux qui croyaient que l’auto-entreprise était un espace de liberté, “être son propre patron”, en sont pour leur frais. Les chauffeurs qui bossent pour la plate-forme Le Cab doivent travailler avec une 508 Peugeot couleur gris Aria. Le Cab dispose de l’exclusivité sur cette couleur auprès du constructeur… Certains chauffeurs ont été déconnectés d’Uber sans vraiment savoir pourquoi. Refus de certaines courses, acceptation d’espèces d’un client ?

Il y a un énorme turn-over dans cette profession. Avec des jeunes qui viennent, prennent l’argent, ne déclarent rien et arrêtent au bout d’un an. Ce n’est pas sans danger, car avec les applications, tout est traçable. Le jour où l’administration fiscale aura accès aux données, cela risque de faire mal…

Rappelons qu’une partie de l’économie collaborative (sous-louer son appartement, faire le chauffeur en amateur, traduire des fragments de texte à la pièce...) est peu ou pas soumise à l’impôt et aux cotisations sociales. Ce qui aura un impact négatif sur la protection sociale et la dynamique d’ensemble de l’économie.

Sinon, concrètement, il y a sans doute quelques applications à virer ou refuser sur nos téléphones portables…

Philippe Barre