Contrer partout l’exclusion des Rroms

mercredi 18 janvier 2017

Dans la rubrique “Résistances, utopie, alternatives”, une expérience, parmi d’autres trop peu nombreuses encore, pour sortir du racisme anti-rroms particulièrement violent en Roumanie.
Trop peu d’associations laïques, et souvent sans moyens, s’investissent en France dans le soutien concret aux populations Rroms, et a fortiori au niveau international. Du coup, les Églises sont en première ligne, comme pour le projet Elijah à Hosman. Émancipation n’entend pas faire œuvre de prosélytisme religieux en relatant cette expérience, mais simplement montrer qu’en Roumanie comme en France, comme partout, du moment que des soutiens aident à surmonter les difficultés, les Rroms peuvent contrer l’exclusion “atavique” dont ils/elles sont victimes. Et trouver à leur tour du travail dans l’animation des structures qui les ont épauléEs.

Le village de Hosman est situé dans le judet* de Sibiu, en Transylvanie. Nous y accédons en vingt minutes par le bus de la compagnie Transmixt, au départ, seulement quatre fois dans la journée, de la gare routière de Sibiu. À l’entrée du village, on aperçoit un peu plus loin, sur les hauteurs, une église fortifiée du XIIIe siècle. Durant les réformes agraires qui ont eu lieu au cours du XXe siècle en Roumanie, depuis celle inspirée par la révolution russe jusqu’à celles menées sous l’ère communiste, les principaux propriétaires terriens, autrichiens ou hongrois, se sont vu exproprier. Les quelques AutrichienNEs que nous avons rencontréEs dans le village sont des héritierEs autoriséEs, après la chute du mur de Berlin, à récupérer les maisons de leurs ancêtres. Dès qu’on passe le pont à l’entrée du village, on aperçoit deux maisons en chantier dont le muret arbore le panneau de l’association Elijah. Il s’agit de maisons allouées à des familles rroms, par l’entremise de l’organisme. Le village, principalement peuplé de familles rroms, continue à s’agrandir autour de ce projet.

Un projet d’aide sociale plutôt classique...

Ce projet fait suite à un premier, situé à Bucarest, qui accueillait des enfants des rues. Certains enfants, d’abord bénéficiaires de l’œuvre sociale, ont fini par intégrer l’équipe éducative, puis ont pris le relais de la direction, léguée par ses membres initiaux après 25 ans d’activité. En 2013, ces dernierEs ont alors bâti un deuxième projet dans le judet* de Sibiu où de nombreux villages sont peuplés en majorité par des familles rroms. Nombre de ces villages sont très peu desservis par les transports, et les parents n’y ont que peu d’opportunités d’emplois, tandis que les enfants, éloignéEs des écoles, sont souvent déscolariséEs. Les conditions de vie sont parfois insalubres, dans des foyers sans installations sanitaires commodes.

Au sein du village d’Hosman, l’association Elijah, porteuse du projet, bénéficie de donations et de fonds européens. Elle est composée d’un centre social, d’une école de musique, d’un centre de formation professionnelle et d’un centre de loisirs. Un minibus fait office de navette pour transporter les enfants entre les villages. De nombreux parents y laissent leurs enfants le matin, avec l’assurance qu’ils bénéficieront de repas durant la journée. L’objet de l’association reste des plus classiques : insertion professionnelle, insertion sociale, soutien scolaire et cours de musique, avec l’intervention dans l’école de musique de professeurEs d’universités européennes. Mais son implantation géographique, au cœur de villages transylvaniens délaissés, en fait toute l’originalité. En parcourant le village, on comprend qu’une bonne partie de son activité tourne autour de l’association. Des familles mal logées s’y installent, construisent elles-mêmes leurs maisons, avec la collaboration des membres et des stagiaires de l’association, spécialiséEs dans l’artisanat.

... où les bénéficiaires deviennent à leur tour salariéEs

Ce qui semble particulièrement intéressant dans ce projet, c’est la façon dont on y considère le travail social. Un des éducateurs que nous avons rencontré était un des enfants de la rue accueilli à Bucarest dans la première structure. Il vit à Hosman et contribue désormais au même titre que les autres salariéEs de l’association. Dans une certaine mesure, la philosophie de cette structure se base sur une moindre distinction entre les éducateurs/trices et les bénéficiaires de l’œuvre sociale. Toujours à la mesure de ses moyens, l’association se met au service de la levée de nombreux freins que rencontrent les familles rroms, concernant le logement, le transport et la formation. Davantage qu’une prise en charge superficielle ou que le simple fait de différer les difficultés sociales, la formule consiste à éclater les frontières entre la structure et les bénéficiaires. Ceci, par l’intégration de Rroms dans l’équipe, par la construction de logements dans un village qui change et s’agrandit.

Si la première association a mis 25 ans pour transformer le lien social en hissant à sa tête des enfants défavoriséEs, l’espoir de voir le même processus s’opérer à l’échelle d’un village entier existe. En effet, nous avons vu les prémisses d’une communauté de projet se constituer autour de l’association. C’est en effet en transférant son pouvoir d’agir sur les membres de la communauté rrom du village d’Hosman, qu’éclateront les marges dans lesquelles les préjugés raciaux et sociaux la confinent.

Leïla Elyaakabi

* judet : circonscription administrative roumaine (ndlr)


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