Motion générale thème 4 : "Quel syndicalisme, quelle FSU pour demain ?"

samedi 10 mars 2007
par  QD, Administrateur

Le texte sur le thème 4 adopté par le congrès national est disponible sur le site de la FSU : http://congres-2007.fsu.fr/article.php3?id_article=30
Ci-dessous le texte général alternatif déposé par Emancipation.
Nous avons aussi déposé d’autres textes au vote. Ces textes (et les résultats des votes) sont téléchargeables dans l’autre article sur le thème 4.

Motion Émancipation

Pour : 33 (5,52%)
Contre : 551 (92,14%)
Abstention : 14 (2,34%)
Refus de vote : 84

Pour une rupture avec le capitalisme,
pour un syndicalisme de lutte !

Le pouvoir redouble de coups contre les travailleurEs. Pour les classes dominantes, l’heure n’est plus au compromis social, aux accommodements avec le mouvement social. Ainsi dans l’Education les suppressions massives de postes ont été récemment annoncées – en nombre encore supérieur à ce que était prévu. Elles constituent une conséquence très concrète des choix de ce gouvernement en matière éducative : chômage, précarité, flexibilité et casse des statuts pour les personnels, tri social accentué et minimum éducatif pour la jeunesse scolarisée.

Pour mettre en application son projet réactionnaire, le gouvernement s’appuie sur trois éléments fondamentaux : la mise à mal des droits des salariéEs, le démantèlement des services publics et des institutions garantes de l’égalité des droits (Sécu, retraites), la répression d’Etat et le contrôle social contre tout ce qui pourrait contester cette orientation (syndicalistes, jeunes, fractions précarisées du salariat…).

L’ensemble des salariéEs est attaqué, du public comme du privé : salaires, licenciements et délocalisations, droits statutaires et collectifs ( Code du Travail dans le privé, CDI dans la Fonction Publique contre le statut de titulaire…)… En même temps, les luttes des salariés contre toutes ces régressions se poursuivent.

Dans ce contexte, l’objectif du syndicalisme doit être de faire échec à l’offensive frontale, capitaliste et conservatrice qui entend casser les mobilisations et les forces sociales qui les portent. L’heure est donc à la reprise de la mobilisation interprofessionnelle public-privé. Mais pour cela, encore faut-il que le syndicalisme redevienne un outil efficace pour les travailleurEs.

Pour l’indépendance syndicale, contre l’intégration dans l’appareil d’Etat
Les choix gouvernementaux s’inscrivent dans une logique globale, visant à remettre en cause l’ensemble des droits (sociaux, civiques, politiques) des salariéEs, au travers du démantèlement des solidarités collectives et des services publics. Cette logique, pour être mise en œuvre, s’accompagne d’une redéfinition des structures de l’Etat (régionalisation, décentralisation et contractualisation).

Dans le même temps, il s’agit pour le gouvernement d’affaiblir le potentiel de lutte dont est porteur le syndicalisme. Le pouvoir capitaliste cherche à y parvenir par divers moyens, en particulier :

- par la répression et la criminalisation du syndicalisme. la FSU considère avec la plus grande inquiétude la criminalisation de l’action syndicale. Elle dénonce toutes les menaces contre les droits syndicaux et le droit de grève, et soutient les personnels victimes de cette répression ainsi que toutes celles et tous ceux qui sont poursuiviEs ou sanctionnéEs pour leur participation à des mobilisations.

- mais aussi en neutralisant le rôle revendicatif des organisations syndicales, par leur intégration accentuée dans les institutions. Un biais privilégié pour cela est le développement des instances de "dialogue social local" -développement favorisé par un certain nombre de réformes comme la LOLF– qui offrent de moins en moins de possibilités de défense des droits des personnels, alors que dans le même temps les instances paritaires traditionnelles se vident progressivement de leur contenu.

Pour la FSU, le rôle du syndicalisme n’est pas de cogérer la régression sociale, ni de participer à la production de textes réglementaires défavorables aux droits des salariéEs ; il est de faire valoir les revendications des personnels.

Pour un syndicalisme de lutte, pour l’unité des personnels
Au delà de cette exigence immédiate, il s’agit pour le syndicalisme de s’inscrire dans une riposte globale et interprofessionnelle, pour battre durablement le libéralisme. La question des pratiques syndicales, des formes de luttes, est par conséquent décisive. Les luttes survenues ces dernières années ont bien montré le rôle joué par les Assemblées Générales d’une part, la nécessité de la grève reconductible dans la perspective de la grève générale d’autre part. Pour gagner dans un affrontement d’ampleur, la conduite de la lutte doit être assurée par les personnels eux-mêmes, grâce aux instruments qu’ils se donnent : les Assemblées Générales souveraines et décisoires, AG d’établissements, mais aussi dans les localités et les départements, structurées sur une base démocratique (déléguéEs d’établissements).

Dans cette optique, le rôle des syndicats n’est pas de combattre le pouvoir des structures d’auto-organisation, mais au contraire de se mettre au service des luttes : en centralisant et diffusant l’information, en mettant en mouvement les secteurs qui ne sont pas encore dans l’action. Soutenir l’auto-organisation des luttes ne signifie pas pour autant minimiser l’importance des syndicats qui constituent l’outil de défense collective indispensable pour les salariéEs. A condition que le syndicalisme sache se montrer à la hauteur des attaques, et défende des revendications sans ambiguïté !

Définir une stratégie syndicale offensive passe donc aussi par des revendications qui doivent concourir à unifier les luttes et les situations. Par exemple : refus du chômage, de la précarité, des licenciements dans le public comme dans le privé, titularisation immédiate et sans condition de touTEs les précaires de la Fonction Publique, unification statutaire et salariale, abrogation des lois de "décentralisation" (et donc réintégration des TOS dans la Fonction Publique d’Etat), abrogation des réformes Fillon (2003) et Balladur (1993) sur les retraites, unification du système éducatif pour une école réellement démocratique, retrait des contre-réformes libérales à l’école à commencer par la loi d’orientation

Or la FSU, par ses statuts, est une juxtaposition de syndicats nationaux souverains, syndicats de métiers ou de catégories ; cette structuration divise, isole voire oppose les personnels et leurs syndicats (sur la décentralisation, les "réformes" libérales de l’éducation…), pour finalement entraver les mobilisations. La FSU doit donc changer ses structures et ses statuts au service de l’unité des personnels, en s’organisant sous la forme d’une fédération de syndicats généraux, regroupant sur une base géographique toutes les catégories de personnels de l’Education (sections locales, départementales).

En même temps, il est tout autant nécessaire d’apporter des réponses aux difficultés structurelles du syndicalisme en France.

Pour un syndicalisme démocratique, porteur de l’espoir de l’unification syndicale
La faiblesse du syndicalisme tient en grande partie à sa difficulté d’implantation dans le privé ; elle doit conduire à impulser la mise en place de réseaux interprofessionnels, associant les diverses sections syndicales, syndiqués et non-syndiqués, du public comme du privé, en lien étroit avec les syndicats dans leur diversité, pour permettre d’aller vers des structures qui rappellent les "Bourses de Travail", et qui vont dans le sens d’une (ré)unification organique des syndicats.

L’affaiblissement du syndicalisme est aussi lié à son organisation hiérarchique, et à son manque d’indépendance par rapport au politique. Pour contrecarrer cela, outre l’indépendance absolue par rapport aux fractions politiques, aux gouvernements, églises et patronat, dans le syndicalisme ( Charte d’Amiens ), il n’y a qu’une possibilité : pousser les salariéEs à rejoindre les syndicats, s’impliquer davantage dans leur instances pour mieux contrôler leur fonctionnement démocratique, proposer une orientation de transformation sociale.

Cet impératif commande, au sein de toutes les organisations syndicales, de prendre immédiatement des mesures allant en ce sens ; par exemple :

- l’indépendance financière par rapport aux gouvernements et au patronat.

- le développement de la formation syndicale des personnels, des débats d’idées.

- la limitation dans la durée les mandats de direction syndicale, des décharges syndicales (en particulier pour les permanentEs).

- la vigilance quant au cumul des fonctions syndicales et des fonctions électives.

Le syndicalisme est l’outil essentiel de l’émancipation des salariéEs. Les syndicats doivent pouvoir articuler la défense immédiate des intérêts des travailleurEs et la perspective d’un changement de société. La FSU défend ainsi la perspective d’un syndicalisme de masse, unifié, regroupant la majorité des salariéEs. Pour autant, la division et la faiblesse actuelle du syndicalisme en France posent la question des moyens d’y parvenir.

L’éparpillement du syndicalisme l’affaiblit grandement et pose le problème du retour à l’unité organique du mouvement syndical, de la (re)construction d’une confédération unique des travailleurEs. Un syndicalisme unifié n’a rien à voir avec le syndicat unique de type totalitaire : c’est au contraire l’unité des travailleurEs dans une même structure, avec l’organisation du pluralisme et de la démocratie dans le syndicat.

Il est indissociable d’un réel droit de tendance, droit d’expression et d’organisation à tous les niveaux du syndicat, afin que tous les courants issus de l’histoire du mouvement ouvrier ou des luttes puissent cohabiter et s’enrichir mutuellement. La FSU veillera tout particulièrement à préserver et à améliorer l’exercice du droit de tendance existant actuellement, elle s’attachera à favoriser l’expression de toutes tendances minoritaires et de touTES les syndiquéEs (tribunes libres, publication des motions non majoritaires…).

La FSU n’ignore pas que cette perspective peut sembler lointaine pour les salariéEs, et qu’elle rencontre dans les circonstances actuelles de réelles difficultés. Elle considère qu’en tout état de cause elle pose le problème du rôle, de la responsabilité de la FSU dans le mouvement syndical. La FSU est favorable à terme à une sortie de l’autonomie syndicale, mais considère aussi que les évolutions doivent tendre à une unification du syndicalisme et non provoquer un accroissement de la division et de la concurrence syndicales, que ce soit au niveau de la Fonction Publique ou au niveau interprofessionnel. Pour la FSU des orientations motivées par des intérêts bureaucratiques et d’appareil, visant essentiellement à obtenir à tout prix la "représentativité" institutionnelle (décharges, financements…), constituent des éléments négatifs pour le syndicalisme et l’unité des salariéEs.

Pour un syndicalisme solidaire, en France comme dans le monde
Pour la FSU, le rôle du syndicalisme, s’il part du lieu du travail, ne se réduit pas à cet aspect : les travailleurEs ayant des intérêts communs, le syndicalisme se doit de les prendre en charge et de les défendre globalement.

Par conséquent, il importe pour le syndicalisme de prendre toute sa place dans la défense des droits sociaux et des libertés démocratiques :

- par la participation effective aux organisations et aux luttes posant la question de la solidarité de l’ensemble des travailleurEs avec ses fractions les plus fragilisées : mouvements de défense des droits des femmes, des sans-papierEs, contre la répression, etc.

- à plus long terme, par la création de structures locales permettant de développer les solidarités et les pratiques en rupture avec le système libéral. La mise en place, au niveau local, de lieux de solidarité interprofessionnelle et intersyndicale, d’impulsion et de convergence des luttes, d’éducation et de culture populaire… tels que des Bourses du Travail, peut permettre d’avancer dans cette direction.

Il est également nécessaire de (re)constituer un vaste front de défense de la laïcité.

Pour la FSU, les intérêts des salariéEs des différents pays sont convergents, et impliquent de développer les pratiques de solidarité internationale. La FSU est favorable à l’unité des organisations syndicales nationales au sein de structures internationales ou européennes réellement revendicatives, ce qui implique de démocratiser et de revitaliser le syndicalisme sur les plans international et européen :

- la CES est actuellement la seule structure syndicale organisée au niveau européen. Toutefois, la FSU estime que ses orientations actuelles empêchent toute possibilité d’adhésion : le soutien aux politiques libérales, le manque d’indépendance politique et institutionnelle par rapport aux institutions de l’Union Européenne (y compris sur le plan financier), le maintien du soutien à la "Constitution" européenne, constituent des désaccords graves. La FSU est par conséquent favorable au regroupement, en vue de mobilisations communes, de toutes les forces syndicales qui, dans la CES ou hors de la CES, combattent les politiques libérales décidées au niveau européen.

- la principale organisation syndicale mondiale, la Confédération Internationale des syndicats libres (CISL), a opéré une fusion avec la Confédération mondiale du travail (CMT), d’origine chrétienne. La FSU considère que l’internationalisme syndical doit se réaliser sur des bases revendicatives claires, refusant l’accompagnement social du libéralisme, et constate que la CSI n’a pas pris ce chemin. La FSU ne demandera donc pas son adhésion à la CSI.

La FSU estime que le mouvement altermondialiste structuré autour des Forums Sociaux (locaux, européens et mondiaux) peut contribuer à l’émergence et au développement de luttes contre le libéralisme et le capitalisme s’il surmonte les écueils bureaucratiques et retrouve un nouveau dynamisme. Pour la FSU, le cadre des forums sociaux ne saurait constituer un embryon de "direction internationale" des mouvements sociaux phagocyté par des directions politiques ; ce doit être un lieu d’échanges et de débats, dont les acteurEs peuvent décider ensemble d’actions communes sur des sujets variés.

La FSU défendra donc les perspectives suivantes dans les Forums Sociaux :

- l’indépendance politique et matérielle (y compris financière) par rapport aux gouvernements et institutions.

- une démocratisation du fonctionnement et un élargissement de la participation du monde du travail ; les Forums Sociaux Locaux peuvent constituer un outil privilégié dans ce but : ils peuvent permettre une participation populaire accrue, et la prise en compte de leur point de vue dans le fonctionnement du Forum Social Européen est indispensable.

- le lien avec le milieu local, l’expérimentation de pratiques sociales en rupture avec le libéralisme, porteuses de valeurs émancipatrices : soutien aux luttes locales, mise en place de lieux et de moments d’auto-organisation, de transformation temporaire du milieu local (publicité, gratuité des transports, participation des populations locales au Forum Social…).

- la défense de la laïcité, valeur de portée universelle, dans le mouvement altermondialiste. A ce titre, le SNES sera vigilant sur la question des rapports du mouvement altermondialiste avec des forces religieuses, en particulier parce que la Laïcité est un principe égalitaire refusant la subordination d’un sexe à un autre ainsi que la manifestation de cette subordination dans la sphère publique.


Documents joints

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