Un mois dans le monde

vendredi 23 décembre 2016

Dans les valises de Trump

La palme revient à Steve Bannon. Le futur haut conseiller de Trump est un homme d’affaire et un producteur. Il a dirigé le site d’extrême droite Breitbart. On lui accole régulièrement les qualificatifs d’islamophobe, d’antisémite, de misogyne. Le Ku-Klux-Klan et le parti nazi américain se sont publiquement félicités de cette nomination. Le journal israélien de gauche Haaretz parle du virus Bannon dont Trump est l’hôte et ajoute qu’il est la preuve qu’on peut être à la fois pro-israélien et antisémite.

En deuxième position le vice-président Mike Pence. Ce catholique passé à l’évangélisme radical tient régulièrement des propos homophobes ou contre l’avortement. Il est climato-sceptique. Il croit dans le créationnisme : “J’embrasse l’idée selon laquelle Dieu a créé les cieux et la Terre, les mers et tout ce qu’il y a dedans”. Il a été un des fervents soutiens de l’invasion américaine en Irak et est contre la fermeture de Guantanamo.

Premier accessit pour Mike Pompeo, nommé à la tête de la CIA. Cet ancien militaire veut relancer le conflit avec l’Iran et prône la peine de mort pour le lanceur d’alerte Edward Snowden. Il est partisan d’un système de surveillance généralisé. Il est bien sûr contre le droit à l’avortement.

La suite bientôt car il y aura hélas une suite.

Marrakech

Faire la COP22 au moment de l’élection de Trump était un pari impossible. Toutes les opérations de communication vantant les bonnes résolutions des uns et des autres n’auront pas réussi à masquer la réalité. Les destructeurs de la planète renforcent leur pouvoir aux États-Unis : Trump prône “l’indépendance énergétique” à coup d’énergie fossile : charbon, pétrole, gaz de schiste, sables bitumineux. Les lobbys liés à ces productions ont financé sa campagne et le cours à la bourse des compagnies liées à l’énergie fossile s’est envolé dès le résultat de l’élection. Les énergies renouvelables ne sont pas jugées assez rentables par ces requins.

On a surtout parlé argent à Marrakech. L’objectif de limiter l’augmentation de la température à deux degrés à l’horizon 2100 semble abandonné. Quelques pays comme l’Allemagne continuent de parler d’une stricte limitation des gaz à effet de serre. Que pourront-ils faire si les États-Unis inondent le marché mondial de leurs saloperies produites à bas coût ?

Espagne

L’histoire dira si le PSOE, parti “socialiste” qui se dit encore “ouvrier”, se sera ou non suicidé en permettant par son abstention au néo-franquiste Rajoy d’obtenir une nouvelle investiture alors que la droite est minoritaire aux Cortes (le parlement espagnol).

En tout cas, les deux partis (Parti Populaire et PSOE) se sont réjouis de l’arrestation du dirigeant de l’ETA Mikel Irastorza à Ascain (Euzkadi française). L’ETA a annoncé il y a plus de cinq ans l’arrêt définitif de la lutte armée, mais sur la question basque comme sur bien d’autres points, les deux grands partis espagnols pratiquent la même politique revancharde.

Islande

Dans ce petit pays d’un peu plus de 300 ?000 habitantEs, les élections anticipées avaient été provoquées par le scandale des Panama Papers qui a touché l’ancien Premier ministre “centriste”. Dans ce pays qui a condamné à de la prison ferme des responsables du krach de 2008, les sondages prévoyaient un raz-de-marée du parti Pirate. Ils ne se sont pas vérifiés. Ce parti a progressé ainsi que l’alliance entre les verts et la gauche mais la droite ne s’est pas effondrée et, au vu des résultats, sauf alliance des contraires, le pays semble ingouvernable.

Turquie

Ce qui restait de la démocratie est en train de disparaître. La police turque a fait une descente aux domiciles de plusieurs journalistes du quotidien d’opposition Cumhuriyet et a arrêté son patron le 11 novembre alors qu’il rentrait d’un voyage en Allemagne. Ce journal de tendance “kémaliste” est accusé d’avoir soutenu le coup d’État, ce qui n’a bien sûr aucun sens.

Une semaine auparavant, la police avait arrêté 11 députés du HDP (parti de gauche, majoritaire au Kurdistan) dont son président Demirtas. Du coup la guerre dans le Kurdistan turc est plus que jamais relancée.

Les nouvelles qui arrivent de Turquie soulignent une purge sans précédent parmi les enseignants, les juges, les fonctionnaires. De nombreux syndicalistes ont été emprisonnés. Quatre mois après le putsch manqué, on en est à 32 ?000 arrestations, 70 ?000 enquêtes et plus de 15 ?000 fonctionnaires révoqués.

Alep

Chaque jour, l’aviation de Poutine et les tanks de Bachar rasent un peu plus la partie Est de la ville. Les victimes se comptent par milliers. Personne ne pourra dire “nous ne savions pas”.

Dans le partage des rôles, les armées occidentales sont occupées à Raqqa et Mossoul. Comme les habitantEs d’Alep ne font pas d’attentat en Occident, leur sort n’intéresse personne (sauf s’ils ont l’outrecuidance de monter sur des bateaux en route pour l’Europe). Pire : pour Poutine, l’élection de Trump ou le succès de Fillon sont des bonnes nouvelles. Ces braves gens veulent négocier avec lui et partagent son goût pour la brutalité.

Israël

Si Clinton avait gagné, ça aurait été bon pour Israël. Mais avec Trump, il y a un plus : plus besoin de mentir, plus besoin de faire semblant de parler de “processus de paix” et autre “solution à deux États”. On peut enfin dire ouvertement ce qu’on n’a jamais cessé de mettre en œuvre, c’est-à-dire l’annexion de l’essentiel de la Cisjordanie et l’expulsion des PalestinienNEs.

Pierre Stambul


Brèves

14 février - Réunion publique - Jeudi 23 février à 19h - Alep : un tournant ?

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