Évaluations en maternelle : la grande illusion

École
jeudi 22 décembre 2016

Maternelle : évaluation “positive”, “bienveillante”, fini les livrets de compétence, les sous-compétences, les items, les cases à cocher. Alors, heureux ?

Non. Derrière le miel d’un discours pédagogique parfaitement contradictoire avec la mise en œuvre du LSUN (Livret scolaire unique numérique) au primaire et au collège, aux accents de Magritte sur le site du ministère de l’Éducation nationale(ceci [le carnet de suivi] “n’est pas un livret de compétencesdécliné en sous-compétences” ; “pas un tableau d’items cochés”…), la réalité est la suivante :

1/ des programmes en maternelle toujours exprimés en “compétences” : 5 domaines et 64 compétences associées

Exemples :

Domaine 1 : “Mobiliser le langage dans toutes ses dimensions” (exemples de compétences associées : “Manifester de la curiosité par rapport à l’écrit”, “Copier à l’aide d’un clavier”) ;

Domaine 2 : “Agir, s’exprimer, comprendre à travers l’activité physique” (exemple de compétence associée : “Se déplacer avec aisance dans des environnements variés, naturels ou aménagés”) ;

Domaine 3 : “Agir, s’exprimer, comprendre à travers l’activité artistique” (exemple de compétence associée : “Parler d’un extrait musical et exprimer son ressenti ou sa compréhension en utilisant un vocabulaire adapté”) ;

Domaine 4 : “Construire les premiers outils pour structurer sa pensée” (exemple de compétence associée : “Identifier le principe d’organisation d’un algorithme et poursuivre son application”) ;

Domaine 5 :Explorer le monde” (exemple de compétence associée : “Utiliser des objets numériques : appareil photo, tablette, ordinateur”).

2/ des “carnets de suivi” qui remplacent certes les “livrets” mais, au vu des modèles délivrés par le ministère, qui sont tout au long de la maternelle un enregistrement, y compris par photos et vidéos, des acquisitions de l’élève – avec l’âge de l’élève lors de l’acquisition – au regard de ce qui est attendu et qui est systématiquement rappelé au préalable.

Et pour “aider” les enseignant.e.s à mieux “suivre” les “progrès” de l’élève, 50 pages d’“indicateurs de progrès” pour les cinq domaines d’apprentissage (tirées de l’annexe au programme de maternelle – B.O n° 2 du 26 mars 2015). Ainsi pour le domaine 1 et la compétence associée “Communiquer avec les adultes et les autres enfants en se faisant comprendre” reliée à l’objectifvisé : “Oser entrer en communication”, 14 “indicateurs” sont listés (exemple : “participer à la régulation de l’avancée du propos du groupe par des formules comme « 0n l’a déjà dit… »”). Au total ce sont 360 “indicateurs” recensés par le ministère et si on veut repérer les “éléments de progressivité” pour chacun de ces indicateurs, par exemple 5 paliers de progrès comme le propose par exemple en ligne un enseignant soucieux d’aider ses collègues, 1800 cases permettent de “suivre” l’élève sur l’ensemble de la maternelle…

3/ une “synthèse des acquis scolaires de l’élève à l’issue de la dernière année de scolarité à l’école maternelle” (modèle défini par l’arrêté du 31 décembre 2015) qui enregistre pour les 5 domaines et 18 grandes compétences associées réparties en trois niveaux euphémisés (“Ne réussit pas encore” ; “Est en voie de réussite” ; “Réussit souvent”) et avec un recensement des “points forts” et des points faibles baptisés “besoins à prendre en compte”.

En outre, la synthèse ajoute une évaluation du comportement (“apprendre ensemble et vivre ensemble”) sur la base de 5 compétences (exemples : “Prise en compte de consignes collectives” ; “Participation aux activités, initiatives, coopération”).

Tout est donc mis en place dès la maternelle pour que les élèves et les enseignant.e.s entrent dans le jeu du fichage de leurs “compétences”.

Richard Abauzit


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