Passe ton bac... Après ? Faudra des sous...

mardi 20 décembre 2016

Quand on parle de la reproduction des inégalités sociales, les commentateurs et commentatrices ciblent souvent l’école primaire, le collège, le lycée. Il y a sans doute beaucoup à dire et à lutter à ces niveaux. Mais les parents d’élèves qui ont eu leur bac savent bien que financièrement le plus dur commence. Quelques exemples tirés d’Alternatives économiques de septembre 2016.

École de commerce

En moyenne, l’étudiant-e et sa famille devront débourser 35 000€ sur trois ans. Pour HEC, il faut compter 44 400€ sur trois ans… Il n’a jamais été aussi difficile pour les enfants des classes populaires d’entrer dans les écoles de commerce. Les solutions proposées consistent en prêts d’honneur ou à des tarifs négociés auprès des banques… Comparaison n’est pas raison, mais on peut rappeler la dette étudiante de 1 300 milliards de dollars aux États-Unis… Pour revenir à la France, une des autres solutions proposées est le cursus en apprentissage. D’un côté l’apprenti-e voit ses frais de scolarité pris en charge par l’entreprise et l’école peut solliciter le versement de la taxe d’apprentissage auprès de ces entreprises. Pour autant, ces apprenti-e-s sont coupé-e-s de la vie sociale sur le campus, en particulier de l’activité associative qui permet aux étudiant-e-s de constituer un “capital social”, c’est-à-dire un réseau de relations utiles tout au long de leur carrière. Ce réseau social est pourtant un des arguments des écoles de commerce. Ben là, on y est dans la reproduction des inégalités sociales, voire leur amplification. Mais là ce sont des écoles privées, on ne dit rien ?!!!

Études de médecine

L’exemple cité par Alternatives économiques parle d’un cas récent de 327 étudiant-e-s reçu-e-s en 2ème année sur une cohorte de 2 300, soit 14,21 %… Pour réussir le parcours du combattant-e, les étudiant-e-s ont souvent intérêt à multiplier les cours dans des prépas médecine privées. Une pré-rentrée de trois semaines peut coûter 1185€ . Le reste de l’année, cela peut coûter 1800€ par semestre… D’autres élèves choisissent “la prépa 0”. Comme les étudiant-e-s ne peuvent se présenter que deux fois au concours de PACES, cette “prépa 0” leur permet de suivre le programme sans passer le concours. Ils/elles ne tenteront leur chance que les deux années suivantes (avec des prépas privées en plus des cours de fac). Cette “prépa 0” coûte entre 4 000€ et 8 000€ …

Pas étonnant que dans cette voie, comme d’autres, de nombreux jeunes étudiant-e-s choisissent la Belgique où les droits de scolarité sont plus modestes qu’en France.

Il y a quelques facs qui mettent en place un tutorat pour lutter contre ces prépas privées pour un prix de 43€. Mais il n’y en a pas partout. Il serait temps de s’interroger sur ces études de médecine où règnent l’intensité du par coeur et la compétition féroce entre élèves. Est-ce bien cohérent comme formation à des métiers où les relations humaines sont fondamentales ?

On ne peut ignorer le rôle du numerus clausus en médecine qui organise sciemment la pénurie de médecins, diminution de l’offre pour imposer la diminution des coûts de soins. Seulement 22 % environ des candidat-e-s sont retenu-e-s pour l’ensemble des quatre filières : médecine, chirurgien-dentiste, pharmacie et sage-femmes. Un peu plus de 10 % pour les seul-e-s médecins, alors que la limitation drastique des années 90 a créé une forte pénurie. Touraine, au lieu d’augmenter le nombre de places, propose aux médecins de prolonger leur activité en milieu hospitalier jusqu’à 70 ans ! Cette sélection est à l’origine du “parcours de combattant” et fait le lit des “prépa privées”.

Sans parler de l’autonomie des universités qui conduit actuellement à réduire les formations (voire à les fermer...) et qui permet de réduire le financement de l’État au profit de la recherche de “fonds propres”...

Une autre réflexion devrait aussi être menée sur le côté libéral des médecins, qui veulent bien s’installer en Côte-d’Azur pour s’occuper des vieux bourgeois-e-s friqué-e-s, et qui désertent les zones rurales… Dans la mesure où les médecins sont de fait essentiellement salarié-e-s par la Sécurité Sociale, un “mouvement national des postes vacants (médecins partant à la retraite)” serait envisageable, avec des centres collectifs de soins. Centres existants déjà ici et là. En contrepartie des contraintes de ce mouvement, les médecins pourraient obtenir des garanties en matière d’installation, de salaire et de temps et de conditions de travail. Bon, je sais, je m’éloigne des sujets. Mais tout est dans tout, et réciproquement.

Des solutions

Combien d’étudiant-e-s échouent simplement parce que financer ses études en faisant un “petit boulot” à côté, limite le temps qui doit être consacré aux études ? L’idée d’un revenu accordé aux étudiant-e-s, en dehors de leur appartenance familiale leur permettrait de conquérir leur autonomie vis-à-vis de leur famille, sans hypothéquer leurs études.

Le nombre d’étudiant-e-s a considérablement augmenté, mais pas les moyens. Il faudrait donc donner aux facultés, aux IUT etc. beaucoup plus de moyens. Un système public gratuit de qualité est possible, mais sans les “grandes écoles” ! Grandes écoles qui non contentes d’être financées par l’État, comme toutes les écoles privées sous contrat, demandent jusqu’à 15 000€ par an. Inaccessible pour la plupart des enfants du salariat, sauf quelques boursiers. Mais là, remettre en cause les grandes écoles, c’est s’attaquer directement à un privilège que la bourgeoisie réserve à ses enfants. La lutte des classes, quoi ! Va falloir muscler notre jeu…

Philippe Barre


Brèves

26 juin - Mardi 27 juin - Rassemblement et meeting unitaire - 12 h - Paris - Invalides

Pas de code du travail sur ordonnance !
Les organisations syndicales CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES, (...)