Un premier congrès...

samedi 10 mars 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique", n°6 de février 2007)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

UN PREMIER CONGRÈS…

Congrès FSU de Marseille ou la défense de l’ordre structurel

Un premier congrès FSU est formateur. En effet, il permet de voir le fonctionnement organique d’une fédération syndicale, d’appréhender ses moteurs, ses rouages et ses différentes structures, ce qui, in fine, amène à une prise de conscience de ce qu’est, pratiquement, la FSU : un appareil verrouillé.

L’organisation
Il est important de partir de faits objectifs qui ne sauraient être objectés. Tout d’abord, il semble crucial de remarquer que les textes dits "préparatoires" (publiés dans un POUR spécial) émanent des cadres de l’appareil. C’est-à-dire que la base de réflexion, la "matière à débats" n’est autre que l’objectivation de l’idéologie dominante de l’appareil. Toute alternative s’efface... Et, par là même, cela renvoie à un certain fonctionnement "démocratique" : non sondage des syndiqués, non collaboration des tendances de pensée, etc.

En somme, les textes imposés aux congressistes s’imposent et/ou s’érigent comme nécessaires et incontournables : du "prêt-à-penser" ou plutôt du "prêt-à-voter".

Puis vient le temps des commissions thématiques. Elles permettent l’intégration de premiers amendements qui font consensus au sein de l’appareil : des oublis, des erreurs (l’appareil est humain !), etc.

Leur organisation (rapporteurs, inscription aux débats, temps de parole...) assure l’appareil de ne pas être renversé ou "chahuté" car tout y est ordonné (même les "coups de gueule"), tout est réglementé, prévu, rationalisé. Le reflet fidèle d’un système bureaucratique.

Ce type d’organisation (ou d’orchestration...) se retrouve en séances plénières durant lesquelles ont lieu les "non-débats".

Car ceci est la force de la FSU : la forme et le fond coïncident et constituent une unité (d’organisation, d’idéologie, etc.) s’érigeant en toute puissance, impénétrable et inébranlable.

Les non-débats, c’est l’atomisation des prises de parole (deux minutes trente à quatre minutes par intervenant), la parcellisation des points de vue (défense des amendements), la division thématique (comme si l’ensemble n’était pas lié...) et organique (chapitres, parties, sous parties...) du texte, le tout réglé par deux rouages-clé : le découpage du temps de parole et la surveillance de l’appareil (rôle des rapporteurs).

D’ailleurs, le découpage du temps de parole a une autre caractéristique : il est accordé en fonction de la représentativité des tendances (et non le même temps pour tous réparti également...). Ceci permet évidemment de "museler" les minorités et d’asseoir l’influence du modèle dominant.

De plus, ce temps de parole et son découpage ne sont pas imposés aux rapporteurs qui, par là même, expliquent et justifient tant qu’ils le veulent, le texte produit par eux-mêmes c’est-à-dire par l’appareil.

Puis vient le temps du vote – lui aussi minutieusement réglé pour ne pas perturber la bonne marche du congrès et les objectifs fixés par l’appareil. En effet, la fameuse règle de la "majorité qualifiée" (70% de votes "pour" devant être obtenus afin qu’un amendement ou une motion soit accepté...), contient, dans son fonctionnement même, le principe d’unité et surtout de verrouillage... . En même temps, cette règle peut être contournée par l’appareil quand il se trouve en difficulté (cf. le vote sur la CSI), piégé par le système qu’il a lui-même imposé et mis en place. Démonstration de force bureaucratique...

Le jeu de tendances
La FSU, c’est Unité Action. Unité Action, c’est la FSU...

Ces quelques mots suffisent à comprendre le lien intrinsèque entre les deux "formations". La structure (FSU) est une tendance (UA) et cette tendance règne en maître et se paie même le luxe de s’adjoindre un allié l’aidant à co-gérer l’appareil (direction, politique, fonctionnement) : l’École Émancipée. Car il est difficile de ne pas assimiler les deux structures tant le consensus fait guise de loi (lors des votes, présences au sein des rapporteurs, etc.).

Puis, il y a les autres : Front Unique et Émancipation. Ces deux tendances représentent à peu près 35 ou 36 congressistes sur les 700 au total (soit 5, 14%). L’on voit donc que la mécanique du système est bien huilée et surtout bien agencée de sorte que les voix dissidentes ne sont qu’un écho (sourd) au milieu des masses bruyantes et autoritaires de l’appareil.

Si démocratie il y a au sein de la FSU, elle n’est que façade et simulacre.

La mise en scène
L’ordre structurel étant l’objectif numéro un de l’appareil, il doit être doté d’une véritable mise en scène adéquate. Dans ce contexte, la mise en scène a pour fonction de voiler (relativement) la réalité en faisant croire au débat, aux valeurs démocratiques de la fédération, et, en même temps, d’imposer ses valeurs en objectivant sa politique et sa ligne de conduite (réformisme, collaboration de classe...).

Cette mise en scène s’inscrit, tout d’abord, dans un lieu (ou superstructure) : le Palais des congrès...

Ce palais (la référence immédiate à la royauté n’est pas fortuite...) forme une ossature à la hauteur de la fédération car il se compose tel un appareil bureaucratique : divisé en salles diverses, en petits amphis, en halls et sous halls, en plusieurs étages (lesquels contiennent couloirs et salles diverses et fonctionnelles...).

En somme, une superstructure labyrinthique, dédaléenne reflétant au mieux l’organisation déjà décrite...

A l’intérieur de cette imposante construction, se trouve l’amphithéâtre principal, lieu des séances plénières (sept demi-journées sur les neufs du congrès). Il a un rôle crucial dans l’ensemble des évènements et de l’organisation du congrès.

Il n’est pas inutile de rappeler les références directes et indirectes au religieux (et donc à un ordre...) et au théâtre (et donc à une représentation...) induites par l’utilisation d’un tel lieu.

S’il faut imposer un ordre (une ligne de conduite préétablie par la direction) et mettre en place une représentation (jouant sur la force du simulacre...), ceci doit se manifester objectivement dans la scénographie de l’amphithéâtre. La voici : un écran géant projette les débats filmés à l’assemblée de congressistes ; sur scène, se trouve, esseulé, dans un coin à gauche, l’intervenant, alors que trônent, au centre, les cadres (direction et rapporteurs) faisant face à l’assemblée.

Celle-ci se trouve répartie dans les sept travées composant l’amphithéâtre. Le placement des diverses "congrégations" est organisé selon l’appartenance (syndicat ou section départementale) à une structure afin de disséminer les tendances.

Que doit-on retenir de cette scénographie ?

1 – Filmer les débats induit la spectacularisation des débats renforçant cette mise en place de non-débat en les médiatisant et, par la même, en leur insufflant de la distance. Le lien communicatif est rompu. Par conséquent, le débat politique est absent.

2 – le positionnement des cadres est tout à fait révélateur puisqu’il induit unité (de la direction) et frontalité (tel un mur, physiquement imposant).

3 – Il y a la scène sur laquelle se "joue" le congrès et, séparés, il y a les spectateurs tantôt actifs ou acteurs (jouant leur rôle à la tribune) tantôt passifs ou auditeurs (applaudissant, jugeant le spectacle) qui participent à la cohésion du rituel bureaucratique qu’est le congrès.

4 – La dissémination des tendances (qui joue surtout pour les minorités, plus éparses et éclatées) renvoie à la stratégie classique du règne via la division.

Le consensus
Les efforts de la Fédération via ses diverses mises en place concourent à la construction d’un seul objectif : le consensus.

Le consensus implique un accord idéologique et une ligne de conduite pratique. On forge ici cohérence et cohésion pour déboucher sur la pensée unique, à savoir un réformisme de tradition trade-unioniste via l’adoption des idées alter mondialistes. La FSU veut co-gérer.

Alors, comment façonne-t-on ce consensus ?

Tout d’abord, la FSU invite des leaders syndicaux d’autres "bords" et le discours "unitaire" se met en place insidieusement. Que ce soit l’UNL, l’UNEF ou la CGT, il est de bon ton de réaffirmer les luttes communes, les victoires (l’appropriation ou récupération du CPE) et les intérêts communs défendus (les salariés avant tout...). On affiche l’unité en trompe-l’œil : cohérence (de façade) et cohésion (faussée).

Ces invités ou "guest-stars" (puisque c’est un spectacle) sont relayés dans le façonnement de ce consensus par le résultat des divers votes. En effet, ces votes (tronqués à l’origine vu l’écrasante majorité UA et les efforts qu’elle déploie pour imposer sa politique) viennent confirmer ce que le congrès induit : ceci n’est qu’une mascarade, qu’un simulacre de démocratie (le vote sur les textes d’orientation le moins "majoritaire" a récolté plus de 75% des suffrages exprimés) car la ligne générale de l’appareil n’est pas remise en cause.

Les applaudissements qui suivent les votes victorieux ne sont là que pour renforcer cet esprit de consensus – à savoir d’auto congratulation d’un appareil et de ses forces vives. La métaphore spectaculaire et par la même, de représentation, continue.

Ce qui se profile à l’horizon, c’est l’ordre structurel que la FSU se doit d’imposer. Ses intérêts en tant qu’appareil sont survie, renforcement et perpétuation de l’appareil. La cogestion (c’est-à-dire se donner l’illusion de croire en la possibilité de changer le pouvoir en place sans se rendre compte que cette cogestion même transforme radicalement, pratiquement et idéologiquement la cellule...) et son effet néfaste (mais nécessaire), la collaboration de classe, deviennent loi, à tout point de vue.

L’appareil, dans un premier mouvement, est corrompu via ce rapprochement avec les structures bourgeoises (l’Etat, le Conseil général) et, dans un deuxième mouvement, corrompt les masses syndicales, et pire, les masses salariées (en faisant croire en une défense des intérêts des salariés et en imposant l’idéologie réformiste bourgeoise).

… Et la marge ?
"L’ennemi est chez nous".
Cette phrase d’un vieux révolutionnaire russe (me semble-t-il) reflète assez fidèlement la position d’Émancipation à l’intérieur de la FSU et de son congrès. En effet, Émancipation constitue la seul force d’opposition (pratique, politique, pédagogique) valable, "le grain de sable qui vient enrayer la machine (le coup de gueule d’Olivier Vinay en ouverture, intervention de la seule précaire du congrès et autres positions non consensuelles...). Émancipation est donc l’ennemi de l’appareil et de ses bureaucrates. Or, un ennemi se doit d’être combattu si l’on veut préserver, asseoir ou étendre un champ d’influence, de pouvoir.

Et c’est ce congrès, dans toute sa forme et son contenu, qui prouve que les voix dissidentes qui mettraient en cause, en question, l’ordre structurel de l’appareil FSU (via les pratiques de lutte, les positions politiques radicales etc.) ne peuvent pas, de doivent pas s’exprimer, du moins comme elles devraient, démocratiquement.

N’oublions pas l’objectif : défense de l’ordre structurel.

Hélas, l’ennemi dont parlait le révolutionnaire, c’était celui qui "pactisait" avec la classe bourgeoise, qui faisait de la collaboration de classe sa stratégie (contre révolutionnaire).

Dans cette optique, pour l’ensemble des salariés de la fonction publique affiliés à la FSU, c’est l’appareil même de la fédération qui est son ennemi car il ne défend pas les intérêts réels des salariés et ne vise qu’à cogérer, c’est-à-dire, illusoirement, à partager le pouvoir (et à la conserver) avec l’État.

Pour Émancipation, la lutte pratique et idéologique, doit continuer inlassablement car, au vu de la démonstration de force de l’appareil de la FSU par le biais de tout ce qui a été décrit et analysé précédemment, la route sera longue et semée d’embûches.

Sébastien DALMASSO

(Var)


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