Contre les traités de libre échange, wallons-nous et ne lâchons rien !

jeudi 24 novembre 2016

Après deux semaines de psychodrame et de négociations marathon suite au refus du Parlement de Wallonie d’autoriser le gouvernement belge à signer le traité discuté depuis deux ans entre l’UE et le Canada, le CETA aura finalement été signé !

Le président du Conseil européen Donald Tusk avait remis la pression en annonçant le mardi 25 que le sommet était toujours possible, en “encourageant” toutes les parties à trouver une solution.

L’exigence du débat démocratique

En clair, les dirigeants européens étaient prêts à tout pour balayer le processus démocratique en cours en Wallonie. Et ils ont réussi à faire céder Paul Magnette, ministre-président de Wallonie, sous prétexte de “clarifications essentielles” en matière de “sauvegarde agricole” et de “protection des services publics”.

Pourtant, en s’opposant à la signature du CETA, la Wallonie nous a montré la voie : le CETA, son texte de 230 pages, ses 1 368 pages d’annexes doivent faire l’objet d’un débat démocratique dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne. François Hollande et Matthias Fekl, son ministre du Commerce extérieur, devraient suivre l’exemple wallon en organisant des débats partout en France pour permettre aux citoyens de comprendre les enjeux de cet accord et rendre un avis éclairé sur le sujet.

TAFTA et CETA, des armes offertes par les États aux multinationales

Ces traités de libre échange sont dans la droite ligne de ceux déjà adoptés, comme celui de l’Alena (accord de libre-échange Nord américain). Et les dégâts sociaux ont été constatés : par exemple, dans les zones franches au Nord du Mexique des milliers de travailleurs/euses (principalement des femmes) sont employéEs dans les maquiladoras (usines d’assemblages) des grandes multinationales américaines, pour un salaire de misère et dans des conditions de travail déplorables.

TAFTA et CETA seront synonymes pour les salariéEs et toutes et tous :

  • d’abaissement des normes sociales et sanitaires : le droit du travail (encore une fois !), la sécurité alimentaire, industrielle, sanitaire sont en jeux !
  • d’abaissement des barrières tarifaires agricoles ce qui au final imposerait le modèle agricole américain (qui autorise les OGM, les intrants chimiques, hormones etc.) remettant en cause la souveraineté alimentaire et l’environnement
  • de remise en cause totale des services publics : par le biais des tribunaux spéciaux créés suite à ces accords, les multinationales pourront attaquer les États pour des lois et réglementations protégeant la santé publique, l’environnement et le droit du travail, qui constitueraient pour ces multinationales une concurrence déloyale !... Ainsi les intérêts lucratifs particuliers supplanteront de droit l’intérêt général ! C’est encore une attaque en règle contre la démocratie !

La mobilisation doit continuer

Contre TAFTA et CETA, plus de 300 000 personnes se mobilisaient en Allemagne le 17 septembre ; à Bruxelles plus de 15 000 le 20 septembre. Le 15 octobre des dizaines de milliers de citoyenNEs ont défilé en France et en Espagne : 40 rassemblements en France, plus de 5 000 personnes sur la place de la République à Paris pour tenir une Assemblée citoyenne. Ces mobilisations font suite à celles déjà importantes qui ont eu lieu depuis le début de la négociation du Tafta en 2013. Il y a déjà 2 000 collectivités qui se sont déclarées “Hors Tafta-Ceta” en Europe !

Les déclarations de l’Allemagne puis de la France qui assuraient que les négociations sur le traité de libre échange entre l’Europe et les États-Unis étaient au point mort, étaient clairement une stratégie pour mieux adopter le CETA. En réalité, les négociations TAFTA ne sont pas arrêtées, mais marquent une pause, certainement en attendant la fin des échéances électorales.

Maintenant tout va se jouer devant les parlements nationaux qui devront ratifier l’accord. Alors que plusieurs parlements ont adopté des résolutions critiques du traité et des modalités de sa mise en œuvre, notamment en Irlande, au Luxembourg, aux Pays-Bas... le traité s’appliquera quand même dès sa signature. La mobilisation doit se poursuivre et s’amplifier !

Annick Champeau, le 29/10/2016

Pour plus d’information, pour participez aux campagnes, pour signez les pétitions, consultez le site du collectif Stop TAFTA : https://www.collectifstoptafta.org/

CETA : Comprehensive Economic and Trade Agreement entre l’UE et le Canada.

TAFTA : traité de libre-échange transatlantique en anglais ou partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (PTCI).