Considérations sur les textes adoptés en juin 2016 (1ère partie)

Congrès du SNUipp-FSU
samedi 22 octobre 2016

Les considérations qui suivent ont un fil conducteur. Elles permettent de voir comment se positionne le syndicat par rapport à la loi Peillon et à ses mesures d’application. La loi Peillon, rappelons-le est une machine de guerre contre l’enseignement et a pour but de l’adapter aux exigences de l’économie et de réduire son budget car l’enseignement concentre la plus grosse masse salariale de toute la Fonction publique. L’un des objectifs du gouvernement est de réduire en priorité cette masse salariale en s’attaquant aux salaires et au nombre de postes.

Thème 1 : transformer l’école pour combattre les inégalités

Le socle et les programmes sont les éléments déterminants de ce thème

Dès l’introduction, le thème 1 prend position en faveur de la réforme Peillon et les textes vont même jusqu’à critiquer, non pas son contenu, mais le fait qu’elle n’est pas appliquée à fond dans tous les établissements...

Concernant les programmes, le thème considère qu’ils sont redevenus la référence, après la tentative de faire passer le socle en 2008 et il ignore scandaleusement l’évidence du contraire. Le thème 1 regrette “seulement” que le terme socle ait été maintenu. Nier l’évidence, à savoir que le socle qu’il récuse est bel et bien transcrit au travers des programmes Peillon, lui permet de de ne pas s’opposer au gouvernement...

Après cela, revendiquer que ces programmes restent nationaux, est présenté comme une revendication secondaire alors qu’elle est fondamentale. Les programmes sont en effet la clé de voûte de la territorialisation. Chaque établissement ou école devra effectivement définir sa propre progression en même temps que ses propres parcours. C’est ainsi que l’autonomie sera consolidée et toutes les autres considérations passent au second plan car il s’agit bien d’une brèche dans le caractère national des programmes. Et le SNUipp refuse de dénoncer cette territorialisation déguisée.

L’autonomie des établissements

Elle se prépare depuis un an déjà au moyen de réunions de directeurs et d’inspecteurs sur les tâches nouvelles consistant à nous faire appliquer toutes les mesures de la loi Peillon. Mais le SNUipp encore une fois nie le fait que l’autonomie sera construite dans les établissements primaires. Il dénonce l’autonomie dans le secondaire et “oublie” celle qui se prépare dans le primaire, vecteur de la territorialisation.

Les cycles

Le SNUipp les défend, refusant de voir l’évidence. Il sont mis en place dans un but d’économiser les frais de RASED et de redoublements. Ils vont augmenter notre charge de travail de façon exponentielle en multipliant les niveaux dans nos classes où l’on devra différencier.

L’évaluation

Le nouveau livret scolaire numérisé est désormais obligatoire pour toutes et tous les élèves. Il constitue le début du fichage à vie de tous les futurs travailleurs et travailleuses. Le SNUipp “oublie” également de voir qu’il évalue essentiellement des comportements au travers des parcours citoyens, de santé, artistiques et culturels. Cette évaluation des élèves par compétences imposée à tous les enseignants et enseignantes, est aussi un moyen de contrôle du travail de ces derniers.

Les rythmes scolaires

Leur application est une claire démonstration que la territorialisation progresse au travers de la main-mise des communes sur les écoles. Cette main-mise doit se poursuivre par la mise en application des projets communaux (les PEDT) auxquels les professeurs devront se soumettre. Les projets d’école de même que les 24 heures dites d’APC sont soumis à ces PEDT. La territorialisation est en marche et les textes redemandent la remise à plat des décrets une énième fois. Pour contrer la territorialisation c’est l’abrogation des décrets qui doit être exigée. Le zoom sur les rythmes au lieu d’aller dans ce sens accompagne le gouvernement en préparant le terrain pour plus de temps de réunions et la reconnaissance de nouvelles missions, ce qui justement constitue le cœur de ce que la loi revendique pour faire passer ses mesures plus facilement.

Thème 2 : organisation et fonctionnement de l’école

Le thème 2, s’il explicite les nouvelles mesures de la loi Peillon, ne dénonce pas les énormes reculs qu’elles engendrent. Le texte n’appelle aucunement à une campagne de défense des acquis. Nous pensons que cela doit être la priorité de toutes les luttes. Et nous nous opposons à l’objection qui nous est faite à savoir que s’opposer aux réformes c’est défendre un statut quo. Pour nous, il s’agit d’empêcher la destruction de nos acquis.

La territorialisation

En tout premier, il nous semble primordial d’exiger l’abrogation de la loi Peillon dans la mesure où elle mène à la territorialisation de l’enseignement. Elle marque la fin d’un acquis fondamental qui est le droit pour tous et toutes à la même éducation. De même, il est nécessaire de revendiquer l’abrogation des rythmes scolaires car ils constituent le premier palier de la territorialisation avec les PEDT qui introduisent le continuum entre scolaire et périscolaire et donne aux communes des droits sur l’enseignement.

La terminologie entrepreneuriale

Le texte du congrès y recourt et assimile par ce biais, l’éducation à une marchandise. Après les compétences (liées à l’employabilité d’un travailleur), les contrats (avec des élèves de six ans, excusez du peu !), les projets (qui se substituent aux programmes), voici les parents d’élèves qui deviennent clients/usagers ; les partenariats qui concernent des centaines d’associations et donnent un nouveau statut et un droit de regard à des entités qui n’ont rien à voir avec l’enseignement public.

Le statut de directeur

Le SNUipp dit s’y opposer, mais le prépare dans les faits, il accompagne l’adaptation des missions à la loi de refondation et à ses nouvelles mesures. Un jour très proche, il se transformera en statut spécifique et nouvelle hiérarchie de proximité dont l’administration a besoin, pour mener à bien sa tâche de mettre tous les personnels de l’enseignement sous tutelle.

La réduction des moyens de fonctionnement

Le thème 2 ne l’aborde pas en tant que telle. Pourtant, il s’agit bien ici de l’austérité gouvernementale. Et préconiser une école à taille humaine est une revendication bien insuffisante au regard :

  • des 5000 écoles qui ont disparu à bas bruit depuis 1999. Cette disparition de services publics relève d’une brutalité sans nom et doit être dénoncée comme telle car ce sont autant de villages ou de quartiers qui perdent leurs moyens de vie et leur identité ;
  • du calcul du nombre d’élèves par enseignant qui a augmenté depuis 2012. Après les 80 000 suppressions de postes sous Sarkozy, les RASED restants sont devenus itinérants alors que les problèmes se multiplient dans nos classes devenus multi-niveaux. Le thème 2 n’en dit mot et entérine un empirement incroyable de nos conditions de travail ;
  • de la création des regroupements pédagogiques intercommunaux publics-privés (RPI). Notre syndicat ne le dénonce pas dans ses textes. C’est ici le principe de l’école publique laïque qui est bafoué ;
  • d’une pédagogie du projet qui devient incontournable avec la loi de refondation. Le subventionnement des classes vertes, des sorties etc... par l’État a été divisé par 18 depuis 2007. Le SNUipp devrait dénoncer haut et fort la diminution des budgets de fonctionnement à tous les niveaux. Aujourd’hui la multiplication des projets pousse à la recherche de financement privé. Ils s’effectuent actuellement par le biais des parents d’élèves ce qui constitue la remise en cause de la gratuité de l’enseignement.

Le partenariat

Il est la base de la pédagogie par projet et les nouveaux parcours y recourent massivement. Le thème 2 l’entérine sans dénoncer ses implications. À savoir que l’Éducation nationale devient source de profit pour les partenaires d’une part, et d’autre part, à travers eux, l’enseignement s’externalise. Le partenariat est un des vecteurs de la territorialisation et doit être combattu à ce titre.

À noter celui, spécifique, avec les associations de défense des méthodes pédagogiques Freinet et Montessori. Rappelons que les méthodes pédagogiques de Freinet ne reléguaient pas les contenus disciplinaires au second plan. Aujourd’hui la loi Peillon, utilise la terminologie de compétences et de classes multi-niveaux pour brouiller les pistes et dans le même temps s’attirer les faveurs de toute une frange de soutiens. Or cette loi conduit à marginaliser les acquis fondamentaux et les apprentissages méthodiques.

Marie Contaux

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