L’évaluation en débat au CDFN de la FSU

samedi 22 octobre 2016

Le projet de réforme de l’évaluation des personnels vient compléter l’ensemble des réformes qui ont touché les statuts des personnels, l’organisation du Premier degré et le collège, pour former un tout cohérent.

Intervention de Raymond Jousmet

Certes, il s’agit d’un projet dont la mouture définitive n’est pas encore arrêtée. Des divergences se sont exprimées dans les débats au sein du CDFN de la FSU, vis à vis du soutien syndical à ce projet. Plusieurs prises de parole ont mis en évidence des “avancées” qu’il y aurait dans la future version du projet, version dont on n’a pas encore la connaissance précise.

Faudrait-il d’ores et déjà se satisfaire de ces quelques “avancées” ? Faut-il se limiter à une opposition au seul bilan professionnel ? Ou encore se contenter de rester “vigilant” face à d’éventuelles dérives ?

La réponse est clairement NON ! Parce que si avancées il y a, ce qui reste encore à voir, elles ne remettent nullement en cause l’instrumentalisation libérale du principe des compétences. Bien loin de la pédagogie, ces principes doivent s’appliquer à touTEs, élèves, personnels, travailleuses et travailleurs du public et du privé. L’enjeu, c’est de casser les droits et les garanties collectives, et les remplacer par la concurrence généralisée.

Il faut donc que la FSU se prononce pour le retrait pur et simple de ce projet.

Faut-il pour autant se satisfaire du statu quo ? Bien sûr que non ! Telle n’est pas et n’a jamais été l’orientation d’Émancipation, et vous le savez très bien puisque de congrès en congrès nous avons toujours eu à cœur de porter une alternative anticapitaliste pour l’école et pour la société.

Sur la question précise de l’évaluation des personnels, nous proposons une double alternative, à la fois vis-à-vis de l’inspection actuelle, et aussi vis-à-vis des projets en cours, à savoir remplacer l’évaluation par la coopération, l’entraide, la mutualisation des expériences. Bien entendu, cette proposition, prise isolément, soulève d’autres problèmes, que nous n’avons pas le temps d’examiner ici. Mais il faut rappeler que cette proposition doit aussi s’inscrire dans une cohérence globale, celle d’une alternative à l’école et la société capitalistes.

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Intervention d’Éric Aba

C’est peu dire que cette rentrée est difficile à tous les niveaux de l’enseignement. Poursuite du processus de territorialisation dans le premier degré avec la réforme dite des rythmes scolaires et son PEDT ; explosion des effectifs en lycée, qui constitue le révélateur sur le terrain de la nature des prétendues créations de postes du gouvernement.

Mais, bien évidemment, c’est la mise en œuvre de la réforme du collège, réforme de tout l’enseignement, qui concentre les difficultés de cette rentrée. Les collègues résistent et continueront de résister, mais ils et elles découvrent le caractère global de la réforme, totalement reliée aux programmes curriculaires et à l’évaluation par compétences que le gouvernement souhaite absolument imposer via le livret scolaire unique numérique (LSUN).

Ce résultat terrible, le gouvernement y est parvenu après quatre années de “concertations” quasi-ininterrompues, sur des bases qui sont à l’opposé des revendications syndicales, des revendications des collègues.

Mais ce bilan n’est pas encore suffisant pour le gouvernement, il reste encore des garanties statutaires qui relient les enseignants entre eux, il reste encore la liberté pédagogique, qui peuvent contrarier la mise en œuvre pleine et entière de la réforme du collège et des diverses mesures de la “refondation” combattues par les enseignants.

C’est précisément l’objectif de la réforme de l’évaluation des enseignants que d’y remédier. Le syndicat ne peut pas laisser croire qu’il s’agirait d’offrir une formation continue aux collègues et de les conseiller platoniquement dans un climat de confiance réciproque.

Les objectifs ont été annoncés clairement dans les documents ministériels de la fin Mai : “passer d’une gestion statutaire à une politique des ressources humaines”. Il s’agit de faire “évoluer les pratiques pédagogiques”, il s’agit dans ce contexte d’évaluer les enseignants non plus sur leur enseignement mais sur une grille de compétences adossée au référentiel des compétences professionnelles de juillet 2013. Il s’agit enfin de donner un rôle plus grand aux chefs d’établissement dans le secondaire et de leur laisser les coudées franches pour un prétendu “accompagnement” qui ne peut mener qu’à une pression permanente et à isoler les collègues. Le projet dans son ensemble vise à individualiser, à obliger les collègues à appliquer les “réformes”.

Dans ce cadre, les questions se bousculent : peut-on dans le même temps appeler à la résistance pédagogique et admettre le référentiel des compétences professionnelles comme base légitime pour évaluer les collègues ? La direction du SNES expliquait en juin que le référentiel des compétences professionnelles ne “saurait être un instrument d’évaluation”, pourquoi ne pas le dire clairement aujourd’hui ?

Peut-on sérieusement assimiler la volonté du gouvernement de repérer, notamment par les chefs d’établissement, les besoins en “formation”, dans le cadre que l’on connaît à de la formation continue classique ? L’intitulé de la compétence “identifier ses besoins en formation et mettre en œuvre les moyens de développer des compétences, en utilisant les ressources disponibles”, ne laisse aucun doute : c’est inacceptable !

Pour notre part, nous considérons qu’éviter une aggravation de la situation dans les écoles et établissements, permettre aux collègues de reprendre l’initiative implique d’exiger le retrait pur et simple du projet ministériel et de cesser de participer à des “concertations” sur des bases aussi inacceptables.


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