Projet éducatif et orientation syndicale dans la FSU

samedi 10 mars 2007
par  QD, Administrateur

(article publié dans la revue L’Emancipation syndicale et pédagogique, n°3 de novembre 2006)

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

PROJET ÉDUCATIF ET ORIENTATION SYNDICALE
DANS LA FSU

"Education, formation, recherche :enjeux d’avenir" : c’est l’intitulé passe-partout du texte préparatoire au congrès dans lequel la FSU expose son projet pour le système éducatif.

On a très souvent l’impression qu’il n’y a pas de réel projet de la FSU pour le système éducatif. Il y en a bien un, mais ses caractéristiques ne sont jamais mises en avant. Le texte préparatoire 2006 n’échappe pas à la règle.

Un projet dont le contexte politique actuel fait ressortir les impostures avec davantage d’acuité encore.

Masquer l’architecture du projet.
Dès son préambule, la direction nationale affirme :"La FSU participe à l’élaboration de propositions alternatives". Après avoir analysé dans une première partie "les besoins de la société et des jeunes" pour situer les "enjeux essentiels d’évolution, de transformation vers une société plus démocratique, plus égalitaire", puis avoir dénoncé les "réponses ultra libérales" et la politique éducative actuelle "de renoncement", longuement développées dans trois parties suivantes, la direction nationale en vient à dérouler tout un catalogue de revendications, organisées en cinq sous thèmes.

C’est en vain qu’on y cherchera quelque slogan susceptible d’en caractériser l’orientation et la cohérence globale, renforçant ainsi le sentiment d’une absence de projet. Par contre l’envie est forte d’allonger le catalogue tant les manques sont criants et nombreux. C’est que le projet en question s’appuie sur des postulats et des non dits injustifiables aux yeux de syndiquéEs qui veulent s’inscrire dans une perspective de transformation sociale.

Négocier les reculs
Une lecture plus serrée du texte permet d’entrevoir la dure réalité : ces multiples non dits, trop nombreux pour être tous listés ici, ne sont nullement des incohérences, encore moins des oublis. Je ne prendrais que quelques exemples éclairants.

La FSU veut lutter contre le "socle commun" et la "culture commune" qui l’accompagne en lui opposant "une réelle culture commune". Quand le Ministre écrit "Le principe même du socle repose sur un impératif de qualité. S’agissant d’une culture commune pour tous les élèves, il traduit tout autant une ambition pour les plus fragiles qu’une exigence pour ceux qui réussissent bien" (Décret n°2006-830 du 11 juillet 2006 relatif au socle commun de connaissances et de compétences et modifiant le code de l’éducation.) la FSU se pense à l’offensive lorsqu’elle répond : "la FSU propose une refondation largement débattue et progressive de la « culture commune scolaire » afin que celle-ci corresponde aux besoins de tous les élèves sans exception, aux évolutions souhaitables de la société, aux défis lancés au Monde" (première phrase du paragraphe V-1).

L’alternative serait donc d’organiser cette culture commune en quatre grands axes. Ces grands axes doivent être nourris par les disciplines et les domaines d’activité, mais il n’est nulle part question de les nourrir par les pratiques pédagogiques, dont on sait encore mieux grâce à De Robien qu’elles ne sont nullement neutres. La "réelle culture commune" doit considérer "ce qui devrait être impérativement acquis par tous les élèves à l’issue d’une scolarité complète jusqu’en terminale".

Cette scolarité complète, envisagée jusqu’à 18 ans, ne sera justement pas la même pour touTEs, puisque les trois voies de formation après le collège, générale, professionnelle et technologique, ne sont nullement remises en cause. La diversification des structures n’est certes plus mise en avant comme elle l’avait été dans les textes antérieurs, mais elle reste tout à fait présente.

Pour surmonter cette contradiction, la FSU se trouve devant la nécessité d’avaliser une distinction entre ce qui est commun et ce qui ne l’est pas, fondée sur un certain degré de spécialisation, même si ce dernier est conçu comme autant "d’entrées diversifiées" dans la "culture commune". Derrière la hiérarchie des voies de formation se profile inévitablement la hiérarchie des savoirs. On en vient alors à poser des limites, guère éloignées de la culture minimale qui est dénoncée. Faire croire qu’"en explorant mieux les vertus éminemment formatrices de l’éducation physique, des disciplines artistiques, de la culture technique" on mettra fin à la hiérarchie des savoirs est alors une supercherie.

De même, la FSU veut lutter contre la Validation des Acquis de l’ Expérience (VAE) et la liquidation du droit à la formation continue par "une VAE correctement maîtrisée au service des personnes et des salariés".

Là aussi, il s’agit d’aménager les reculs et les arnaques de ces dernières années. Les mots ne sont-ils pas piégés ? Tout un chacun peut tomber d’accord pour reconnaître que des expériences faites en dehors de l’école sont formatrices, qu’elles permettent des acquisitions qui doivent être reconnues comme telles. Mais cette revendication doit s’inscrire dans un cadre collectif. On voit bien que pour le patronat l’objectif est de jouer l’éclatement du code du travail par le biais de l’individualisation.

On ne peut pas suivre la direction de la FSU et affirmer que la VAE est un progrès social potentiel. Au lieu de revendiquer une "meilleure VAE" il faut revendiquer un autre droit et nommer différemment cet autre droit.

Un autre exemple peut être pris dans l’enseignement supérieur. On lit dans le texte préparatoire que "La FSU a émis les plus vives critiques lors de la mise en place de la réforme LMD (Licence-Master-Doctorat)". Déjà on constate qu’elle ne condamne pas le LMD et n’en réclame pas le retrait. Mais plus loin, dans un paragraphe consacré à "l’attractivité des métiers", on note : "Le master devenant un standard européen en matière de qualification professionnelle, l’universitarisation des formations doit permettre l’élaboration d’une maquette nationale pour la définition des crédits ECTS, dans l’optique d’une attribution du master aux enseignants" On l’aura compris : il s’agit encore de revendiquer un "meilleur LMD".

Aménager l’école capitaliste
Quand les mots sont piégés, quand les concepts sont retournés, comment lutter efficacement, si ce n’est en opposant d’autres mots, d’autres concepts ? (lire à ce sujet l’excellent article de Grégory Chambat, Quelle culture émancipatrice commune ? , dans N’autre école n° 13, automne 2006).

Ce n’est pas seulement une question sémantique. Si la difficulté de la réflexion est réelle, et nous avons nous mêmes besoin d’y travailler davantage, de nombreux autres exemples comme celui des IUFM où la FSU se pose la question de savoir s’ils peuvent s’ouvrir à toutes catégories de personnels sans aborder le problème de l’unification des statuts, nous montrent que c’est bien une question d’orientation.

Déjà maintes fois réaffirmé dans les congrès précédents, la direction impose un postulat réformiste : "Il ne s’agit pas seulement de préserver le cadre du service public mais son contenu, ses garanties, ses valeurs, et l’améliorer" (citation du texte du congrès de 2001, reprise en conclusion du texte de 2004 sur l’éducation). L’objectif est bien de rester dans le cadre de l ‘école et de la société actuelles en véhiculant l’illusion que de simples améliorations seraient suffisantes pour résoudre les difficultés et les contradictions scolaires et sociales actuelles.

Pour la FSU, la seule alternative est le rêve social-démocrate d’une société et d’une école capitalistes "plus démocratiques et plus égalitaires" dont on sait qu’il est un échec patent. Là est l’imposture majeure. Le capitalisme n’est jamais mis en cause, pas même nommé.

Mieux : ce sont les évolutions de la société actuelle, donc du capitalisme, qui justifient le projet éducatif de la FSU. Dès lors, les silences faits sur le dualisme scolaire et la laïcité, les accommodements consentis sur la décentralisation, le LMD ou l’intégration des IUFM à l’université, sonnent comme autant de renoncements nécessaires.

Combattre le projet libéral et refuser le projet social-démocrate
Ce texte préparatoire au congrès national dessine un projet cohérent pour le système éducatif et la société, un projet social-démocrate dans sa philosophie politique et démobilisateur dans son orientation syndicale. C’est un projet en contradiction avec les principes et les objectifs qu’il affiche, et nous pouvons nous saisir de ces contradictions comme autant de leviers. Pas un paragraphe, bien peu de phrases, passent le crible de la critique.

Il me semble donc opportun et nécessaire de s’y opposer en bloc, texte contre texte, projet contre projet. C’est l’occasion de démontrer à la fois que le projet de la FSU n’est pas pertinent et qu’un véritable projet éducatif alternatif existe, dans une perspective de rupture avec le capitalisme.

L’enjeu est aussi de démontrer qu’un projet syndical de mobilisation et de lutte est indissociable d’un projet pédagogique de rupture. Ce projet, Emancipation en a déjà défini quelques grandes lignes. Il reste encore à travailler, non pas pour le ficeler totalement, mais pour mieux s’armer dans les luttes.

Raymond Jousmet (Charente Maritime)


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