Un vent de révolte souffle sur les personnels précaires des bibliothèques

Dossier
mercredi 21 septembre 2016

À l’occasion des mobilisations contre la loi Travail, dans de nombreux établissements (BnF-Bibliothèque nationale de France, BULAC-Bibliothèque universitaire des langues et des civilisations, Paris 7, Paris 8 ...) les agentEs contractuelLEs et vacataires se sont organiséEs pour dénoncer leurs conditions de travail. Cette lutte comme bien d’autres s’est inscrite dans la durée.

À la BnF

Un préavis de grève CGT-FSU-SUD Culture a été déposé dès le mois d’avril et reconduit jusqu’en juillet. Parmi les actions, la grève bien sûr menée par une organisation collective en assemblée générale et de nombreuses manifestations locales. Pendant six samedis consécutifs s’est tenu un piquet de grève et le 28 juin, un blocage des caisses et de l’entrée de la Bnf qui n’ont pas été sans effet pour pousser la direction à la négociation. Le lundi 18 juillet a été signé un protocole de fin de grève entre la direction et les organisations syndicales. Voici ce qui a été obtenu :

  • Arrêt des suppressions de postes en 2017.
  • Création d’un groupe de travail sur les conditions de travail, associant des agentEs en particulier de catégorie C.
  • Amélioration de l’information et du suivi collectif du déroulement de carrière.
  • Appel intégral de la liste complémentaire du dernier recrutement direct de magasiniers/ères entre le 1er septembre 2016 et juin 2017.
  • Saisie du ministère pour permettre l’organisation de volets internes lors des recrutements directs de la BnF.
  • Passage à 110h par mois de près de 80 “vacataires” entre juillet 2016 et début 2017. Accès sous trois mois aux 110h pour les “vacataires” sur besoin permanent qui en feront la demande à partir de 2017.
  • Passage et embauche en CDI de touTEs les “vacataires” sur besoin permanent à partir du 1er octobre 2016.
  • Comptabilisation intégrale du temps de travail et révision de la majoration des heures travaillées en soirée et le dimanche pour les “vacataires”.

Cette lutte exemplaire par son organisation collective, la solidarité entre grévistes, titulaires comme contractuelLEs, le soutien de lecteurs/trices et de personnalités extérieures ainsi que la convergence des luttes avec les précaires de l’ESR ont permis cette victoire. Elle a été menée de pair dans le cadre de la mobilisation contre la loi El-Khomri.

À la BULAC

Les contractuelLEs étudiantEs ont également impulsé un mouvement de grève soutenu par la Ferc-Sup CGT et le SNASUB-FSU pour porter leurs revendications :

  • Reconnaissance du statut de contractuelLEs, là où la direction joue systématiquement sur la soi-disant ambiguïté juridique entre situation de vacataires et celle de contractuelLEs, là où, pourtant, ils/elles sont recrutéEs sur contrat d’un an (renouvelable deux fois, faisant que la majorité des contractuelLEs étudiantEs restent trois ans dans la bibliothèque) et que nos emplois du temps sont fixes et prévus six mois à l’avance.
  • Droit aux arrêts maladie et aux jours fériés non rattrapés, alors que la bibliothèque impose aux étudiantEs de rattraper les heures ratées même en cas de blessure/ maladie grave. Ainsi tel étudiant a dû rattraper trente heures de service public suite à maladie, telle autre a dû prévoir 45 heures de travail supplémentaires suite à une immobilisation consécutive à une entorse du genou.

Ces droits sont niés, alors même que touTEs cotisent, comme touTEs les salariéEs de la Fonction publique, à l’URSSAF. Ces revendications sont tout à fait basiques et ne demandent rien d’autre que l’application du droit du travail le plus élémentaire.Cette situation s’inscrit dans le cadre plus global de la fréquente illégalité de l’Enseignement supérieur vis à vis du droit ainsi que de la précarisation de la Fonction publique et du monde salarial de manière plus générale, comme le prouve l’actualité politique et sociale la plus récente.

À noter que cette bibliothèque a pour spécificité d’offrir à un public parisien trié sur le volet une “bibliothèque de nuit” ouverte dans les pires conditions. Les contractuelLEs étudiantEs représentent un cinquième des effectifs et assurent 45 ?% du service public.

En date du 21 juin 2016, la Ministre de l’EN et de l’ESR a adressé un courrier à la directrice de la BULAC qui répond en partie aux revendications des grévistes. À savoir que les étudiantEs contractuelLEs ne peuvent être considéréEs comme vacataires mais comme contractuelLEs de droit public et qu’à ce titre ils/elles relèvent du régime général de la sécurité sociale et peuvent donc percevoir des indemnités journalières en cas d’arrêt maladie. Le courrier indique également qu’il ne saurait leur être demandé de rattraper les heures supplémentaires un jour férié habituellement chômé.

À Paris 8

Les personnels de la bibliothèque, réunis en AG le jeudi 19 mai 2016 à l’initiative du SNASUB-FSU et de la FERC-Sup CGT et du Collectif des bas salaires, ont décidé de porter les revendications des contractuelLEs étudiantEs auprès de la présidence après avoir constaté que l’université en tant qu’employeur ne leur assure pas tous les droits auxquels ils/elles peuvent prétendre,

À l’occasion d’une réunion avec la présidente devenue entre temps administratrice provisoire et nous appuyant sur le courrier du ministère envoyé à la directrice de la BULAC et au nom d’un principe d’égalité de traitement entre tous les personnels que soient enfin appliquées et inscrites dans leurs contrats les clauses suivantes :

  • Comptabilisation des heures planifiées comme faites en cas de fermeture exceptionnelle d’un service ou de l’université : blocage de l’université, grève du personnel, problèmes techniques.
  • Comptabilisation des heures planifiées comme faites en cas de jours fériés et de jours donnés par la présidence.
  • Paiement des heures non effectuées pour raisons médicales.
  • Remboursement des frais de transport.
  • Application du tarif “personnels“ le moins élevé au restaurant universitaire.
  • Exonération des frais d’inscription à l’université.
  • Possibilité de choix entre l’indemnité compensatrice et les jours de congé.

Nous avons également interpellé l’administration sur les retards de paiement récurrents pour les contractuelLEs étudiantEs embauchéEs. Ce qui pose encore problème : le remboursement des frais de transport qui serait conditionné à la quotité de travail, l’exonération des frais d’inscription à l’université qui nécessiterait un débat dans les conseils centraux permettant ainsi de botter en touche suite à l’annulation des élections à Paris 8 et la possibilité de choix entre l’indemnité compensatrice ou des jours de congé qui ne serait possible qu’en cas de licenciement. Les autres points semblent entérinés. Mais il nous faut rester vigilantEs car à ce jour nous n’avons pas reçu de réponse autre que verbale suite à cet entretien.

À Paris 7

Pour la Bibliothèque des Grands Moulins (Paris 7), la quasi-totalité des contractuelLEs qui représentent 40 ?% des effectifs ont adhéré à la mobilisation contre la loi Travail et partagent les revendications, Malheureusement, un camarade bibliothécaire rencontré dans une manifestation m’a indiqué que ses collègues titulaires se sentaient peu concernés par les revendications des précaires.

Pour que la lutte paie, il est important de renforcer l’unité entre toutes les catégories de personnels qu’ils soient précaires ou titulaires. Il est malheureusement encore fréquent que certainEs considèrent les précaires comme des agentEs de seconde zone. Mais ce qui a été enclenché dans le secteur des bibliothèques est un appel à continuer les luttes et à les généraliser.

Henri Fourtine