La précarité c’est la galère … particulièrement dans les vies scolaires

Dossier
mercredi 21 septembre 2016

Dans l’EN, la précarité se développe partout. Mais il est un secteur où elle est érigée en principe : la vie scolaire. À part les CPE, dont il convient de rappeler qu’un certain nombre sont contactuel.le.s, tous les personnels de vie scolaire sont des non-titulaires : qu’il s’agisse de contrats de droit privé ultra-précaires, de deux ans maximum, comme les CUI, ou de contrats de droit public, à peine moins précaires, de six ans maximum, comme les AED, les conditions qui leur sont faites à tou.te.s sont inacceptables.

Avec des contrats de plus en plus courts, des temps partiels ou des mi-temps imposés (qui permettent pour les administrations de disposer de plus de souplesse), on leur impose, en cas de congés, des conditions de remplacement honteuses. En Seine-Saint-Denis les congés de maladie ne sont pas remplacés et les congés de maternité non plus, ou au mieux à mi-temps (ce qui conduit beaucoup d’établissements à éviter de recruter des femmes “qui risqueraient d’avoir des enfants”).

Ces personnels souvent contraints à travailler en vie scolaire faute de trouver d’autres emplois, et payés (mal) pour savoir ce que signifie la remise en cause permanente de leurs droits, de leurs horaires, de leurs conditions de travail et le chantage au licenciement, ont été parmi les premiers et nombreux à se sentir concernés par la loi “travail” qui prétend imposer la même précarisation aux CDI privés. C’est d‘abord pour le retrait de cette loi qu’elles/ils se sont mis.e.s en grève (voir encadré ci-dessous). Puis ils/elles ont élaboré des revendications qui leur sont propres, et ce, collectivement puisqu’en grève à plusieurs par établissement.

Dans différents départements, les personnels de vie scolaire ont pu se coordonner

Marseille, Rennes, 93, 86… appelant à des grèves, des rassemblements, obtenant le soutien d’intersyndicales… Et ces collectifs régionaux sont entrés en contact et ont commencé à coordonner leurs actions, avec des dates de grèves convergentes, notamment le 16 juin, entre Rennes et le 93.

Les plate-formes régionales n’ont pas encore été unifiées, ce qui ne devrait pas poser beaucoup de problèmes, tant leurs revendications sont proches. Elles concernent :

  • en premier lieu la sécurité d’emploi : la titularisation et dans l’attente, des contrats à temps plein (si souhaités bien sûr) au minimum de trois ans,
  • les conditions de travail : baisse du temps de travail, remplacement de tous les congés de maladie, de maternité,
  • l’égalité des droits, et en particulier à la prime REP ou REP + (les AED restant la seule catégorie à ne pas toucher cette prime, alors qu’on ne peut discuter le fait qu’ils/elles soient vraiment au contact).

Des délégations ont été reçues qui n’ont eu pour l’instant que des réponses dilatoires, alors que sur la durée des contrats, sur le temps pour les études et sur l’annualisation des horaires, les réponses peuvent être locales ou départementales. À Marseille, le DASEN a annoncé avoir demandé aux chefs d’établissements de veiller, autant que faire se peut, à proposer des contrats de trois ans...

Quelles revendications porter ?

Le statut d’étudiant-surveillant (MI-SE, maître d’internat-surveillant d’externat), statut que les directions syndicales ont laissé supprimer et dont elles demandent le retour sans vraiment y croire, doit rester une référence, particulièrement pour les AED étudiant.e.s : recrutement rectoral ; contrat de 7 à 9 ans, avec 28 h par semaine pour les SE (32 h pour les MI), pour un salaire correct, sans annualisation à l’exception des permanences de vacances et avec un véritable droit à préparer et passer les examens.

Ceci dit, les AED pour une bonne partie ne sont plus des étudiant.e.s (certain.e.s ont été engagé.e.s sans le bac), notamment dans les zones suburbaines et rurales. Ils/elles sont souvent plus agé.e.s que ne l’étaient les MI-SE, avec des enfants et beaucoup souhaiteraient être titularisé.e.s dans la Fonction publique.

Par ailleurs ont été expérimentés dans les années 80, notamment dans le 93, des emplois Éducation nationale d’animateurs/trices scolaires, qui avaient pour mission de répondre aux besoins des jeunes pour tout ce qui n’était pas du ressort des profs, des CPE ou des surveillant.e.s.

En tenant compte des éléments ci-dessus et du refus de la mise en concurrence et de la territorialisation des écoles et des établissements programmées par les contre-réformes (collège, lycées, rythmes scolaires…) on peut dégager une plate-forme assez complète pour les vies scolaires, qui recoupe largement les motions et amendements qu’Émancipation a défendu dans les congrès syndicaux :

  • l’égalité des droits, et en particulier droit à la prime REP ou REP +,
  • l’amélioration des conditions de travail : retour au statut de MI-SE et au barème d’au minimum un poste pour 100 élèves (et pour 25 internes), baisse du temps de travail : 27 heures hebdomadaires maxi (32 h en internat), pour un salaire à taux plein sur 37 semaines de travail annuel, sans annualisation ni mise à disposition de collectivités, du temps pour se former et passer les examens sur le temps de travail, remplacement de tous les congés (maladie, maternité, pour étudier ou passer des examens...). Ce qui suppose des créations de postes en nombre suffisant.
  • la sécurité d’emploi : pour celles et ceux déjà employé.e.s, et qui le désirent, la titularisation, sans condition de concours, ni de nationalité, comme enseignant.e.s ou CPE, pour les titulaires d’une licence, comme animateurs/trices scolaires, pour les autres, statut EN à créer n’empiétant sur les responsabilités ni des enseignant.e.s ni des CPE (dans le premier degré ces animateurs/trices EN remplaceraient progressivement les personnels municipaux). Dans l’immédiat il convient d’imposer l’arrêt des licenciements (“non reconductions de contrats”), des contrats à temps plein (si souhaités) au minimum de trois ans, avec recrutement rectoral sur critères sociaux et mouvement de mutation, et non plus au bon vouloir des chefs d’établissements.

Le CDI Fonction publique est une fausse titularisation qui ne garantit nullement l’emploi, ni surtout le plein temps : les AESH et les AVS déjà employé.e.s doivent être titularisé.e.s sans condition dans un corps de l’Éducation nationale.

En septembre soutenir les personnels de vie scolaire qui se mobilisent…

Les mobilisations à la hauteur de ces revendications doivent être d’abord celles des premier.e.s intéressé.e.s, avec le soutien intersyndical le plus large. D’ores et déjà les AED du 93 appellent à se réunir le 22 septembre (à 18 h 30 à la Bourse du travail de Saint Denis sous réserve), pour décider un mouvement de grève au moins au niveau départemental.

Ceci dit les autres catégories de personnels ont toutes les raisons de soutenir cette mobilisation : des meilleures conditions pour les vies scolaires ont une action bénéfique sur l’ensemble de la vie des établissements et par ailleurs, les AED sont partie prenante des mobilisations de l’ensemble des personnels (contre la réforme des collèges, la loi travail, sur les salaires, contre l’autoritarisme des chefs d’établissements…). Et ne perdons pas de vue que les grèves bien suivies des vies scolaires constituent la meilleure façon de faire fermer les établissements et de disposer de temps pour populariser, voire exporter la grève. Et ces grèves seront d’autant plus suivies que les autres catégories de personnels organiseront des caisses de grèves.

Olivier Vinay GD 93