Notre librairie (juin 2016)

jeudi 23 juin 2016

Pour en finir avec l’usine

Jean-Pierre Levaray, on le connaît bien ; ce Rouennais, ouvrier d’usine chimique, militant libertaire, syndicaliste, est un “prolo pas ordinaire”, auteur de romans, nouvelles, fanzine, il signe aussi des chroniques dans Le Monde libertaire et CQFD. Son fil rouge : l’usine, cette “Putain d’usine”. Après y avoir passé quarante-deux années, il l’a quittée en 2015. Mais pour en finir avec elle, il écrit ce livre “état des lieux”, mêlant des portraits de collègues, et des moments de lutte. Touchantes, pudiques, comme l’ensemble de ce récit, sont les quelques lignes qui retracent le dernier jour. Pas de fierté, pas de nostalgie non plus, juste “un grand silence”, “une grosse panne offerte” par l’usine pour lui dire “au revoir”… car il quitte l’usine, conscient qu’elle ne le quittera pas tout à fait. Les quarante dernières pages “en bonus” regroupent des articles sur d’autres usines en lutte : Dunlop et Goodyear à Amiens, Arcelor-Mittal à Florange, la papeterie Chapelle Darblay. L’ensemble du livre est illustré de photographies noir et blanc. Jean-Pierre Levaray avec cet ouvrage “tourne la page” et affirme que tout ça, c’est devenu le passé. “Tant d’autres choses” l’appellent, on lui fait confiance.

Pour en finir avec l’usine , Jean-Pierre Levaray, avril 2016, Les Éditions Libertaires, 173 p., 15 €.

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Cerveau augmenté, homme diminué

Dans son dernier ouvrage, Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste franco-argentin, animateur du collectif “Malgré tout” aborde les nouvelles connaissances sur le fonctionnement du cerveau. À l’heure actuelle, les avancées dans le domaine des neurosciences laissent envisager la perspective d’améliorer les performances de supprimer même les “défauts” de ce cerveau considéré comme un gros ordinateur central. L’auteur nous montre ici combien cette vision du “cerveau augmenté” est dangereuse, comment les thèses transhumanistes risquent de nous emporter vers des choses terrifiantes. Il nous alerte car à travers ces recherches, se dessine une vision de l’Homme, du Vivant qui n’est pas sans avoir un impact sur le devenir nos existences.

Cerveau augmenté, homme diminué , Miguel Benasayag, traduit par Véronique Piron, éditions La Découverte, collection Sciences humaines, mai 2016, 200 p., 18 €.

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Un parfum de bonheur

À l’occasion du 80e anniversaire du Front populaire, Didier Daeninckx publie un livre tiré de l’histoire d’un jeune ouvrier parisien, France Demay sportif et photographe amateur. Au travers du roman dont l’héroïne est une jeune femme énergique et haute en couleurs, on redécouvre l’atmosphère de cette époque. De très nombreux clichés accompagnent le texte, traduisant l’effervescence de cette période ou les ouvriers/ ouvrières découvrent le “temps libre”, Ils font revivre d’une manière inédite l’année 36, les 40heures, les congés payés, un temps porteur d’espoir et de liberté.

Un parfum de bonheur , Didier Daeninckx, éditions Gallimard, avril 2016, 128 p., 134 illustrations, 25 €.

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Le Progrès sans le peuple

David Noble, (1945- 2010), d’abord biochimiste puis enseignant, historien des sciences et des technologies, Américain ayant émigré au Canada en raison de ses positions politiques, a rassemblé des conférences qu’il a menées sur les conséquences sociales des technologies, en particulier sur la façon dont elles ont servi au patronat pour saper le savoir-faire technique et la capacité d’action des travailleurs/ travailleuses. Son livre représente “une analyse de classe des technologies” en reliant la première révolution industrielle et la première vague d’informatisation. Il analyse l’absence de révolte et de résistance face aux conséquences dramatiques de la robotique et interroge le concept de progrès technologique.

Le Progrès sans le peuple - Ce que les nouvelles technologies font au travail , David Noble, traduit par Célia Izoard, éditions Agone, collection contre-feux, mai 2016, 240 p., 20 €.