Brèves féministes (juin 2016)

mercredi 22 juin 2016
par  Rosine

Parce que c’est aussi une forme de haine…

Après Thérèse, Maya…

En février, Thérèse Clerc nous quittait. Militante féministe, Thérèse l’était en actes et pas seulement en paroles… MLAC (1), maison des Femmes et Maison des Babayagas à Montreuil, Thérèse n’a cessé de se battre pour garder son indépendance et sa liberté de femme, avec encore plus de vigueur en vieillissant, au moment où la société, sous des discours lénifiants, vous enferme dans la dépendance… Pas toujours facile, Thérèse, entêtée, persuadée de la nécessité d’un lieu autogéré (2), vivant, ouvert sur la ville, pour accueillir des femmes âgées…

C’est aussi le personnage lumineux du film Les Invisibles (3), se découvrant homosexuelle à 40 ans… évoquant sa vie d’avant, sous le regard complice d’une de ses filles, revendiquant le droit au plaisir à 87 ans.

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Avec Maya Surduts, c’est une autre copine qui disparaît en avril. Maya, nous la connaissions toutes, elle était de tous les combats, de toutes les manifs. Il était impossible de faire une manif sans voir sa crinière de lionne, sans entendre sa voix rauque, sans croiser son sourire, même si, comme moi, vous ne la connaissiez pas personnellement. Une AG avec Maya, ça ne s’oublie pas : silencieuse par moments, puis éclatant quand l’AG partait dans tous les sens, agaçante par moments, mais… irremplaçable.

C’est à sa mort que j’ai découvert toutes les vies de Maya, quand partis politiques, organisations syndicales et toute la presse, de la droite à l’extrême gauche lui ont rendu hommage (4).

Maya a été de tous les combats qui ont traversé le XXe siècle : née à Riga dans une famille juive communiste, installée ensuite en France, elle a d’abord dû fuir la Gestapo vers l’Italie. Puis de 1948 à 1971, elle va parcourir le monde, de l’Afrique du Sud où sa mère milite contre l’apartheid, à la France, où elle milite contre la guerre d’Algérie, ou à Cuba d’où elle est expulsée en 1971, en passant par les USA, où elle participe à la Marche de 1963.

De retour en France, elle milite au MLAC et s’investit dans toutes les luttes féministes : présidente du CADAC (5), porte-parole du CNDF (6), elle s’est battue contre les entraves à l’IVG, contre les commandos intégristes catholiques qui manifestaient devant l’hôpital Tenon, contre les violences faites aux femmes, pour l’abolition de la prostitution, contre la fermeture de la maternité des Lilas... À 77 ans, Maya restait infatigable…

Nous serons encore nombreuses à chercher ta silhouette dans les manifs, à guetter tes coups de sang… à continuer la lutte.

La bella, ciao !

Christine

(1) Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception.

(2) Voir l’article du Monde daté du 22 février 2016, La maison des babayagas, l’“antimaison de retraite” à Montreuil et le documentaire de Jean-Marc La Rocca Nous vieillirons ensemble, la saga des babayagas , 52 mn, 2013.

(3) Documentaire de Sebastien Lifshitz, 2012.

(4) Voir dans le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté , n°310 du 18 avril 2016 le Spécial Maya Surduts : http://fdfa.fr/wp-content/uploads/2016/04/ mmf-SPECIAL-MAYA-SURDUTS.pdf

(5) Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception.

(6) Collectif National pour les Droits des Femmes.