Fonctionnaires, au travail !

Édito
lundi 13 juin 2016

Les fonctionnaires ne travaillent pas assez, elles/ils bénéficient de multiples privilèges qu’il faudrait abolir, ce serait une mesure de justice sociale et d’égalité. On pourrait croire qu’il s’agit là de propos de café du commerce, mais non. C’est ce que nous dit le rapport de Philippe Laurent, maire UDI et président du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, remis ce 26 mai 2016 à la ministre de la Fonction publique.

L’auteur s’en défend pourtant, affirmant dans un article publié par l’Humanité le 29 mai que les média, emboîtant le pas au Nouvel Observateur, ont déformé son propos. Dans ce même article de l’Humanité, Christophe Couderc, secrétaire national de la CGT Services publics, trouve que le rapport “tord le cou à l’idée que les fonctionnaires sont des feignants et des planqués”. La CFDT se déclare toujours prête à “renégocier”, et Didier Bourgoin, secrétaire général du Snuter-FSU, affirme qu’il faut refuser que “la question du temps de travail soit instrumentalisée au regard des conflits en cours”.

Le rapport évalue le temps de travail des fonctionnaires à 1584 heures par an, soit 1,4% de moins que les 1607 heures réglementaires. Il explique ensuite que cette différence vient de la nature des missions et des contraintes spécifiques des services publics et qu’elle recouvre une grande diversité de situations, issues des luttes et des craintes à devoir affronter des mouvements sociaux. Il faut donc “harmoniser”, c’est-à-dire aligner tout le monde par le bas : augmenter le temps de travail, réduire le nombre et le coût des heures supplémentaires, diminuer le nombre de jours de RTT. Il s’agit “d’éviter le risque du mieux disant” !

C’est pourquoi la recommandation n°6 propose de supprimer les régimes dérogatoires aux 1 607 heures et l’attribution de jours d’absence supplémentaires. En plus, comme il y a des années où les jours fériés sont plus nombreux, parce qu’ils ne tombent pas sur un dimanche, il faudrait que les 1607 heures soient obligatoires quel que soit le nombre de jours fériés (recommandation n°4). L’annualisation devrait s’accompagner de l’utilisation généralisée des badgeuses pour mesurer plus strictement le temps de travail effectif, en particulier pour décompter le temps de pause à l’heure du déjeuner. Un oubli de “badgeage” serait sanctionné de deux heures de travail en moins.

Il faudrait aussi renforcer les contrôles sur les “petites pauses” par l’encadrement intermédiaire, qui doit être mieux “armé à la gestion par objectifs et [moins] démuni en matière de sanctions” (recommandation n°26).

Le nombre de jours de fractionnement qui ouvrent droit à des congés supplémentaires devrait être réduit. De même, d’après le rapport il y a trop de jours de RTT. Il faudrait donc en réduire le nombre, en excluant du décompte les jours d’absence pour maladie, ou évènement familial (recommandation n°3).

Enfin, il faut limiter le nombre d’heures supplémentaires et en réduire le coût, problème qui touche en particulier le secteur hospitalier. Le rapport propose de généraliser le forfait annuel au lieu du paiement des heures hebdomadaires. Les salariéEs ne pourraient plus déclarer eux/elles- mêmes le nombre d’heures supplémentaires faites. Ce serait donc de fait la baisse des salaires.

Quoi qu’en dise Didier Bourgoin, c’est bien “au regard des conflits en cours” qu’il faut juger ce rapport. Car c’est la même logique qui est à l’œuvre dans la loi travail et dans ce rapport : inverser la hiérarchie des normes et s’aligner sur le moins disant social. Et ce sont les catégories de fonctionnaires déjà les plus exposées qui en feront d’abord les frais, telles les BIATOSS, les ATSEM, les agentEs de catégorie C, comme en témoignent les exemples mis en avant par le rapport. Déjà, dans certaines municipalités, des conflits sont en cours sur les conditions de travail et de rémunération.

Ce sont touTEs les salariéEs qui sont attaquéEs, du public comme du privé. Contre la loi travail, contre le rapport Laurent, mobilisation générale !

Raymond Jousmet