Nuit debout

dimanche 15 mai 2016

Nul ne peut savoir si le mouvement Nuit Debout contribuera à des changements d’envergure ou si, au contraire, le soufflé va retomber, une fois passé le phénomène d’engouement. Dans tous les cas, il mérite notre attention et notre participation.

Contre toute attente, l’initiative lancée par Ruffin et Lordon à la suite de la manifestation du 31 mars contre la loi “travail” a fait mouche. Elle a été reprise par des centaines de personnes se réappropriant l’espace public, le débat citoyen.

Malgré certaines limites, ces Nuit debout réussissent actuellement là où nous peinons depuis plusieurs années : à occuper le terrain de manière reconductible, gérer efficacement la logistique, attirer des jeunes, mobiliser au delà des cercles traditionnels de militant-e-s, fonctionner de façon horizontale, débattre en agora, mettre le numérique libre au service de la lutte, s’imposer dans les médias tout en recueillant une bonne part de popularité...

La forme des débats a beaucoup à nous apprendre, puisque des assemblées réussissent souvent à se tenir avec une remarquable circulation de la parole, sans accaparation de la part des orateurs ou oratrices, sans interactions agressives, sans rapports hiérarchiques entre la base et les “sachant-e-s”, sans pertes de temps, sans pinaillage contre-productif grâce à des formations à la modération, à l’utilisation de gestes codés, à la rotation des tâches, à l’implication bienveillante, à la commission sérénité..

Les réalités diffèrent entre la Nuit Debout à République, celles des villes moyennes et celles des départements ruraux. À Paris ce sont, chaque soir, depuis le 31 mars, plusieurs milliers de participant-e-s (jeunes adultes trentenaires diplomé-e-s, plutôt blancs/ches et plus hommes que femmes) dans une douzaine de commissions structurelles et une vingtaine de commissions thématiques. Les Nuits Debout commencent aussi à prendre en banlieue parisienne (Saint-Denis, Montreuil, Fontenay, Ivry...) et en région (Rodez, Limoges, Toulouse, Tulle, Grenoble, la Réunion...) En Ariège, c’est même dans des villages !

Cela pose le problème de leur coordination.

On y débat de tout

Dans ces Nuis debout on débat, on s’informe (via des films, des exposés, des stands...), on partage y compris les moments festifs (concerts, banquets...) et les corvées !

Les sujets abordés en Nuit debout nous concernent parce qu’ils sont au cœur de la convergence des luttes : le projet de loi “travail”, l’économie politique, le changement climatique et les enjeux environnementaux, les migrant-e-s, l’international, la santé, l’éducation, le féminisme, les discriminations, la culture, la publicité, les médias...

La commission éducation qui se réunit à Paris République aborde les relations de la société à l’école, la question du “droit” à l’éducation, du rôle de l’école dans le système, les relations de pouvoir et les libertés individuelles, de développement humain... mais aussi d’autres pratiques pédagogiques : faut-il construire des alternatives à l’école ?

Elle se charge aussi de prendre en charge les enfants présent-e-s sur la place afin de permettre aux parent-e-s de venir aux réunions (en particulier aux parents seul-e-s), aux enfants de prendre part à des commissions et d’expérimenter d’autres formes d’éducation !

Elle a créé un site muni d’une plateforme collaborative pour la rédaction d’un manifeste : http://nuitdebouteduc. wix.co./comeduc

Une brèche ?

Nuit Debout est une “brèche”, sans savoir si cette brèche va se refermer, s’enliser, se faire récupérer (comme Podemos a entraîné dans le jeu institutionnel un mouvement non-inscrit au départ dans le jeu institutionnel). C’est une bouffée d’air anti-capitaliste. Même si cela s’arrête, cela continuera. Cette brèche s’associe à d’autres : loi “travail”, NDDL, Merci Patron...

Elle œuvre à la conscientisation que un “au-delà” du capitalisme est possible ; et au-delà de la prise de conscience, à la construction pratique et concrète “ici et maintenant” de “cet au-delà”, par la pratique démocratique horizontale ; avec toutes les limites mais aussi tous les apports : la réappropriation de la parole et de l’espace public.

Annick Champeau

à partir des informations et des échanges de la liste “Syndicats” de SUD éducation et de la liste Nuitdebouteduc@rezo.net


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