Débat sur la CSI au congrès de la FSU

samedi 10 mars 2007

(article paru dans le numéro 6 de mars 2007 de la Revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique")

(article téléchargeable en PDF avec le reste de la revue à cet endroit)

La FSU et le syndicalisme international

Un certain nombre de journaux y auront fait référence : dans un congrès national de Marseille où les positions de la direction nationale auront été largement majoritaires de par l’alliance des tendances "Unité Action" et "École Émancipée", la question des affiliations internationales de la FSU aura constitué un point de clivage important voire inattendu. Au-delà des péripéties, il y a des raisons de fond qui l’expliquent...

Il est certes un peu désolant de constater que ni sur la précarité, ni sur les pratiques syndicales et de luttes, ni sur le projet d’"alternative" (en fait un projet syndical "ségoléno-compatible"), on n’aura assisté à un mouvement de fond pour réorienter l’action de la majorité de la FSU. On aurait cependant tort de croire que ce débat précis est accessoire.

Un contexte nouveau
A priori, les choses semblaient couler de source si l’on en croit les rapports préparatoires au congrès : "Les adhésions à la CES et à la CSI permettront à la FSU de jouer un rôle plus important au niveau européen et international". C’était méconnaître les enjeux très lourds que recouvre cette décision.

La Confédération Européenne des Syndicats (CES), déjà contestée par certains militants, a défrayé la chronique en France à l’occasion du référendum sur la "Constitution" européenne, en prenant bruyamment parti pour le "Oui" à ce traité réactionnaire... et en se livrant complaisamment à une campagne voulant faire croire que "les syndicats" (?! Lesquels ?!) étaient pour la "Constitution"... peine perdue, mais il est certain que sa nature et des positions profondes sont apparues de manière beaucoup plus visible pour un certain nombre de syndicalistes : le masque était tombé !

La Confédération Syndicale Internationale (CSI), elle, constitue un cas plus compliqué et mal identifié pour l’instant. Mis à part le fait qu’elle résulte de la fusion de la CMT d’origine chrétienne et de la CISL de tradition social-démocrate (et - soit dit en passant - l’organisation unifiée regroupe moins d’organisations que les deux organisations séparées...), on sait peu de choses sur elles. Alors que la CES est plus une institution annexe de la Commission Européenne qu’un vrai syndicat, la CSI est plutôt liée aux instances internationales. Mais il s’agit tout de même d’un syndicalisme de lobby et pas de mobilisation, très lié aux institutions dominantes.

On oublie aussi que la pratique de l’internationalisme syndical (argument suprême – voire seul argument - des responsables de la FSU qui veulent l’affiliation) n’a pas attendu la CSI, et n’a pas besoin d’elle surtout au vu du syndicalisme qu’elle défend : les fédérations professionnelles internationales (des transports, de l’agro-alimentaire, voire de l’Éducation) n’ont pas attendu la CSI, et se passent très bien d’elle ! Ainsi, elle est au mieux une structure bureaucratique inerte, au pire un instrument d’intégration dans les institutions de la mondialisation capitaliste.

La dynamique du congrès
Au congrès de Marseille, des militants de toutes tendances (et bien entendu d’Émancipation) se sont opposés à l’adhésion à ces structures emblématiques du syndicalisme de renoncement, y compris des militants UA qui se sont opposés durement à l’appareil "UA-EE" de la direction nationale.

Pour la CES, au vu de ses états de service récents, au vu aussi d’un nombre significatif de sections départementales et de syndicats nationaux mandatés contre une éventuelle adhésion, le recul de la direction nationale a été net :"... le congrès propose de mettre en débat avec l’ensemble des adhérents l’adhésion de la FSU à la CES et d’explorer les conditions de la mise en oeuvre. En tout état de cause, la décision devra être soumise à l’ensemble des syndiqués"... l’adhésion n’est pas pour aujourd’hui !

Il en va tout autrement pour la CSI, la direction de la FSU essayant de passer en force sur ce point. Ainsi une motion demandant l’adhésion immédiate (soutenue notamment par le SNES) fait-elle 55% des voix, ce qui est insuffisant (il faut 70% des voix à la FSU pour faire adopter une motion ou un amendement, ce qui n’est pas très démocratique contrairement aux apparences). En face, des sections départementales et des syndicats nationaux réclament un mandat d’étude sur cette question (et la garantie que la décision sera prise après un congrès ou une consultation des syndiqués), ce qui aurait au moins le mérite de permettre une vraie discussion sur une organisation encore mal connue y compris pour beaucoup de congressistes de Marseille. Cet amendement fait tout de même 43% des voix, ce qui reflète bien les hésitations existantes.

C’est alors que la direction de la FSU sort du chapeau une nouvelle proposition pour tourner la difficulté : on consulterait les syndiqués... après avoir pris dans les instances nationales la décision d’adhérer à la CSI (1) !! Qui dit mieux ?!

Cette caricature de démocratie est dénoncée par plusieurs congressistes, notamment une représentante du Pas-de-Calais et des tendances minoritaires. Un vote a lieu, la proposition de la direction recueille... 69,7% des voix, soit moins que les 70% nécessaires !

La manoeuvre de congrès ayant échoué, le débat revient en plénière sur cette question le lendemain : il faut à l’appareil de la FSU une décision qui fasse les 70% fatidiques, coûte que coûte. Donc nouvelle proposition sortie du chapeau : une consultation et un vote des syndiqués... mais avec très peu de garanties concrètes que le débat sera organisé de manière réellement pluraliste. Cette fois-ci, la proposition de la direction est adoptée malgré une résistance réelle.

Le congrès de Marseille peut continuer comme si de rien n’était... et pourtant !

Un recul provisoire mais réel
La cause semblait entendue : la FSU allait "naturellement" adhérer à la CES et la CSI, le congrès constituant une simple formalité. Il n’en a rien été, en partie parce que nombre de militants qui gardent des réflexes de lutte s’interrogent sur cette question. Au lieu d’une adhésion très rapide, un débat aura lieu dans la Fédération, même si on peut avoir toutes les craintes sur son organisation.

Il faut remarquer que jusqu’à maintenant la FSU est la seule organisation voulant adhérer à la CES et à la CSI, et où il y a une telle résistance de militants syndicaux, au point de contraindre la direction nationale à faire certaines concessions provisoires.

Cela dit, le débat tant réclamé n’est pas encore mené...

Mener le débat sur le fond
Les objectifs de la direction de la FSU sur cette questions sont clairs, mais il y a fort à parier qu’une vraie discussion sur le fond ferait apparaître certaines vérités concernant les enjeux de l’adhésion à la CSI, en premier lieu à propos de la nature et des positions de cette organisation.

Il faut donc veiller particulièrement que la discussion annoncée ait véritablement lieu, à ce qu’elle soit la plus large et la plus démocratique possible, pour repousser l’adhésion à la CSI. Le congrès national du SNES, et ses congrès académiques, seront particulièrement importants dans ce cadre. Les militants d’Émancipation ont une alternative syndicaliste globale à proposer, ils savent aussi réaliser l’unité avec d’autres sensibilités sur certains points quand cela leur semble s’imposer. C’est assurément le cas ici, il appartient à tous les syndicalistes de lutte de combattre l’adhésion de la FSU (et de ses syndicats) à la CSI !

Quentin DAUPHINÉ (Var)

(1) "Le congrès mandate les instances de la FSU pour entamer la démarche d’adhésion à la CSI. La décision finale devra être validée par la consultation de tous les syndiqués". Comme on le voit, les syndiqués voteraient pour simplement entériner une décision prise ailleurs...


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