Un tournant dans l’Éducation Prioritaire

mercredi 18 mai 2016

Aux avant-postes de la réforme Peillon, l’Éducation Prioritaire amorce un virage décisif : le rapprochement école-collège.

De ZEP à REP, les ZEP sont devenues réseaux pour s’adapter à la nouvelle organisation de l’école en lien avec la redéfinition des circonscriptions du primaire et avec les exigences de la Refondation Peillon. Comme le rapprochement école-collège a commencé à fonctionner dans les ZEP il y a quelques années, il est aisé de profiter de cet état de fait pour conforter l’interpénétration école-collège poursuivre avec la définition des réseaux, nouvelle périphérie de circonscription scolaire administrative encore en devenir.

Un chantage à l’indemnité

L’indemnité REP+, d’environ 2 300 € (+100% par rapport à avant), concerne 38 000 enseignants. L’indemnité REP, de 1 700€ € (+50% des indemnités d’avant) concerne 81 000 enseignants. Le montant de ces indemnités, plus d’un mois de salaire, très conséquent, confirme l’importance pour le gouvernement du nouveau rôle que sont en train de jouer ces nouveaux REP, à savoir être précurseurs des nouvelles mesures. Il s’agit pour lui et son ministère, avec ces primes, de surfer sur l’attractivité et le contentement légitime qu’elles génèrent en ce temps d’austérité, et rendre ainsi plus improbable toute éventuelle idée de contester les nouvelles mesures expérimentées dans les REP et REP+. Le but du gouvernement est de réformer sans entrave, au plus vite, mais surtout sans que rien ne soit explicité.

Une réforme REP sans moyens supplémentaires

Il s’est avéré, dès septembre 2015, que pour la majorité des REP, la réforme engagée s’effectuait à moyens constants au mieux, et pour beaucoup avec des moyens diminués. De nombreuses mobilisations et grèves ont permis de défendre l’acquis et de regagner des postes ou des heures supprimées.

À l’école primaire, depuis deux ans déjà, un subterfuge a permis de limiter la contestation dans l’œuf en octroyant, dans les REP+, des créations de postes de maîtres supplémentaires (PARE) et de maîtres de très petites sections pour les moins de trois ans. Ces postes, nous avait-on dit, devaient répondre à une très ancienne exigence des maîtres du primaire. En réalité il n’en est rien. Revendiqués dès avant les années 2000, ces Plus de Maîtres que de Classes (PDMQDC) étaient un espoir pour les 47000 écoles françaises, de disposer d’un maître sans classe attribuée, dont les missions devaient être liées aux besoins spécifiques de chaque école tels que définis en conseil des maîtres, alors organe directeur de l’école.

La création de 2270 postes (en 2015) des PDMQDC a été présentée comme une avancée par le gouvernement et acceptée comme telle par nos directions syndicales. Or d’une part 2270 c’est peu, comparé aux 7000 qui avaient été promis, et au regard des 47 000 écoles françaises c’est encore pire.

D’autre part, le fait que la nature des missions de ces postes PARE, et le fait qu’elles soient définies et contrôlées par l’inspection, nous confirme que leur rôle est de mettre en place des dispositifs qui permettent d’avancer dans la loi Peillon : entre autres l’établissement d’un rapport constant à la hiérarchie par le biais du maître PARE, mais aussi imposer la culture de l’évaluation sous contrôle de l’inspection. C’est la clé qui permet, sans le dire, d’organiser la compétition entre les établissements scolaires. Car la compétition, est hautement stratégique au regard de la nouvelle loi, qui veut s’en servir comme moyen pour faire évoluer les établissements scolaires vers leur autonomie. D’ailleurs, en REP+, en ce qui concerne les écoles, les résultats des évaluations sont déjà publiés en interne et gageons qu’ils seront très bientôt médiatisés comme pour les universités et les lycées.

Le lien école-collège en REP et la remise en cause de nos statuts

D’après les articles parus sur le site de l’OZP, l’Observatoire des Zones Prioritaires, on ne peut que constater que la liaison école-collège a déjà engendré, sous couvert de statut REP, maintes nouvelles réunions, commissions, nouveaux conseils, en lien avec les nouvelles missions.
- conseils écoles-collèges constitués en remplacement des conseils exécutifs des réseaux prioritaires et qui doivent établir un programme d’actions pour l’année en cours ou à venir ;
- commissions missionnées pour élaborer les nouveaux parcours inscrits dans les nouveaux programmes ;
- missions pour élaborer une partie des progressions annuelles programmatiques pour l’année 2016 ;
- missions de réécriture des projets de réseaux ; pour discuter des méthodes d’apprentissage des maths, de la lecture ; etc., etc.

L’OZP, déjà mentionnée, fait état d’une expérimentation par réseau à chaque fois. Qu’en sera-t-il quand toutes les missions citées devront être remplies ? La promesse d’annualisation de notre temps de travail enseignant est là en embuscade, de même que la modification de nos 108 heures…

Vers le modèle nordique de l’école-collège réunis pour réduire les postes

Après le modèle italien des années 1990 (pour le plus de maîtres que de classes), remplacé par l’allemand dans les années 2000 (pour les rythmes scolaires et l’école seulement le matin), arrive maintenant le modèle nordique. Celui-ci revendique une seule école primaire-collège. Notre gouvernement souscrit à ce modèle comme à tous les autres avant lui, dans le même but (bien sûr caché sous le gentil prétexte de la résolution de l’échec scolaire) de diminuer le coût de l’enseignement public. La loi Peillon lui fournit les outils nécessaires et il applique l’esprit de la lettre depuis 2012 déjà, dans les REP, prédisposés à faire les frais de toutes les expérimentations. Un nouvel outil vient d’arriver sous la forme de postes PAC primaires (25 expérimentaux dans les Bouches-du-Rhone qui ne sont contestés à ce jour par aucune de nos directions syndicales), qui sont carrément destinés au collège, pour la remédiation dans les classes de 6ème dans les réseaux REP+. Ailleurs des expérimentations sont faites de co-habitations entre classes de CM2 et de 6ème. Il est clair que de telles mutualisations ont un objectif : augmenter la polyvalence et poursuivre la réduction de postes.

Même objectif concernant le redoublement. C’est dans les ZEP où le taux est supérieur à la moyenne, qu’il a été empêché en tout premier. Les postes RASED étaient là pour le combattre. Trop chers pour la Cour des comptes, ils ont été éliminés sous Sarkozy. La cour de comptes dénonce à présent le coût du redoublement. Cette recherche d’économiser à tout crin se traduit dans les directives ministérielles par des formules culpabilisantes que l’administration répète à l’envie tant aux PE qu’aux parents d’élèves.

Concernant le redoublement, “il traumatise”. Il est clair que faire redoubler un élève est toujours l’ultime solution. On doit lui opposer, au plan revendicatif, la diminution des effectifs dans les classes, et l’augmentation de moyens donc de postes et la recréation de RASED complets.

Un exemple, concernant l’apprentissage de la lecture. On nous rabâche à l’envie  : “ce n’est plus la mission du seul CP... l’apprentissage de la lecture se poursuit pendant tout le cycle 2 (c’est à dire pendant trois ans)”. Dans nos écoles, les doubles, parfois triples niveaux se généralisent et deviennent une réalité quand, il y a encore 10 ans ils restaient l’exception sauf dans les petites écoles de campagne (mais toujours avec de petits effectifs). Pour notre hiérarchie, plus il y a de niveaux mieux les élèves sont stimulés (une nouvelle prime est d’ailleurs prévue au niveau collège pour celles et ceux qui accepteraient des effectifs supérieurs à 30). Les multi-niveaux déclinés et justifiés de multiples manières sont un moyen essentiel pour diminuer le nombre de postes, une source de travail supplémentaire pour les professeurs et un moyen assuré de baisser le niveau scolaire et d’augmenter l’échec. En REP cela se passe déjà depuis quelques années et c’est utilisé pour rapprocher l’école et le collège. Citons un extrait d’article tiré du site de l’Observatoire des Zones Prioritaires  : “… Si le rêve de P... est d’avoir une liberté complète pour mêler enseignants des écoles et des collèges, M… rêve d’un modèle nordique où un groupe d’enseignants prendrait en charge un même groupe d’élèves du CM1 à la classe de quatrième. En 1989, les cycles ont été conçus comme des groupes multi-âges en alternative au redoublement et en réponse à l’échec scolaire : pourquoi pas en cycle 3 des classes communes CM1-CM2-6ème ?…”.

L’EP un tremplin pour aller plus vite et plus loin dans la loi de Refondation

Depuis que Hollande est au pouvoir, il est clair que nos revendications premières, moins d’effectifs dans nos classes et plus de moyens pour l’école, ont été remplacées par les objectifs du gouvernement : faire passer la loi de Refondation dès 2016 en une seule fois, de la maternelle à l’université. L’EP est devenue un tremplin pour l’application de cette loi. Les primes, les maîtres PARE et la proximité de l’inspection, et l’octroi des 18 ½journées de formation par an entre autres, confèrent une spécificité nouvelle indéniable aux REP. Le danger d’une plus grande soumission à notre hiérarchie est réel pour les collègues qui y travaillent, de même qu’il existe un risque d’adaptation accéléré aux réformes, et ne le cachons pas de division d’avec le reste de la profession, à cause de ces rapports constants avec la hiérarchie.

Marie Contaux


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