De la protection des individus à celle d’une religion

vendredi 20 mai 2016

Jacques de Saint Victor n’est ni un “laïcard” ni un “islamogauchiste”. Historien de la politique, il écrit notamment au Figaro et dans la revue “ETVDES” (fondée par des jésuites). Autant dire qu’il n’est pas cité ici par copinage, mais parce qu’en revenant de manière rigoureuse à la définition et à l’historique du délit de blasphème sous toutes ses formes, il permet d’enrichir le débat à partir de bases bien documentées.

Dans l’ouvrage BLASPHÈME Brève histoire d’un “crime imaginaire”, il montre que si le blasphème a toujours été interdit par les dogmes religieux de toutes obédiences, sa répression a été la plus violente lorsque le pouvoir politique s’est appuyé dessus pour écraser les dissidences. Les principales victimes ont été les membres des religions minoritaires (débuts du chistianisme, les protestantismes, le judaïsme à différentes époques), mais aussi le paganisme et l’athéisme. L’examen des procès montre que le délit de blasphème sert plus souvent à réprimer les opinons subversives qu’à protéger la religion officielle. En France, il a été supprimé à la Révolution, puis rétabli. La loi de 1881 sur la liberté de la presse abolit le délit “d’outrage à la morale publique et religieuse”. La loi Pleven de 1972 limite la liberté d’expression en créant un nouveau délit “de provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence” envers des individus “à raison de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée”. Parce que ce texte va au delà de son objectif antiraciste, ces quatre derniers mots servent de point d’appui à tous les procès en interdiction de films, pièces, publications jugées offensantes par des associations religieuses. La plupart de ces procès sont perdus car la loi protège des individus et non des groupements religieux.

De la protection des individus à celle d’une religion le pas est franchi en désignant pour le dénoncer un nouvel outrage à une religion : “l’islamophobie”. Il est étrange d’entendre des voix “de gauche” réclamer le rétablissement d’un délit d’opinion (le délit de blasphème), en demandant la répression de l’islamophobie.

“En apparence généreuse, cette logique revient à assigner à des populations particulières leur identité d’origine en espérant, paradoxalement, que cette atteinte à la laïcité de l’État (qui ne peut considérer les citoyens à partir de leurs communautés préexistantes) les aidera à mieux s’intégrer dans la république laïque. La preuve par l’absurde en quelque sorte”(p.107).

Jean-Denis Peypelut, GD 47

Blasphème, Brève histoire d’un “crime imaginaire”, Jacques de Saint Victor, Gallimard, coll. L’esprit de la Cité, janv. 2016,122 pages.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).