Dialogue social : on arrête tout et on reprend le fil des revendications !

mardi 17 mai 2016

Nous publions ci-dessous une contribution du groupe départemental 47 Émancipation au congrès du SNUipp 47.

La distinction entre syndicalisme d’accompagnement ou syndicalisme de transformation sociale a vécu. C’est la nature même du syndicalisme qui a été transformée profondément, sans vrai débat, par l’instauration du “dialogue social”. Un des symptômes les plus visibles est que désormais le calendrier social n’est plus celui des revendications syndicales mais celui des “réformes” proposées par le patronat et imposées par le gouvernement. Cela passe par le renforcement de la bureaucratie, du pouvoir des petits et grands chefs qui nous harcèlent quotidiennement par toujours plus d’injonctions, d’autoritarisme, de contrôle, nous dépossédant de notre métier et nous infantilisant. Il est plus que temps de dire STOP à tout cela et de revenir aux revendications fondamentales de touTEs les travailleurs/euses : salaires et conditions de travail !

Salaires : on nous vole 500 € par mois !

Pour la démonstration, voir Singuliers/pluriel du mois de janvier, ou en décembre la contribution d’Émancipation au congrès départemental FSU. Cela fait des années que les cadeaux aux grosses entreprises – qui en gavent leur actionnaires tout en accélérant les destructions d’emplois – sont financés sur notre dos : en ponctionnant nos salaires, mais aussi en aggravant nos conditions de travail par la doctrine du non-remplacement des départs à la retraite.

Temps de travail : 45 heures et désormais l’annualisation !

Les temps de travail des enseignantEs ont été définis dans notre statut au début des années 50, à une époque où le temps de travail de référence était de 45 heures par semaine. Le principe empirique était que pour chaque heure d’enseignement on attribuait un temps pour la préparation et les corrections. Cela s’appelle la “pondération”.

Exemple,

pour unE instit :

1h de cours + 40 min de pondération (seulement !!)

40 min x 27h = 1080 min = 18h ; 27h + 18h = 45 h

pour unE prof certifiéE :

1h de cours + 1h30 de pondération

1h30 x 18h = 27h ; 18h + 27h = 45h

pour unE prof agrégéE :

1h de cours + 2h de pondération

2h x 15 = 30h ; 15h + 30h = 45h

On pourrait discuter la cruelle inégalité entre les conditions de travail des enseignantEs.

Mais le plus fort est que l’horaire de référence est passé de 45 à 42, puis 40, 39 et enfin 35 heures sauf pour les enseignantEs. Il a suffi de les culpabiliser avec les congés (dont deux mois non payés !), et en laissant croire (y compris aux enseignantEs !) que leur temps de travail se limite aux heures d’enseignement.

Pour les instits devenuEs PE, la situation a évolué, encore récemment avec les 108h annualisées dites d’ORS, soit 3h par semaine (108:36), qui ne sont pas des heures d’enseignement, et 1heure d’APC, qui est une heure d’enseignement, soit :

(24 + 1 = 25 h) x40 min = 1000 min = 16h40 min de pondération

25 + 16h40 (= 41h 40min) + 3h ORS = 44h40 min

Super ! En 65 ans, 20 minutes de temps de travail de moins par semaine ! Enfin, en théorie, car au moment où on nous parle de plus en plus de la référence aux 35 heures hebdo annualisées(1607h), faisons le calcul dans l’autre sens, toujours avec seulement 40 min de pondération :

35 - 3 (ORS) = 32h ; 32 : 1h40 = 20h ; 20h -1h d’APC = 19h

19h d’enseignement au lieu des 24 actuelles seraient la stricte application des 35h. À supposer que les 40 min de préparations/corrections n’aient pas besoin d’être augmentées pour faire face aux tâches nouvelles qui nous sont imposées (évaluations, ESS - Equipe de Suivi de la Scolarisation...) !

Le SNUipp 47 réclame depuis sa fondation 18h d’enseignement pour les enseignantEs du premier degré. Quand est-ce qu’on se retrousse les manches pour les obtenir ?

Conditions de travail : effectifs et bureaucratie

Après des années de suppressions de postes, la pression sur les effectifs dans les classes ne fait qu’augmenter. Là aussi, le SNUipp 47 exige depuis sa création un maximum de 25 élèves par classe, et moins de 25 là où c’est indispensable (maternelles, éducation prioritaire, ASH,...), et des dédoublements (ou du co-enseignement) quand c’est possible.

Le syndicalisme enseignant ne peut être dissocié de la volonté de développer la pédagogie coopérative (pour les élèves), le travail en équipe (entre collègues) et l’accès à l’école pour les enfants en situation de handicap. Les deux derniers points servent actuellement à augmenter la pression de travail sur les enseignantEs.

La disparition des RASED en même temps que plus d’intégration fait peser sur les écoles et les PE une charge de travail accrue, considérable et non compensée.

Au nom du travail en équipe, on exige des enseignantEs toujours plus de concertation, toujours plus de projets, surtout pas imaginés par les équipes, mais fermement encadrés par des injonctions tâtillonnes faute d’être cohérentes, se contredisant au gré des lubies de l’administration centrale, et de plus en plus souvent de celles des petits chefs locaux.

Au nom de l’incontournable “modernité” technologique, désormais grâce aux téléphones portables et aux messageries électroniques, les PE sont sollicitéEs pour répondre à diverses injonctions d’ordre professionnel durant la classe, mais aussi la nuit, le week-end et pendant les vacances. Désormais si vous tardez à répondre à ces sollicitations, ce sont vos collègues qui vous feront – gentiment mais fermement – sentir que vous ne prenez pas votre part du travail collectif.

Ces dérapages ne sont ni anodins, ni le fruit du hasard, ni seulement le fait de la désyndicalisation massive du milieu. C’est l’imposition à l’école du “new management”, issu des délires bureaucratiques néo-libéraux, qui conduit au harcèlement, au burn-out, aux suicides.

Il faut stopper cette dérive mortifère pour les personnels et pour l’école publique. Il n’y a rien à négocier : il faut dire non avec la plus grande fermeté en construisant la lutte collective pour en sortir au plus vite.

Droit du travail, retraites

Le gouvernement tente de porter atteinte au code du travail. Il serait irresponsable de notre part de le laisser faire, car si cette contre-réforme aboutit, le code de la fonction publique sera aussitôt attaqué. Ce qui s’est passé pour les retraites en 2003 doit nous servir de leçon.

Le Snuipp doit exiger pour les enseignantEs du premier degré, le retour à une retraite à taux plein à 55 ans.

Laïcité

Il y a quelques années, les militantEs laïques étaient considérées comme des passéistes, l’affaire étant réglée dans le cadre de “l’exception française”. Résultat : un élève sur cinq est scolarisé dans l’enseignement privé (catholique à 98 ?%) en France, triste record d’Europe.

Aujourd’hui les militantEs laïques sont regardéEs de travers, accuséEs d’entraver la liberté des religions dans leur ambition de grignoter toujours plus d’espace public.

Demain, ce seront aussi des cibles pour les totalitaristes religieux.

Dans ces conditions, il est nécessaire et désormais courageux que le SNUipp revendique encore et jusqu’à satisfaction :

- la nationalisation laïque sans indemnité ni rachat de l’enseignement privé, religieux et commercial,

- l’abrogation des lois Debré et Carle, la disparition des accords Kouchner-Vatican,

- l’abrogation du statut local scolaire et religieux d’Alsace-Moselle (et donc la dépénalisation du blasphème), de Mayotte et de Guyane.

Et dénonce l’instrumentalisation de la laïcité à des fins racistes et xénophobes.

Pour le GD 47 :

Nadine Demel, Sandrine Milhet,

Myriam Saubebelle, Jean-Denis Peypelut


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