Entretien avec Frédéric Maguet du Syndicat National des Affaires Culturelles

mardi 17 mai 2016

Émancipation : Pouvez-vous présenter votre syndicat ?

Frédéric Maguet : C’est un des petits syndicats de la FSU, né en 1982 du regroupement de certains syndicats catégorielsdes conservatoires, du spectacle, des musées.

Émancipation : Quelles institutions représentez-vous ?

F. M. : Nous sommes assez bien implantés dans l’archéologie, l’archéologie préventive essentiellement, mais aussi dans les structures d’archéologie au sein des DRAC. Nous avons également des adhérentEs dans les musées, le spectacle, l’opéra. On a vocation à travailler sur l’ensemble du secteur patrimoine, création et démocratisation de la culture.

Émancipation : Quelles sont vos positions centrales, les questions prioritaires ?

F. M. : La démocratisation de la culture et le refus de la marchandisation : chaque fois que le ministère s’attaque à la garantie d’un service public et gratuit de la culture, on essaie de mettre en place des convergences avec d’autres syndicats (par exemple SUD). Aussi, on tâche de lutter contre les dérives d’organisation de notre champ d’activité, disloqué en établissements publics indépendants. Dans notre secteur, nous avions des organisations classiquement verticales avec le ministère de la Culture (et quelques autres institutions publiques) qui exerçait une autorité établie sur les bibliothèques, les musées, et un certain nombre d’autres établissements.

Peu à peu, les établissements ont pris leur indépendance, ce qui a pour conséquence de balkaniser ces champs d’activité avec une dérive managériale et une idéologie qui est très inspirée du monde de l’entreprise privée. On essaie de faire en sorte que l’autorité de tutelle s’exerce vraiment, et que les établissements ne fassent pas à leur guise en terme de rapport aux usagers, et du traitement interne des conditions de travail des salariéEs.

Auparavant, un seul modèle prévalait : celui de la tutelle de l’État sur toutes les institutions publiques.

Maintenant, on a fait preuve au sein des institutions d’une grande imagination managériale. Chaque institution qui se crée a un statut différent qui lui est propre et où se joue une expérimentation de l’organisation salariale, ce qui donne lieu finalement à une régression sociale.

Par exemple, le Quai Branlyfonctionne selon un modèle où aucunE des salariéEs n’est titulaire. Nous avons constaté la même chose au Centre Georges Pompidou. Pourtant ce sont des établissements publics administratifs. Les choses se compliquent encore quand il s’agit d’établissements industriels et commerciaux, où on retrouve de nombreuses autres formules managériales.

Émancipation  : Avec toutes ces expérimentations, n’est-ce pas d’autant plus compliqué pour vous d’adapter vos actions ? N’ y a-t-il pas une volonté de brouiller les pistes ?

F. M. : Évidemment, il y a une volonté de brouiller les pistes, mais si seulement ce n’était que ça.Si seulement, en face, on avait des réponses rigoureuses, il n’y aurait pas de problème. Le problème c’est que ces formules d’organisations conditionnent la physionomie d’un collectif de travail. Bien souvent, les collectifs à l’intérieur de ces établissements finissent par ne plus comprendre qu’ils font partie du service public. L’indépendance des établissements a pour effet sur les agentEs qu’ils/elles ne perçoivent pas, qu’en tant qu’employéEs du service public, ils/elles dépendent du même ministère. Au contraire, ils/elles perçoivent leur établissement comme un îlot indépendant, ce qui réduit leur pouvoir de salariéE. Notre mission est de faire le lien entre les agentEs de tous ces établissements, afin d’aller vers une mutualisation des contestations. On essaie de les faire se rencontrer, pour qu’ils/elles réalisent que des convergences sont possibles avec d’autres salariéEs.

Toutefois, désormais, le ministèrea tellement fait dans le sens d’un largage des établissements, qu’il se rend compte qu’il n’a plus aucun pouvoir sur eux. Il s’opère un retour en arrière qui s’appelle un retour à la règle. Le SNAC tâche de pousser le ministère à reprendre un pouvoir de tutelle. À cet effet, nos deux actions sontl’incitation des adhérentEs à sortir de l’aquarium que constitue leur établissement et le retour à la règle vis à vis de l’emploi public.

Le premier objectif à poursuivre dans ce cadre est la titularisation des agentEs du public. Nos adhérentEs qui disposent de contrat précaire dans différentes structures publiques, en se rencontrant, militent ensemble dans le but de leur titularisation.

Émancipation : Comment faites-vous se rencontrerles adhérentEs ?

F. M. : Il n’y a pas de formule type, ça dépend des situations. Des sections assez anciennes ont l’habitude de travailler ensemble via les travaux de nos instances, les bureaux nationaux, les actions de formation surtout. Mais les sections nouvelles qui se montent participent à des assemblées générales. Par exemple, au Louvre, une section assez récente, a organisé une assemblée générale avec des invitéEs, ceux/celles de la Bibliothèque Nationale de France. Ils/elles commencent ainsi peu à peu à se prendre en considération les unEs et les autres.

Émancipation  : Quelles sont vos autres revendications ?

F. M. : On a une intersyndicale Culture assez bien rodée, avec la CGT qui est majoritaire. Nos revendications sont la revalorisation de la filière administrative qui a été démantelée. Tout un travail de re-pyramidage est à faire. Il faut également revaloriser les filières scientifiques et clarifier les rôles des pôles scientifiques, il faut que le ministère dise clairement ce qu’il attend du point de vue de la recherche au sein de la Culture.

Émancipation : Concernant la recherche, êtes-vous associés aux syndicats de la recherche ? En archéologie, par exemple, quelles relations entre le patrimoine et la recherche ?

F. M. : Les problématiques ne sont pas les mêmes. Ils n’ont pas d’intervention directe sur notre secteur qui est la culture. Sur l’archéologie, même si la problématique scientifique existe, notre syndicat traite en priorité la question de la prévention. Il s’agit de problèmes très politiques sur la question de la participation des aménageurs au financement de l’archéologie. La profession est organisée sur la taxe des aménageurs. Là où nos revendications convergent avec celles des syndicats de la recherche scientifique archéologique, c’est que pour conserver leur métier, il faut que les aménageurs continuent d’acquitter cette taxe.

Émancipation : Comment vivez-vous le droit de tendanceau sein des syndicats de la FSU ?

F. M. : Il est assez peu sensible au sein du SNAC. La plupart des adhérentEs du SNAC ne savent pas ce qu’est une tendance. Il y a un certain nombre d’entre nous qui se sentent plus ou moins proches de telle ou telle tendance mais les gens qui restent chez nous le font d’abord par leur métier. Ce qui les intéressec’est la défense de leur métier, de leur mission et la manière spécifique dont on travaille à l’intérieur du syndicat FSU. Nos adhérentEs ont une certaine méconnaissance des tendances. Il faut dire que les tendances n’ont pas une façon très explicite de se présenter. J’ai demandé aux leaders des cinq tendances de me transmettre un document de présentation l’année dernière, mais je n’ai pas eu vraiment de réponses concrètes. Les tendances devraient améliorer leur présentation pour intéresser davantage nos adhérentEs. Néanmoins nous avons quelques adhérentEs au sein des tendances, mais c’est une minorité, et ça ne se sent pas dans les débats internes.

Lors des débats internes, quand il s’agit de voter, les votes se font non pas sur la sympathie pour une tendance, mais sur la profession de foi. Çà s’est vu très bien lors des dernières élections : les tendances qui ont mis l’accent dans leur profession de foi sur le PPCR ont eu un bonus chez nous.

Émancipation : Quelle est votre position sur le PPCR ?

F. M. : Plusieurs questions se sont posées sur les parcours professionnels, les rémunérations, et le déroulement de carrière : quelle égalité de traitementest prévue ? Passer de quatre à trois grades pour la catégorie est-ce suffisant ? L’intégration des indemnités indiciaires sera-t-elles suffisante ? Nous avons eu des débats au sein du SNAC, avec des positions assez tranchées. Ce qui est sûr c’est que nous n’avons pas apprécié le passage en force qui a conduit à la signature au niveau national.

Émancipation : Tirez-vous un bilan positif de votre existence à la FSU ?

F. M. : Oui, bien sûr. On ne se voit pas ailleurs de toute façon. On voit bien que dans l’intersyndicale Culture, chaque syndicat a une personnalité très marquée. On n’est pas la CGT, ni SUD, et encore moins la CFDT ou l’UNSA. Mais on arrive justement à travailler ensemble parce qu’on a des personnalités syndicales bien identifiées. Et les agentEs nous connaissent, ils/elles savent qui nous sommes, qu’on ne ressemble pas à la fédération d’à côté. Notre façon de travailler à l’intérieur du SNAC, les débats plutôt ouverts, où chacunE s’écoutemais où, en même temps, on va chercher le consensus est un mode opératoire de la FSU.

Émancipation  : Une question relative à l’actualité politique : que redoutez-vous de la fusion des DRAC (direction régionale des affaires culturelles) ?

F. M. : On redoute une perte de métier, avec des exercices complètement impossibles parce que les nouvelles régions sont beaucoup trop grandes. Au moment de cette fusion, le ministère en profite comme d’habitude pour supprimer un certain nombre d’emplois. On sera de moins en moins nombreux/ses pour faire un travail de plus en plus compliqué. On redoute une mainmise des préfets sur des DRAC au détriment du ministère, la chaîne hiérarchique passant aux mains des préfets avec une perte de l’autorité du ministère de la Culture. Le risque c’est la mise en commun des emplois supports, sous l’autorité du préfet. Les emplois seraient touchés car remis dans le pot commun.

On a réussi à sauver l’autorité des DRAC dans la réforme précédente. Même les unités départementales sont sous l’autorité des DRAC. Mais actuellement, ils font passer plusieurs des réformes dans le sillage de cette fusion régionale, ce qui nous alarme extrêmement.

Émancipation  : Quel est votre métier ?

F. M. : J’étais conservateur du patrimoine, au Musée national des arts et traditions populaires, maintenant devenu le MUCEM. Je n’ai pas suivi le MUCEM car je trouvais que son projet scientifique était devenu indigent. C’est un musée dont le programme intellectuel est en rupture complète avec les collections qu’il conserve et il n’y a pas de direction scientifique affirmée. La direction actuelle est dans l’animation d’une volonté politique qui veut montrer une façade, mais il n’ y a pas de fond scientifique propre. Ceci était l’état de départ : il faut voir maintenant si les équipes en interne sont capables de reprendre l’institution et de lui donner une consistance. Il y a des enjeuxactuellement à l’intérieur du MUCEM à propos de la direction de cette politique scientifique. On a une section au sein du musée qui est très active et qui est en butte à l’organisation du MUCEM en tant qu’établissement public. On voit bien à travers les actions de ces camarades que les projets scientifiques continuent de pâtir des politiques insuffisantes de la direction.

Ceci est dû encore une fois à la manière dont l’institution a été mise sur orbite politiquement, et elle est dirigée par des personnes qui n’accomplissent pas leur mission.

Entretien réalisé par Leïla Elyaakabi

lors du congrès de la FSU, 3 février 2016


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