Impressions du Congrès de la CGT

dimanche 15 mai 2016

Nous publions ci-dessous les impressions de notre “journaliste” en direct du dernier Congrès de la CGT qui s’est tenu à Marseille du 18 au 21 avril.

Mardi 19 avril

À l’ouverture du congrès, hier après midi, lundi, l’intervention du secrétaire général, Philippe Martinez, a remisé le syndicalisme rassemblé (avec la CFDT) de ses prédécesseurs, chargé Hollande et appelé à la mobilisation en précisant toutefois que “la grève générale ne se décrète pas”.

Ce matin présentation du rapport d’activité, sans beaucoup de possibilités de débat. Du coup des interventions sur l’activité se sont glissées au niveau de l’après-midi : au niveau des débats sur le rapport financier et sur le début du texte général. Celui-ci a été présenté entièrement en quelques minutes par une membre de la Commission Exécutive (CE) puis par un rapport de la commission des amendements, élue au début du congrès pour tout le congrès (contrairement à la FSU où les rapporteurs sont de l’exécutif et spécialisés sur chaque thème) ? Ce rapport de la commission des amendements permet de voir que ça n’a pas beaucoup changé depuis le dernier congrès auquel j’avais assisté (Nantes en décembre 2009). Pour chacune des parties du texte d’orientation, des centaines d’amendements ont été déposés, quelques dizaines sont intégrés moitié textuellement moitié modifiés et un nombre d’intervenantEs encore plus restreint peut s’inscrire (exemple sur le préambule du texte général 250 amendements, 80 intégrés totalement ou partiellement, 35 intervenantEs).

On ne s’étonnera pas que des syndicats ou des Unions Départementales s’insurgent sur l’impossibilité de défendre leurs amendements, que d’autres brandissent le règlement des congrès (“deux minutes pour défendre tout amendement non repris”), ou marquent l’étonnement de devoir intervenir sur le texte amendé par la commission ad hoc sans que les congressistes en disposent, étonnement partagé par la présidente de séance…

Quelques interventions pour l’ambiance

Les 20 interventions possibles avant la clôture de cette journée ont été pour la plupart des petits bijoux sur le fond comme sur la forme :
- Sabine de la CGT Pôle Emploi dénonce les “repères revendicatifs” adoptés hors congrès en novembre dernier et demande que le congrès corrige leur contradiction avec les positions syndicales ;
- Hélène conclut une intervention monocorde au titre de sa structure sur les CHSCT par une charge à titre individuel sur le sens de l’invitation de la CFDT et du PS (“maladresse ou message subliminal ?”) ;
- Une militante du syndicat des mines de Gironde propose d’opposer à la poignée de dirigeants et à leur média, ainsi qu’à la menace du FN, une approche émancipatrice, l’éducation populaire, un acquis historique de la CGT ;
- Un militant du syndicat de la construction de Paris se prononce pour la grève reconductible, jusqu’au retrait de la loi “travail” ;
- Une employée d’un centre d’appel du 59 (Engie GDF et La Poste mobile) a mis en grève 60 ?% des employéEs de son centre, malgré une CFDT majoritaire ;
- Un travailleur de la Chimie a affirmé que l’objectif n’était pas de faire reculer le gouvernement mais de chasser tous ces ennemis du peuple et s’oppose violemment à la carte syndicale permanente et directement payée à la confédération ;
- Élisabeth du syndicat de la santé de Haute Marne moque ces lignes directives de la direction nationale, toujours les mêmes depuis plusieurs congrès, trouve aberrant que la première confédération de France soit dépourvue d’expertise juridique nationale, elle propose des cotisations progressives et non plus proportionnelles ;
- Un autre insiste sur la responsabilité de la CGT vis-à-vis de beaucoup de jeunes pour lesquels c’est la première lutte alors qu’un échec sur ce combat renforcerait la désespérance sociale et le dégoût du politique ;
- Tel autre rappelle que le débat à l’Assemblée doit commencer le 3 mai et que la confédération doit, comme la fédération des Sans-PapierEs, appeler à la grève reconductible du 28 au 3, avec AG de reconduction tous les matins et en convergence avec tous ceux et celles qui cherchent des alternatives dont “Nuit debout”, en faisant tout pour stopper la répression. Il faut soutenir d’urgence les jeunes qui se font massacrer (ovation du congrès) ;
- Reda du 67 atteste de la redynamisation contre la loi travail d’une section assoupie et fataliste et fait reprendre au congrès “tous ensemble” “ouai” ;
- Pour le syndicat des artistes interprètes chaque travailleur/ travailleuse qui a des contrats intermittents, itinérants et avec employeurs multiples pose la question de la solidarité interprofessionnelle, des droits individuels garantis collectivement, de la sécurité sociale professionnelle ;
- Gerald, inspecteur du travail du 76 demande que la CGT se prononce pour le retrait de la loi Rebsamen qui donne la possibilité de mettre les apprentis sur des machines dangereuses ou au contact de l’amiante. Il n’a pas compris pourquoi le représentant CGT a voté avec la CFDT le projet du gouvernement “santé au travail”. Il faut un appel du congrès qui pose la question de la reconduction, que les 1000 déléguéEs du congrès s’engagent dans la grève reconductible. Le congrès scande “tous ensemble, grève générale”, se lève et s’adresse aux représentantEs de la presse, à l’arrière de la salle ;
- Leila du 76, enseignante en collège, à la FSU pendant longtemps, a témoigné de son intérêt d’être dans une confédération pour défendre l’intérêt général de l’ensemble des travailleurs et travailleuses y compris celui des familles de ses élèves ;
- Telle autre des Pays de Loire trouve catastrophique de perdre des sièges dans les instances parce qu’il y a deux listes CGT concurrentes et de voir la CGT porter plainte contre la CGT. Ce qui pose la question la CGT : doit-elle s’organiser selon le schéma patronal ou s’en affranchir par exemple en présentant des listes communes aux élections professionnelles ?
- Régis de la CGT Finances Publiques met en garde sur le prélèvement à la source qui prépare le public à la fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG et donc de la protection sociale.

D’une manière générale, même si les intervenantEs une fois sur deux concluent par “vive le 51ème congrès” et/ou “vive la CGT” on perçoit dans les interventions de ces premiers jours, sur des sujets pas toujours en rapport avec le thème annoncé, une critique à fleur de peau des pratiques de l’appareil (héritage Lepaon ?) et une attente d’une dénonciation claire de la politique gouvernementale, une exigence de combat des lois Rebsamen, Macron, du pacte de responsabilité, de retrait pur et simple de la loi travail, ainsi qu’une demande d’appel à la reconduction.

Mercredi 20 avril

L’impression de la veille se confirme. Les intervenantEs en plènière sont pour la plupart en désaccord avec l’orientation proposée par la direction. Ce qui est d’autant plus perceptible quand on compare avec les interventions convenues enregistrées dans les vidéos qui séparent les thèmes (pendant que sont comptabilisés les votes du thème précédent, systématiquement par mandats, donc sans pratiquement de votes des déléguéEs ). Cette évolution depuis l’avant dernier congrès (2009) peut s’expliquer par l’enjeu fort du retrait de la loi travail qui pousse à exiger l’efficacité maximale : la plupart des interventions d’aujourd’hui posant la question de la reconduction à partir du 28 et/ou jusqu’au retrait de la loi “travail”. Mais aussi par le fait que pour 78 ?% des congressistes, c’est le premier congrès. Il y a donc pas mal de jeunes. Et le passif de la gestion Lepaon a rendu la conception, pour le moins surprenante de la démocratie dans les congrès CGT, intolérable à de plus en plus de déléguéEs : “je me suis inscritE trois fois dans les thèmes et ne suis jamais passéE”. “370 sur les 372 amendements du thème 3 étaient pour en finir avec le « syndicalisme rassemblé » et ils n’ont pas été retenus”. Et du coup la quasi entièreté des intervenantEs sur ce thème exigent un vote séparé de cet aspect y compris une membre de la commission des amendements et un membre du bureau du congrès, rien n’y change. Le thème est mis au vote tel quel, ce qui entraîne un taux d’abstention et de votes contre jamais vu toujours par mandat (avec un vote des délégués en séance il aurait très probablement été battu)…

De même un appel du congrès sur la loi “travail” est proposé au vote entre deux thèmes alors que tout le monde n’en dispose pas et un vote immédiat est demandé par la personne qui l’a présenté… Les rares interventions arrachées sur cette question, obtenues, vont toutes dans le sens d’une expression claire sur la reconduction… Sans que cette exigence soit prise en compte le texte est soumis au vote… à main levée sans décompte des pour et des contres et la présidente de séance considère que “bien qu’elle ait du mal à évaluer, le texte est adopté”. Des congressistes s’insurgent, en vain, on passe au thème suivant… La parole est beaucoup plus libre, mais la bureaucratie reprend ses droits à chaque fois que nécessaire.

Jeudi 21 avril

Ce matin, thème 5 sur la démocratie dans la CGT. De nombreuses interventions sur le manque de démocratie, particulièrement dans le congrès, dénonçant les éléments que j’ai pointés dans mes précédentes impressions. Assez vive insatisfaction de ne pas voir les amendements repris, ni rectifié le tir, au moins, pour l’avenir, sur les dysfonctionnements de ce congrès. Au point qu’une bronca finale des congressistes a bien failli déborder les organisateurs, dans l’incapacité pendant plusieurs minutes de passer à la suite de l’ordre du jour.

Laquelle suite était consacrée à deux modifications statutaires.

La première concernait les TOM (et certains DOM), afin de revenir sur une saine conception : les DOM-TOM, depuis un certain temps, sont considérés comme des entités indépendantes ; ce ne sont plus des unions départementales, mais des confédérations CGT autonomes de la CGT nationale. Mais voilà ce principe anticolonial est rattrapé par le dialogue social : la Confédération nationale y perd de la représentativité, au moment où elle est talonnée par la CFDT. Et il semblerait que les confédérations locales y perdent aussi. Donc ont été discutés avec les confédérations intéressées Nouvelle Calédonie, Mayotte, Guyane, Martinique (où il a été question de deux CGT concurrentes…) et curieusement pas la Guadeloupe, une convention d’association permettant aux confédérations locales d’être affiliées à la confédération nationale en “conservant leur indépendance” (des protectorats quoi…) et l’amendement des statuts les ré-affiliant collectivement à la CGT, avec un représentant à la CE en rotation.

La seconde modification statutaire concernait les retraitéEs, qui se syndiquent de moins en moins à la CGT, d’autant plus qu’unE retraitéE n’y représente pas une voix, loin s’en faut. Ce qu’il est question de changer. Et comme tout se paye, cette amélioration de la voix des retraitéEs aura pour corollaire une augmentation de leur cotisation. Pas sûr que ça améliore leur syndicalisation. En tout cas à la CGT il n’y a pas les fausses pudeurs de la FSU qui considère que les retraitéEs doivent se cantonner à des sujets qui ne concernent pas la vie syndicale sur le terrain. Dans les débats dits interactifs où les congressistes se massent derrière cinq micros répartis dans la salle, les retraitéEs sont plus aguerriEs à l’occupation de premières places, qui seules donneront la possibilité d’une prise de parole. Ainsi, dans le débat interactif sur l’appel du congrès (cf. mes premières impressions), seul débat possible car cet appel n’était pas prévu dans l’ODJ, avec entre 30 et 40 déléguéEs présentEs devant les micros et seulement 10 qui sont passéEs, il y a eu trois retraitéEs pour appeler avec conviction à reconduire la grève du 28 jusqu’à satisfaction, dont une qui s’est écriée “faut-il que ce soit moi, retraitée, qui reconduise la grève ?”.

Ces deux amendements statutaires ont été votés à une forte majorité.

Ensuite il y a eu une plénière sur la répression sans vote et où les Godyear, qui n’avaient pas été invités à l’ouverture (contrairement aux Fralib), ont choisi de ne pas venir dans un débat informel à l’issue des votes sur l’activité et l’orientation. Puis ensuite un concert avec Zabo. Mais tout cela je n’ai pas pu y assister, because BDS.

Vendredi 22 avril

Ce matin il y a eu communication de la composition de la commission exécutive et du bureau confédéral, avec un renouvellement assez large même si la moyenne d’âge reste, en apparence au moins, élevée. Puis l’adieu aux sortantEs où Lepaon s’est encore fait huer et enfin le discours de clôture de Martinez, élu Secrétaire général sans surprise, même si “mes collègues” journalistes se perdaient en conjecture à ce sujet. Ces dernierEs, plus nombreux qu’il y a neuf ans, se sont montréEs à la hauteur, comme d’habitude, très peu se sont intéresséEs aux débats ne cherchant que le sensationnel ou véhiculant des poncifs ringards sur les syndicats et en particulier la CGT. Il faut dire que les déléguéEs et les responsables le leur rendaient bien, notamment en comparant la seule presse libre (non pas l’Humanité ), la Voix Ouvrière qui rencontre des difficultés, avec “tous ces pourris de journalistes”, lesquels se remontaient le moral, notamment caméraman AFP , les Échos et même l’Huma  : “On est des pourris ! On est des pourris !”. Une conférence de presse a suivi le congrès avec Martinez aux commandes :

- “Quelles responsabilités au sein de la CE et du Bureau ?”

- “Ceux qui ont des dossiers en cours, comme par exemple l’assurance chômage, restent les mêmes” ; “sinon ce sera collectif, sans experts” ;

- “Comment-allez vous construire la grève reconductible ?”

- “Soyons clairs il faut construire avec les travailleurs et parmi les outils proposés dans l’appel du congrès il y a la grève et la reconduction”.

Olivier Vinay

À suivre sous forme d’un dossier dans la prochaine revue : analyses, interventions, interviews…


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