Voix sans voile Témoignage émouvant et poignant

Culture
jeudi 28 avril 2016

Ce livre de Horria Saïhi se lit comme un roman, d’une seule traite, c’est passionnant, fluide mais ce n’est pas un roman, ce sont les témoignages recueillis par une cinéaste journaliste durant les années où la barbarie islamiste frappait l’Algérie.

L’auteure a choisi de donner la parole à ces femmes, trop souvent oubliées par l’histoire et pourtant présentes et actives dans beaucoup de combats sociaux et de libération.

Quelles sont-elles ces femmes qui ont perdu leurs frères, leurs sœurs, parfois leurs enfants et parfois leur propre vie ?

Elles ont souffert mais ont, ces combattantes, refusé l’abomination, c’est-à-dire de plier devant les islamistes qui n’étaient et ne sont que des fous sanguinaires.

Je croyais que ce travail de transcription de films et d’interviews sous le feu de l’action, là-bas en Algérie allait donner lieu à une suite d’entretiens… C’est tout autre chose que nous propose l’auteure, c’est une histoire qui se lit comme un film d’action émouvant… Malheureusement nous ne sommes pas dans une fiction.

Beaucoup de ces hommes et de ces femmes ont été, il y a quarante ans de cela, dans les rangs de la résistance au colonialisme français. Ils et elles ont repris les armes et s’organisent en patriotes. Ils et elles ne comptent pas sur le gouvernement qui d’ailleurs plus tard libèrera les bouchers du peuple, les meurtriers qui ont exécuté et assassiné tant de personnes.

Ces assassins que combattent ces femmes courageuses invoquent Dieu appelé Allah mais comme l’expliquent ces témoignages :

“Sous le contrôle des islamistes, la mosquée a été reconvertie en tribunal. Les appels à la mort remplaçaient les versets du Coran et les injures la parole de Dieu. « L’imam » était un égorgeur ; le minaret un poste d’observation où Allah ouakbar devenait l’outil d’un code. C’est dans cette mosquée à partir du minbar qu’ils lançaient leurs fatwas. C’est dans cette maison de Dieu qu’ils exécutaient des innocents à l’arme blanche”.

L’histoire est racontée mais aussi expliquée et contextualisée. L’auteure fait œuvre d’éducation populaire en levant aussi le voile sur une partie de notre histoire commune quand elle revient sur ces Algériens enrôlés dans l’armée française pour faire la guerre au Vietminh. Certains ont rejoint la résistance vietnamienne et sont revenus au moment de l’indépendance. Une femme vietnamienne mariée à un Algérien voit toute sa famille reprendre les armes pour s’opposer aux islamistes. Deux de ses enfants trouveront la mort.

L’auteure a écrit une page d’histoire incroyable, tragique et héroïque en nous faisant découvrir des visages… Comme si nous visionnions un film.

Jean-François Chalot

  • Voix sans voile, Horria Saïhi, Éditions Helvétus, 2016.

À commander à l’EDMP (8 impasse Crozatier, Paris 12e, 01 44 68 04 18, didier.mainchin@gmail.com).