Debout ! On bloque tout !

samedi 7 mai 2016
par  Catherine

Enhardi par la facilité avec laquelle il déroulait sa politique néo-libérale, le pouvoir tente d’en finir avec le Code du travail. Mais la coupe déjà trop pleine déborde de toutes parts. Les réseaux militants, les jeunes, le monde du travail… se mobilisent. Chacun à sa façon. Du coup, le projet de loi “travail” ouvre une nouvelle séquence de luttes, soutenues par l’opinion, mais dont les chances de succès et l’avenir sont conditionnés par leur capacité à converger.

Les informations digérées par des spécialistes du travail, du droit et des syndicalistes, ont circulé de façon “virale” sur tous les réseaux, la pétition de C. Haas a en quelques jours dépassé largement le million de signataires et à “On vaut mieux que ça” a porté et renforcé la colère de la jeunesse.

Les jeunes, très mobiliséEs, ont tout de suite inscrit la mobilisation dans la durée, appelant à des grèves et manifestations, des blocages de lycées et d’universités, malgré une répression très dure, administrative, judiciaire et policière, qui impose une solidarité sans faille contre toutes sanctions, toutes poursuite et pour le désarmement de la police.

Les directions syndicales ont théorisé des difficultés de mobilisation, liées surtout à leur incapacité à se solidariser vraiment avec les jeunes, à populariser les convergence du public et du privé, à présenter le début d’une alternative et à sortir de leur stratégie éculée des journées d’action saute-mouton (le 9/3… le 31/3… le 28/ 4...) et de caution au pouvoir “de gauche” via le dialogue social (comme la honteuse participation aux assises propagandistes de la “refondation”). Ce décalage avec la réalité du mouvement ne peut perdurer sans risquer de leur être fatal, vus les enjeux et les attentes énormes.

Nous avons été 100 syndicalistes à pointer, dès le 22 mars, ce décalage et la pression forte pour la reconduction de la grève dans de nombreuses sections syndicales (et depuis dans le congrès de la CGT), avec le lancement de l’appel “On bloque tout”, qui réunit aujourd’hui plus de 1400 signataires et plus de 100 structures syndicales.

En partie pour répondre à ces carences syndicales, les jeunes et les collectifs de lutte (état d’urgence, chômeurEs, logement…) ont lancé le soir de la grève du 31 mars, Place de la République, le mouvement “Nuit Debout”. Rapidement conforté par les syndicalistes et les associatifs/ves les plus mobiliséEs, Nuit Debout a essaimé dans les banlieues et les régions.

Au-delà des caractérisations hostiles ou condescendantes sur “l’homogéneité sociologique”, sur l’intérêt ou pas des débats ou sur les perspectives, cette occupation quasi-permanente de l’espace publique est une magistrale contestation de l’état d’urgence dont nous exigeons la levée immédiate. Elle conforte les ZAD, que nous défendons, même si la lutte contre les projets inutiles fait place aux alternatives. L’organisation de la parole, le pluralisme dans les débats et les prises de décisions, même avec leurs limites, rejoignent la démocratie directe et l’autonomie des luttes que nous nous défendons. Nuit Debout est une expression forte du mouvement social
actuel, directement issue de la mobilisation contre la loi “travail”, à côté des syndicats.

“ Àcôté” mais pas “aux côtés” ? C’est en train de changer… La convergence des luttes devient enfin une réalité concrète. Les militantEs de Nuit Debout à Paris ont rejoint les intermittentEs du spectacle qui ont occupé l’Odéon, la Comédie Française…, arrachant un premier succès et montrant qu’on peut gagner avec des luttes déterminées. Ils/elles sont alléEs dans toutes les gares de Paris soutenir les cheminotEs, qui seront en manif nationale le 10 mai et en grève reconductible à partir du 17 mai. Un appel “Personnels d’éducation debout, nous aussi on bloque tout !” a été lancé, par des syndicalistes, en lien avec Nuit Debout, pour étendre à l’éducation ces convergences vers la grève reconductible.

Nuit Debout a réussi le 28 à faire débattre en AG les secrétaires généraux de la CGT, de Solidaires, des représentants des CNT-SO et Vignoles, de collectifs de lutte et du collectif “On bloque tout”. Cette convergence des luttes syndicales aux différents niveaux et de Nuit Debout est à renforcer pour en finir avec la loi “travail” et son monde, avec les contre réformes que nous combattons et avec les perspectives sociales et politiques que certainEs imaginent pour nous…

Olivier Vinay, le 30 avril 2016

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 2/05/2016– page 2