Féminisme et littérature de jeunesse

Tribune féministe
lundi 25 avril 2016

Passionnée de littérature de jeunesse, je suis. Pour ma “petite personne tout d’abord” (même si à regarder ma date de naissance, je devrais faire partie des grandes depuis longtemps) mais aussi “professionnellement parlant”, pour les enfants que j’ai nourris abondamment de ce “breuvage fantastique” que constituent les livres pour la jeunesse, depuis trente-sept annuités et demie… dans mes classes de maternelle et de cours préparatoire.

Dans ce collectif, cet espace, si particulier, si intime qu’est le groupe-classe (enseignantE comprisE), j’ai au fil des années, au gré de mes humeurs et de mes choix personnels, abreuvé les enfants qui m’étaient confiés, d’album, qui les ont amusés, interpellés, questionnés (par ma personne interposée), accompagnés dans leur vie d’écolier/écolière, et peut être au delà comme j’aime à le croire. J’ai parlé d’enfants, vous m’avez bien lue, tout en sachant qu’ils/elles sont également élèves, tout comme ils sont également, frères ou sœurs, êtres humains, futurEs citoyenNEs. Et pour préparer ce monde de demain, afin qu’il soit un peu meilleur que celui d’hier, il me semble urgentissime de “faire réfléchir” dès l’école à des concepts qui touchent les femmes (la moitié de la population de notre planète), les femmes qui subissent sous toutes les latitudes et depuis toujours toutes sortes d’oppressions. L’anti-sexisme, l’égalité fille-garçon : des concepts abstraits pour lesquels les livres de littérature de jeunesse se révèlent des outils incomparables.

À la fois mis en scène par les protagonistes des récits, les idées d’égalité entre les sexes, sont incarnées et mises à disposition des enfants dans ces lectures. Et dans le même temps, l’album de jeunesse, laisse une certaine liberté, il y a toujours plusieurs niveaux de lecture possibles. Nulle volonté d’asséner des diktats ou de “catéchiser par des leçons” quand on découvre un album. L’adulte suscite les prises de parole, s’assure que le sens général est disponible pour toutes et tous. Faisant partie du groupe-classe, l’adulte si besoin est, rebondit sur les échanges enrichit le débat ; ainsi, chacun, chacune “fera son miel” de l’album et des échanges qui auront suivi la lecture. Cela viendra s’ajouter à d’autres temps scolaires, où l’on travaillera autour de ces concepts de façon plus formelle, la meilleure façon de s’y atteler, à mon sens, demeurant de vivre au sein de la communauté éducative et au jour le jour, la mixité, la parité, l’égalité des sexes.

Certaines maisons d’édition sont particulièrement sensibles à la question du féminisme, en ayant quasiment fait une de leur ligne éditoriale. N’ambitionnant pas l’exhaustivité, je citerai les éditions Talents Hauts dont j’ai présenté à plusieurs reprises des albums, les éditions La ville brûle, avec sa collection Jamais trop tôt qui propose également des livres sur le sujet et enfin les éditions Rue du monde, dont l’ensemble de la production est remarquable.

Joëlle Lavoute

Quelques titres à découvrir :

-* On n’est pas des super héros

Des mêmes auteures que On n’est pas des poupées, “Mon premier manifeste féministe” ce second livre au sous titre “mon premier manuel anti-sexiste” pose les bases de comportements égalitaires. Delphine Beauvois, enseignante et militante féministe fait preuve d’humour et sa comparse l’illustratrice Claire Cantais assure la fantaisie des illustrations. À mettre au plus vite entre toutes les mains.

On n’est pas des super héros , Delphine Beauvois, Claire Cantais, éditions La ville brûle, collection Jamais trop tôt, 32 p., 2014, 13 €. À partir de 5 ans.
.
.

-* La révolte des cocottes

Rien ne va plus dans la basse-cour, où les Poulets avec le coq Hadoc à leur tête font régner la loi, “la leur”. Pour que ça change, Charlotte, une des quarante poules, va organiser une manifestation et la grève pour obtenir…l’égalité entre poules et poulets et le partage des tâches.

La révolte des cocottes , écrit par Adèle Tariel, illustré par Céline Riffard, éditions Talents Hauts, 2011, 24 p., 11,70 €. À partir de 5 ans.

.
.
.

  • Il était une fois les filles

Un livre passionnant qui trouverait sa place dans les bibliothèques et CDI. Très documenté, regroupant des informations dans différents champs, l’histoire, les mythologies, les religions, le droit, l’art pour faire réfléchir à des questions fondamentales. Les différences physiques doivent-elles décider du mode vie de chacunE ? Les filles ont-elles des obligations et des droits différents de ceux des garçons ? Qu’e st-ce qui est à l’origine de cette mythologie de la différence qui est encore aujourd’hui source de discrimination ? Un ouvrage, aux illustrations très parlantes, pour lutter contre le sexisme chez les adolescentEs et les autres.

Il était une fois les filles , Patrick Banon, illustré par Anne-Lise Boutin, éditions Acte Sud Junior, 2011, 112 p., 15,50 €. À partir de 15 ans.