Histoire de la professeure de physique-chimie

Tribune féministe
lundi 25 avril 2016

Dix histoires de femmes syriennes détenues dans les prisons du régime ont été publiées par le journal Al-Qods Al-Arabie. La troisième est celle d’une professeure de physique de la ville de Douma accusée par le régime syrien de préparer des bombes nucléaires.

Arraché de la gorge du chanteur, broyé sous les doigts du dessinateur, pourchassé chez les esprits brillants, en Syrie, le mot “vérité” est bel et bien enseveli.

La docteure F.R. est une habitante de la ville de Douma. C’est aussi l’une des détenues, de formation scientifique, qui a été approchée par le régime pour tenter de l’enrôler à sa solde. Ceci dans le but de contrôler son travail et d’exploiter sa pensée et sa créativité dans le domaine de la physique-chimie.

F.R., spécialisée en physique nucléaire, avait achevé sa thèse de doctorat et travaillait comme enseignante de physique dans l’un des lycées de Douma. Le régime l’a accusée de fabriquer une bombe nucléaire d’une portée limitée avec de simples matériaux, comme du savon à l’intérieur d’une boîte plastique chauffée à une certaine température.

Au milieu de l’année 2012, F.R. a été arrêtée dans Douma par la branche 215 de la Sécurité militaire de Damas. Les membres de cette branche ont exercé sur elle des pressions physiques et psychologiques intenses. Le général Rafic Shéhadé a lui-même dirigé une enquête sur sa personne, essayant de la persuader de travailler pour le régime syrien. F.R. a refusé catégoriquement.

Ne pas utiliser son savoir dans un but de destruction

Son travail au sein du mouvement révolutionnaire concernait le domaine de l’humanitaire. En tant que fervente pacifiste, elle n’a en aucune sorte utilisé son savoir dans un but de destruction, que ce soit contre l’une ou l’autre des parties. Ainsi, son travail s’est cantonné à la distribution de l’aide d’urgence et de l’aide médicale pour les déplacéEs et les migrantEs de l’intérieur. Elle a distribué des tracts pour sensibiliser les femmes de la région.

Dès le soulèvement de la ville de Douma, ils l’ont arrêtée dans sa maison. Elle est alors restée environ huit mois dans la branche militaire de la Sécurité de Damas, avant d’être transférée au centre des services secrets de l’armée de l’air de Mezzeh où a été reprise encore une fois l’enquête, conduisant, selon leurs dires, à la même accusation d’avoir fabriqué une matière explosive pour les rebelles.

Au début de cette incarcération, ils l’ont mise dans une cellule isolée durant trois mois. Elle a souffert de l’isolement, de l’obscurité et de la faim sans pour autant capituler. Ils voulaient qu’elle travaille avec le régime syrien. Mais elle a persisté dans son refus, affirmant qu’elle n’utilisait pas sa science pour la fabrication d’outils nuisibles, que ce soit pour ou contre le régime.

Alors commencent les tortures

Quand les affidés du régime ont perdu espoir de trouver une solution avec elle ou d’obtenir la moindre information utile pour la fabrication d’un matériel et son utilisation, après environ quatre mois de sa présence à l’intérieur de la section, ils ont commencé à lui faire subir des tortures à l’électricité sur chacune des parties du corps et surtout près de la zone du cerveau. Elle a pu endurer plusieurs jours ces tortures avant de s’effondrer et de tomber dans le coma. Les officiers de la

section ont alors pratiqué sur elle un traitement d’injections intraveineuses. Aucune des détenues qui étaient avec elle et l’ont assistée n’a pu savoir la nature du traitement infligé.

Sa santé s’est ensuite progressivement améliorée, s’engageant vers une guérison. Elle a néanmoins commencé à se sentir épuisée avec une perte de ses facultés intellectuelles au point d’ éprouver des difficultés à se remémorer ses compétences et les prénoms de ses proches. (Elle me l’a confirmé quand je l’ai rencontrée par la suite dans la prison centrale d’Aadra). F.R. est restée à la section des services Secrets de l’armée de l’air durant neuf mois.

Après une relative rémission, elle a rechuté gravement faute de nourriture et de soins , puis elle a été transférée à la prison centrale d’Aadra, au cours du premier mois de l’année 2014.

C’est alors qu’elle a comparu devant le tribunal militaire qui l’a jugée et condamnée à la prison pour “fabrication de matériaux explosifs au bénéfice des rebelles”.

Transmis par Claude Marill

Traduit de l’arabe par Le Collectif des traducteurs