UN MOIS DANS LE MONDE

mardi 15 mars 2016

Jeu de dupes meurtrier en Syrie

Officiellement, c’est “l’état d’urgence” en Occident contre Daesh. Et officiellement, les bombardements en Syrie ont pour seul but de vaincre Daesh. Fort de l’accord obtenu de pouvoir bombarder sans obstacle pour ses avions, Poutine a accéléré son intervention militaire. Un véritable déluge de bombes russes s’est abattu sur la ville d’Alep, contrôlée pour moitié par les insurgés depuis 2012. Les morts se comptent par centaines, la distribution d’eau ne fonctionne plus. Un hôpital de “Médecins Sans Frontières” a été sciemment bombardé dans la province d’Idlib. Poutine a promis qu’il continuerait à aider Assad pour écraser les “terroristes”. Si Alep tombe, ce qui n’est plus exclu, ce sera incontestablement un tournant décisif dans cette guerre et les pseudo-négociations parrainées par la Russie et les États-Unis ne serviront qu’à maintenir la dictature.

Jeu de dupes meurtrier au Kurdistan

Officiellement, la Turquie, membre de l’OTAN, combat avec la “coalition” contre Daesh. En fait, tout l’effort militaire turc ne vise qu’un seul ennemi : le PKK. On est revenu dans le Kurdistan turc aux pires moments d’une guerre qui a fait officiellement 37 ?000 morts et surtout qui a déplacé la majeure partie de la population kurde chassée de sa terre.

Le 8 février, un bombardement de l’aviation turque sur la ville de Cizre a provoqué la mort de 60 personnes.

Dans Diyarbakir, principale ville du Kurdistan turc, les combats de rue ont provoqué l’exode de 50 ?000 personnes. L’État major turc parle de 750 “combattantEs” kurdes tuéEs depuis la mi-décembre.

L’Union Européenne ne réagit pas et continue de classer le PKK comme organisation terroriste.

Gbagbo

Pendant la guerre en Côte d’Ivoire, les crimes de guerre commis par ses milices ont souvent été condamnés dans les colonnes d’Émancipation. Mais ceux commis par l’armée française ou les milices d’Ouattara aussi. Le jugement de Gbagbo par la CPI (Cour Pénale Internationale), c’est la “justice” des vainqueurs. Jamais la CPI n’a jugé un allié de l’Occident et, malgré les évidences, elle n’inculpe toujours pas les dirigeants israéliens. Gbagbo ne va pas payer pour le nettoyage ethnique qu’il a prôné (et en partie réalisé), mais pour le fait d’avoir cessé de jouer le jeu de la Françafrique.

Europe : tragique comédie

Les négociations entre Cameron et l’Union Européenne destinées (et rien ne prouve qu’elles y parviendront) à empêcher le “Brexit”, c’est-à-dire la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE ont été particulièrement indécentes. Le compromis entre le point de vue patronal (une zone de libre-échange la plus étendue possible) et les souverainistes a été facile à trouver : la Grande-Bretagne pourra toujours avoir des centaines de milliers de travailleurs/ses étrangerEs qu’elle n’a pas eu à former, mais elle ne redistribuera plus rien aux familles restées au pays.

Au même moment, l’Union Européenne retoquait le budget de la coalition “de gauche” portugaise en ordonnant que le déficit soit ramené à 2,2 ?% du PIB, ce qui interdit toutes les mesures progressistes de redistribution promises.

Toujours au même moment, le gouvernement grec, qui a capitulé sur la question économique, a affirmé qu’il ne capitulerait jamais sur la libre circulation à l’intérieur de l’Europe : il ne veut à aucun pris que les réfugiéEs qui arrivent en Grèce y restent.

Polynésie

La visite de Hollande dans un morceau de notre empire colonial rappelle une sinistre histoire. De 1966 à 1996, il y a eu en Polynésie 46 essais nucléaires aériens et 147 essais souterrains. Tous gouvernements confondus, les pires moyens ont été utilisés pour faire vivre ce joujou : la mort “accidentelle” de Fernando Pereira à bord du Rainbow Warrior (1985) ou le maintien au pouvoir de Gaston Flosse qui a pu “arroser” son clan avec tous les revenus issus du nucléaire. Comment aujourd’hui réparer les dégâts ? Les malades se comptent par milliers. On enregistre 540 nouveaux cas de cancer chaque année et les indemnisations au compte-goutte n’empêchent pas que des zones entières sont contaminées. Dernier “gag” sur la “propreté” du nucléaire : la découverte de plutonium sous le collège de l’atoll de Hao.

Bolivie

Le résultat du référendum confirme le déclin de la gauche sud-américaine. Au pouvoir depuis 10 ans, Evo Morales a à son actif d’incontestables succès. Premier président amérindien (Aymara) dans un pays où ils sont majoritaires, il a su redonner confiance et dignité aux “indigènes”. La pauvreté a reculé et des promesses électorales ont été tenues en termes d’infrastructures (le gaz dans les maisons, le téléphérique de La Paz). Morales aura juste oublié un couplet d’une chanson célèbre : “il n’est pas de sauveur suprême”. Sa volonté de changer la constitution pour rester au pouvoir a rencontré la même réprobation que dans des pays dictatoriaux.

Libye

Grâce aux pressions de plusieurs pays de l’OTAN, le pays a désormais un troisième gouvernement. Une rumeur insistante dit que ce gouvernement n’aura qu’un seul rôle : légaliser une invasion (pardon une “intervention”) occidentale.

Israël

Comment ne pas partager l’extraordinaire article de Gideon Levy dans le journal Haaretz : “Israël a déjà dévoré toutes ses carottes, il ne reste que le bâton qui s’appelle BDS”. L’article analyse le désarroi des dirigeantEs américainNEs qui constatent que la politique israélienne a délibérément tué la “solution à deux États” et qui ne savent plus quelle issue prôner.

Pierre Stambul