Semaine de résistances à Nantes

jeudi 3 mars 2016
par  Catherine

Le 22 février 2014, à Nantes : immense manifestation contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Alors, pour le gouvernement, c’est carte blanche pour la répression et les violences policières : les armes de la police vont éborgner trois jeunes manifestants dont les plaintes vont être classées sans suite par le parquet nantais. En février 2015, différents collectifs, notamment Nantes en résistances, l’Assemblée des blessés par la police, le Collectif du 22 février, décident d’organiser une semaine entière de débats et de manifestations consacrée aux violences d’État. Cette année, cette semaine de résistances sera placée sous le signe du refus des “états d’urgence” associant rencontres, réflexions, manifestation, marche sur les pas du mouvement ouvrier, et aussi on parlera des actions à venir... Et tous les soirs, après les débats, les échanges se poursuivront autour d’un verre , d’un repas préparé ensemble...
Comme l’année passée, des centaines de personnes, de tous les âges et horizons sont présentes. L’organisation de cette semaine de résistances renvoie à un travail, à un engagement importants, mais c’est un temps exceptionnel, un temps inoubliable de construction, d’élaboration collectives. Initiative qui a vocation à essaimer : c’est à dessein que le site semainederésistances.com (1) est ouvert aux informations venant d’ailleurs. C’est en se rencontrant, en faisant, en créant ensemble que l’on lutte, que l’on vit ! À suivre !
Vous trouverez ci-dessous le tract d’appel à cette Semaine de résistance.

Nous sommes tes voisin-e-s, tes collègues, tes ami-e-s.
Nous sommes de celles et ceux qui luttent contre les violences policières et l’état d’urgence.
Nous sommes de celles et ceux qui résistent au saccage de la nature.
Nous sommes de celles et ceux qui refusent le racisme d’État.
Nous sommes de celles et ceux qui subissent les politiques néolibérales.
Nous sommes de celles et ceux qui n’attendent pas les élections pour agir.

Les deux années qui viennent de s’écouler sont celles d’un affermissement sécuritaire vertigineux.

L’année 2014 est celle de la militarisation policière.

Le 22 février 2014, 50 000 personnes se rassemblent à Nantes contre l’aéroport et son monde. La manifestation, dynamique et populaire, est bloquée par des grilles anti-émeute et fait face à une répression féroce. Parmi les dizaines de blessé-e-s, au moins trois personnes perdent l’usage d’un œil suite à des tirs de Flash-Ball et de LBD. Nantes devient la capitale des mutilations policières. Dans les semaines qui suivent, plusieurs dizaines de personnes sont inquiétées par la justice du fait de leur participation à la manifestation. De nombreuses peines de prison ferme écrasent celles et ceux qui ont résisté. Quelques mois plus tard, dans la nuit du 26 octobre, la gendarmerie tue Rémi Fraisse, un manifestant de 21 ans lors d’un rassemblement contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. Pendant plusieurs semaines, un mouvement de solidarité se répand dans toute la France. À Nantes, Rennes, Toulouse et ailleurs, des manifestations réunissant plusieurs milliers de personnes sont interdites de fait par les préfectures qui militarisent les centres villes avec des centaines de policiers armés.

L’année 2015 est celle de l’antiterrorisme comme mode de gouvernement.

En janvier 2015, une série d’attentats tragiques préfigure un renforcement considérable des dispositifs sécuritaires. Des millions de personnes, sidérées, communient derrière un cortège de présidents et de dictateurs : c’est l’Union nationale. Une loi de surveillance généralisée est votée, l’armement de la police est renforcé, les attaques sociales se multiplient sans réactions populaires. Le 13 novembre, une terrible vague meurtrière au coeur de Paris provoque une nouvelle onde de choc, immédiatement exploitée par les gouvernants. Le soir même, quelques heures après les attentats, le président décrète l’état d’urgence sur tout le territoire, les libertés sont “suspendues”, et un pouvoir total est offert aux préfets. En France c’est une situation sans précédent depuis la guerre d’Algérie. Les jours qui suivent, les policiers perquisitionnent, armes à la main en défonçant les portes, plusieurs milliers de foyers, de squats, de restaurants ou de mosquées. Généralement, sans lien avec le terrorisme. Des dizaines de personnes – dont des militant-e-s écologistes – sont assignées à résidence. La contestation prévue en réaction au sommet international sur le climat est réduite à néant.

Depuis, l’état d’exception se dessine comme un régime permanent, sur fond de “guerre” globale, non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur même de nos frontières. C’est dans cette optique que des syndicalistes sont condamnés à 9 mois de prison ferme pour avoir lutté trop fort, que des paysans anti-aéroport sont enfermés pour entrave à la circulation ou que des manifestations sont encagées par des centaines de CRS. À Calais, des milliers de réfugié-e-s entassé-e-s dans un camp subissent depuis des mois les attaques conjointes de la police et de militants d’extrême droite. Un nouveau modèle politique s’affirme : l’État de Sécurité. L’objectif est clair : écraser toute contestation, décourager toute possibilité de résistance. Il n’y a de place que pour le camp de l’Ordre contre celui de ceux qui le troublent.

Nous entamons donc l’année 2016 sous état d’urgence.

Alors que les nuages qui pèsent sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes sont plus menaçants que jamais. Malgré les pressions, des actions de résistances se multiplient ces derniers mois : ici l’occupation du périphérique de Nantes par 20 000 manifestant-e-s au début du mois de janvier, là-bas le blocage d’une usine de grenades lacrymogènes et de balles en caoutchouc dans le Finistère, partout, une constellation de résistances, d’occupations, de constructions, de gestes de solidarité.

L’an dernier, lors de la semaine de résistances de février 2015, nous étions des centaines à nous retrouver tous les soirs dans des lieux de Nantes pour échanger. Le samedi 21 février, nous avions défilé par milliers dans les rues de Nantes l’après midi, et avions fait la fête lors de concerts organisés le soir.

Aujourd’hui plus que jamais, il est temps de reprendre la rue, d’échanger, de nous organiser, de faire la fête. Tous et toutes concerné-e-s, tous et toutes solidaires : rencontrons-nous, luttons uniEs dans notre diversité.

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 29/02/2016– page 4 & 5