Porter un autre projet pour le système éducatif

dimanche 17 janvier 2016
par  Catherine

Le prochain congrès de la FSU, qui se tiendra au Mans du 1er au 5 février, sera à nouveau l’occasion de présenter nos orientations. Le texte ci-dessous reprend l’ensemble des positions que nous défendons de longue date sur le thème de l’école et du système éducatif.

Le capitalisme est un rapport social global qui génère et structure aussi les formes et les conditions de sa reproduction. À ce titre, les questions d’éducation, et au premier rang la place de l’école et la fonction du système éducatif, sont incontournables.

La nouvelle école capitaliste s’organise.

La rentabilisation des individuEs, fichéEs et réduitEs à des compétences parcellisées monnayables sur un marché de l’emploi, devient l’objectif de la scolarité. Les repérages des déviances à la norme et des indocilités comportementales font partie intégrante des fonctions de l’école, au même titre que la sélection sociale que l’on tente de masquer par le discours de “l’égalité des chances” et de l’individualisation. Depuis plus de 15 ans, les gouvernements successifs ont poursuivi ces mêmes objectifs. Depuis 2004, le fichage des enfants dès l’école maternelle s’est installé avec Base-Élèves, malgré les résistances. Le Répertoire National de l’Identifiant Élèves (RNIE), élargi aux étudiantEs et aux apprentiEs, est opérationnel depuis septembre 2015. Après le socle Fillon, le LPC et la réforme Chatel des lycées, sont venus le socle Peillon, les rythmes scolaires dans le Premier degré, l’adaptation de tous les programmes aux nouvelles grilles de compétences et à la logique des cycles, l’Éducation Morale et Civique. Dans le Second degré en particulier, le nouveau statut des enseignantEs, le renforcement ou la création de “conseils” (conseil pédagogique, conseil commun école-collège,…) le détricotage de l’enseignement prioritaire, le refus de tout bilan de la réforme Chatel alors qu’on en connaît bien les effets nocifs, la mise en place à marche forcée de la réforme du collège, massivement rejetée et qui reproduit les mêmes principes que la réforme du lycée, sont autant d’éléments qui soulignent la continuité des politiques éducatives. De même, dans l’enseignement supérieur et la recherche, rien de ce qui avait été mis en place par les gouvernements Sarkozy n’a été remis en question. La loi Fioraso et les Communautés d’Universités (COMUE), au contraire, s’inscrivent dans l’exacte continuité de la loi LRU, renforçant le poids des collectivités territoriales et l’“autonomie”, et visant à supprimer des postes par la mutualisation des services.

C’est pourquoi nous revendiquons l’abrogation de toutes ces lois et dispositifs.

Pour autant, nous considérons que “Relever le défi de la démocratisation” en restant dans le cadre de l’école capitaliste est totalement illusoire. C’est pourquoi nous militons pour un autre projet de la maternelle à l’université, en rupture avec l’école capitaliste.


Pour un système éducatif laïque et unifié

C’est dans cette perspective que l’éducation doit d’abord rester laïque et nationale, le dualisme scolaire doit disparaître, par la nationalisation laïque sans indemnité ni rachat des écoles et universités privées, confessionnelles ou patronales. Le service public d’éducation doit garantir à la fois l’indépendance vis à vis des politiques locales et l’égalité sur tout le territoire des conditions d’accès à une culture partagée et formatrice de citoyenEs libres et autonomes.

Il doit, seul et en toute indépendance, délivrer des validations et certifications reconnues par tous les acteurEs sociaux/ales sur tout le territoire national. C’est pourquoi une carte scolaire strictement respectée doit assurer la mixité sociale et empêcher toute mise en concurrence des établissements. L’Éducation nationale ne doit pas être décentralisée, et tous ses personnels, enseignantEs et non enseignantEs, doivent rester, redevenir ou devenir fonctionnaires d’État.

Pour une culture scolaire émancipatrice
garantie à touTEs les jeunes

Une scolarité jusqu’à 18 ans ne relève d’une démocratisation que si c’est une scolarité sans ruptures ni orientations jusqu’à l’actuelle fin du lycée. Des parcours variés, non pénalisants pour l’avenir, doivent être possibles tout au long de la scolarité, sans palier d’orientation. Chaque enfant, chaque jeune, doit pouvoir œuvrer à son rythme pour l’acquisition d’une même culture commune de savoirs diversifiés. Il s’agit de diversifier les méthodes, au lieu de diversifier les structures et les filières.

Pour garantir une culture émancipatrice à touTEs les jeunes, il faut un enseignement polyvalent et polytechnique, où savoirs et disciplines ne sont pas hiérarchisés. Il faut mettre fin à la coexistence actuelle des trois voies de formation séparées, qui justifie aujourd’hui l’orientation précoce.

Cela suppose une organisation permettant à certains moments de la journée et de la semaine de petits groupes de besoin ou des groupes de projets. Cela suppose des classes à effectifs réduits (pas plus de 20 élèves dans le Premier degré, 25 dans le Second degré, jusqu’à la fin du lycée, moins là où c’est nécessaire).

Cela suppose un lieu unique de socialisation et de formation des jeunes, de taille modeste, permettant à chacunE l’apprentissage de la vie démocratique, de la prise de responsabilité, et la découverte des savoirs généraux, technologiques et professionnels fondamentaux, dans une progression adaptée à chaque individuE. Un tel dispositif inclurait évidemment les enfants relevant aujourd’hui de l’enseignement spécialisé, avec les moyens appropriés.

Cela suppose une refonte complète des programmes. Nous revendiquons donc le retrait des nouveaux programmes de collège, et l’élaboration de nouveaux programmes prenant enfin en compte les avis des personnels. Cette revendication s’inscrit dans le cadre d’une lutte d’ensemble contre la logique des “compétences” et la politique éducative du gouvernement. Elle s’oppose aussi aux conceptions réactionnaires qui conçoivent les programmes nationaux comme des carcans disciplinaires et des outils au service de la sélection sociale.

Pour mettre en pratique les pédagogies émancipatrices

Pour réaliser l’ambition d’une culture émancipatrice pour touTEs, il faut revoir la réflexion sur les disciplines et les programmes, du triple point de vue des contenus, des cohérences interdisciplinaires et des rythmes d’acquisitions qu’ils imposent. Il faut encourager une approche des savoirs dans un cadre collectif et coopératif, par l’utilisation entre autres du processus de “tâtonnement expérimental” pour la construction collective des savoirs, par des projets collectifs et individuels ambitieux, par la maîtrise et le lien entre toutes les approches : artistique, linguistique, littéraire, manuelle, philosophique, scientifique, corporelle et technique, en lui donnant une cohérence globale. L’interdisciplinarité n’est pas une fin en soi, et ne s’oppose pas à l’acquisition des savoirs disciplinaires. Elle ne doit pas non plus servir de prétexte pour imposer une polyvalence pour laquelle les enseignantEs ne sont ni volontaires ni forméEs. Elle est une caractéristique des projets pédagogiques. À l’opposé des EPI au collège, ou des TPE au lycée, ces projets ne doivent être ni déconnectés des apprentissages disciplinaires, ni s’y substituer. Les heures qui y sont consacrées ne peuvent donc être déduites des horaires disciplinaires, comme la réforme du collège le prévoit. Les élèves doivent pouvoir être force de proposition dans leur élaboration, et non pas avoir seulement à choisir entre des projets élaborés sans eux. Le projet pédagogique se situe ainsi à la rencontre des centres d’intérêt et du désir d’apprendre des élèves d’une part, et des apports disciplinaires et des exigences des enseignantEs d’autre part.

Pour exercer la démocratie dans les établissements

Dès l’école maternelle et primaire, il faut reconnaître les jeunes comme des personnes, en favorisant l’ouverture sur la vie, l’autonomie, la prise de responsabilités et la participation progressive aux décisions. Il faut donner aux jeunes la place et la reconnaissance dont ils ont besoin en permettant l’apprentissage de la liberté au sein d’un groupe, par la participation active à la vie collective et sociale au sein de l’établissement. D’où la centralité de la coopération. Les parents et les partenaires éducatifs/ves doivent être associés au fonctionnement démocratique. Au renforcement des pouvoirs des chefs d’établissements et de la hiérarchie, il faut opposer la direction collégiale et l’élection, l’intégration des tâches administratives dans le temps de service, qui doit être réduit. Au Conseil Pédagogique, il faut opposer une véritable concertation sur le temps de travail. À l’autonomie des chefs d’établissement, il faut opposer l’autonomie des équipes. Toutes les équipes enseignantes et tous les personnels, devraient être associéEs, grâce à des moyens conséquents, à la gestion de l’établissement et de l’institution, dans son organisation matérielle et dans ses contenus pédagogiques.

Le temps libre, un espace éducatif spécifique

L’éducation populaire a joué et joue un rôle irremplaçable comme mouvement d’influence éducative et de transformation sociale. Elle doit pouvoir disposer de fonds publics suffisamment conséquents et pérennes, sans pour autant dépendre de la richesse locale ou de la volonté politique des décideurs locaux. afin de remplir sa mission première. Tous les enfants doivent avoir accès en dehors du temps scolaire à des loisirs leur permettant de découvrir des activités diverses et de les pratiquer dans une démarche citoyenne où ils/elles deviennent acteurEs de leur temps libre.

Il faut ainsi mettre fin aux délégations de service public qui conduisent des associations à gérer pour compte de tiers avec du personnel souvent précarisé.

Pour une université de service public

L’université doit concilier trois types de missions, la formation professionnelle initiale et continue, le développement de la recherche, et la diffusion d’une culture en constant renouvellement auprès de tous les publics désireux de se l’approprier. Ces trois axes ne peuvent être menés de front que dans le cadre d’un service public national, laïque, unifié et donc non concurrentiel. La situation sociale étudiantEs, comme celle de touTEs les jeunes adultes, doit être améliorée par la création d’une allocation d’autonomie. Comme dans le second degré, au renforcement des pouvoirs des Présidents d’université, à l’entrée du patronat dans les conseils d’administration, il faut opposer la gestion démocratique par des éluEs sous contrôle des personnels.

Une refonte de la formation des personnels

Après avoir été détruite, suite à la “mastérisation” voulue par la droite et cautionnée par la FSU, la formation initiale des enseignantEs a été réorganisée au moindre coût, sans répondre aux besoins des jeunes collègues.

Le gouvernement actuel a placé le concours en fin de M1 et rétabli une formation à mi-temps, mais a aussi poursuivi la politique du gouvernement précédent sur de nombreux points. Ainsi la mise en place des ESPE a été faite en l’absence de tout cadre national de formation. Les inégalités sont fortes d’un ESPE à l’autre et donc dans la formation, elles s’accompagnent d’une surcharge de travail et d’une volonté de “normalisation” des nouveaux/elles collègues génératrice de stress et de souffrance professionnelle, et d’une manière générale de toutes sortes de pressions managériales et de pratiques anti-démocratiques de la part de directions d’ESPE.
Nous nous prononçons pour l’abrogation de la “masterisation”. Pour une véritable formation professionnelle et la démocratisation des recrutements, nous revendiquons :
- des pré-recrutements égalitaires à l’issue du Bac, ouvrant droit au statut de fonctionnaire stagiaire.
- des concours de recrutements à l’issue de la 3ème année de Licence, ouverts aux personnes qui n’auront pas été pré-recrutées, concours rénovés et venant après des Unités d’Enseignement optionnelles de découverte et de sensibilisation organisées au sein de licences réorganisées après l’abrogation de la LRU ;
- l’indépendance des structures de formation vis-à-vis des tutelles pédagogiques, hiérarchiques et territoriales. La formation dans ces structures, conçues comme des écoles professionnelles universitaires spécialisées, doit s’inscrire dans un cadrage national évitant l’atomisation des formations. Elles doivent disposer de moyens suffisants.
- une formation largement ouverte aux pédagogies actives centrées sur la coopération.
- deux années de formation professionnelle initiale après l’obtention du concours, rémunérées sous statut de fonctionnaire stagiaire, et une entrée progressive dans le métier, et ce pour toutes les catégories de personnels. Le service doit être limité à 1/3 du service d’un personnel titulaire.
- la reconnaissance pleine et entière d’un niveau de qualification à Bac+5, comme c’est le cas par exemple pour d’autres écoles professionnelles (écoles d’ingénieurs).
- une première année de fonctionnaire titulaire avec un service réduit, permettant d’articuler acquis théoriques (aussi bien disciplinaires que didactiques) et pratiques pédagogiques.

Avec un projet alternatif pour l’école, il faut aussi une alternative pour la formation initiale en termes de contenus.

Cette formation devrait comporter une partie commune à tous les personnels, enseignantEs, administratifs, de vie scolaire, de santé, aux ATOSS, BIATOSS et ATSEM, etc., dont la dimension éducative des tâches et des interventions quotidiennes auprès des enfants et des jeunes, et l’intégration dans les équipes éducatives, seraient pleinement reconnues, dans la perspective du corps unique de tous les personnels de l’Éducation nationale. Elle s’articulerait avec des formations plus spécifiques aux diverses fonctions, et devrait appliquer le principe de la co-formation, où forméEs et formateurEs venant d’horizons variés (universitaires, enseignantEs, travailleurEs sociaux/ales, personnels ATOSS…), réuniEs dans un même statut, n’auraient plus de relation hiérarchique, où tous les personnels deviendraient véritablement acteurEs de leur formation.

Raymond Jousmet

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 4/01/2016– page 14 à 16


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