Un week-end mobilisateur

mercredi 16 décembre 2015
par  Catherine

23,24,25 octobre 2015, soit un an après la mort de Rémi Fraisse, l’usine de fabrication d’armes de Pont-de-Buis, dans le Finistère, a été bloquée. Récit d’un week-end d’actions et de débats.

Le premier numéro de L’Émancipation de l’année consacrait deux pages à la présentation de cette initiative : durant ce week-end, préparé depuis quelques mois, il s’agissait de mettre en lumière l’un des lieux de fabrication en France de grenades, de munitions de flashballs et LBD, d’armes de guerre. 
La fabrication de ces armes, le fait que les forces de l’ordre en soit doté, en particulier depuis 2007, permet à la police de tirer, en tout impunité, en particulier sur des jeunes, en manifestations et dans les quartiers populaires. 

Cet usage d’armes létales – de fait – renvoie à une militarisation croissante. La volonté politique de réprimer toujours plus durement, y compris en mutilant, en tuant, la moindre résistance, la moindre déviance. 

La fabrique du consentement étant à l’œuvre, trop peu de personnes se lèvent pour dénoncer et agir : l’assourdissant silence, notamment des syndicats après la mort de Rémi Fraisse, est-il acceptable ?

Dans la revue n°1 on pouvait découvrir une carte de la fabrication de la répression en France : cette carte montre que l’usine Nobel Sport de Pont-de-Buis est une parmi d’autres. Partout l’on vit, à proximité, d’usines de mort qui fonctionnent...

Manifester devant ou aux alentours de ces sites Seveso en bloque la production. 

L’objectif du collectif du 25 octobre était de bloquer mais aussi de “mener une percée dans l’imaginaire en ciblant ceux qui produisent les armes de la police en s’interrogeant sur la logistique qui fait vivre la répression et qui en profite puisqu’il s’agit d’un business avec un marché intérieur et des contrats à l’export”. En l’occurrence 90 % de la production de cette usine proche de Brest est destinée à l’export : il s’agit bien d’être armé, avec des produits “made in France” pour pouvoir mutiler, tuer, à l’international.

Récit

Le vendredi 23 octobre

Il a été compliqué d’arriver au point de rendez-vous, à la gare de cette commune de 3000 habitants, y compris pour une centaine de salariés travaillant pour Nobel Sport : en effet la gendarmerie avait mis en place de longues déviations et barrages. 

Plus de trois cent personnes parviennent à former un cortège composé de personnes de tous les âges, de tous les milieux, venant de différentes lieux.

Prises de parole, lecture du texte envoyé par le père de Rémi Fraisse : une conférence de l’assemblée des blessé-e-s par la police est prévue devant la porte d’entrée de l’usine.

Mais, impossible de s’en approcher : la commune est militarisée, l’hélicoptère tournera en permanence au dessus de nos têtes, les accès au dessus de la rivière sont hérissés de barrières anti-émeutes.

La conférence de presse, très forte, se tiendra donc sur un pont, devant l’une de ces barrières. (voir désarmonslapolice.noblogs.org).

En amont, des tracts avaient été distribués à la population, et sur les marchés aux alentours rappelant que cette usine, une ancienne poudrerie royale occupant 100 hectares de terrain et de forêt, a tué à plusieurs reprises des salariés et habitants, notamment en 1975. Échanges plutôt cordiaux avec la plupart des personnes qui viendront pour certaines participer aux débats et autres actions.

La question de l’emploi est posée dans les échanges : “mais ne s’agit-il pas d’abord de choix politiques ? En 1918, en 1945, on a arrêté de produire des armes à plein régime, il y a eu des conversions rapides, efficaces, c’est ça l’avenir, non ? À suivre !”

Nous nous installons ensuite sur un champ prêté par un agriculteur : suspendu au dessus de la forêt bretonne, toute rousse et dorée, discussions autour des braséros, et le soir , fest noz sous la nuit étoilée.

Durant ces trois jours, nous partagerons des repas délicieux, à prix libre, réalisés par les cantines de Rennes et Brest. 

Le samedi 24 octobre

Vont s’enchaîner des débats, sous les barnums : la violence dans le maintien de l’ordre et les armes de la police, les luttes en Bretagne, la COP 21, le fonctionnement de l’ambulance militante présente sur place, etc.

Une chorale va s’improviser. En soirée quelques textes “Femmes contre les armes” (il s’agit d’un chantier de recherche qui s’ouvre, ouvert à toutes et tous) lus devant l’installation lumineuse en hommage à Rémi, avant la déambulation aux lampions vers l’usine.

Là encore, nous sommes plusieurs centaines, il y a des enfants dans le cortège, mais l’accès est impossible : alors devant ce mur érigé par les “forces de l’ordre”, de beaux textes vont être lus, il s’agit d’un montage de témoignages des luttes à Notre-Dame-des-Landes et au Val-de-Suza (no tav). Jets de lacrymogènes, alors que des barbelés d’enceintes sont sectionnés, comme au Larzac ! De retour au camp, nous visionnons tous ensemble le film The lab.

Film à voir absolument qui montre l’organisation militaire, politique, économique d’Israël (le gouvernement en étroit lien avec les entreprises fabriquant et vendant les armes) visant à tuer, à détruire la Palestine, les Palestinien-nes.

Débat sur la dimension internationale de la question... Il faudra le continuer ! 

Le dimanche 25 octobre

Rangement, et AG de bilan et perspectives. Dans une grande écoute mutuelle, des pistes d’actions à venir sont lancées.

Une des priorités sera la lutte contre le projet inutile imposé de NDDL : les collectifs de soutien dans toute la France vont avoir à se mobiliser... et puis, à travers champ, à travers bois, l’usine Nobel sport est approchée sous une pluie de lacrymogènes... de marque Vernay Caron, celles ci ! Le départ se fait en convoi (une centaine de véhicules), tous ensemble, ce qui a évité contrôles et fouilles. 

Ce week-end est inoubliable : un blocage, de fait, de cette usine, mais surtout des rencontres fortes. Trois journées qui ont permis de penser des perspectives à venir, alors que Rémi sera toujours présent dans nos luttes (voir toile peinte).

Emmanuelle

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 31/11/2015– page 10 & 11