Un autre projet pour le collège

Edito
lundi 2 novembre 2015

Contrairement à ce que martèlent l’administration et le Ministère de l’Éducation nationale pour en imposer l’application, la question de la réforme du collège n’est pas close. On veut nous faire croire que l’heure n’est plus à l’argumentation, à la critique et à la mobilisation, mais qu’il s’agit maintenant de se réunir pour travailler à la mise en place à la rentrée 2016, après que quelques collègues auront dûment été formatés pour mieux faire passer la pilule.

Pourtant, les grèves du 19 mai, 11 juin et 24 septembre, la manifestation nationale réussie du 10 octobre... constituent autant d’étapes montrant le refus croissant et réaffirmé des personnels et de parents d’élèves face au projet gouvernemental. Partout l’inquiétude monte, et certainEs vont de désillusion en désillusion, avec la ventilation des IMP, les contraintes imposées pour l’organisation concrète des EPI… Si les moyens attribués aux collèges sont répartis tels que prévus par la réforme, à savoir 28,75 heures par division, ce sont des milliers de postes qui vont encore sauter. L’arrivée des DHG dans les établissements sera alors un levier de plus pour une mobilisation d’ampleur.

C’est donc bien le mot d’ordre unitaire d’abrogation de cette contre-réforme et de celles qui l’ont précédée, qui s’impose. Mais le mot d’ordre d’abrogation ne peut se suffire à lui-même, d’autant que le gouvernement s’emploie à faire croire que le combat des personnels contre sa réforme se ferait dans le cadre d’une alliance avec des forces réactionnaires.

Il nous faut au contraire inscrire cette lutte dans une perspective de transformation progressiste du système éducatif. Pour nous elle s’inscrit dans la perspective d’une éducation intégrale et d’un enseignement polytechnique : une école émancipatrice, refusant le tri social et la hiérarchie entre les savoirs, égalitaire et laïque, qui suppose une société en rupture complète avec le capitalisme.

Dans l’immédiat, pour la mise en place d’un collège plus égalitaire et démocratique, il s’agit d’opposer des revendications concrètes face aux conséquences des politiques austéritaires en matière d’Éducation :
- réduction des effectifs dans les classes, la réduction du temps de travail, la mise en place de dédoublements systématiques et de travaux en petits groupes,
- défense des horaires et des programmes nationaux,
- fin de tous les dispositifs orientés vers une gestion managériale, (conseils de cycle, conseils pédagogiques…), pour restaurer la liberté pédagogique individuelle et collective.

Maintenant se pose la question de poursuivre l’action. En s’appuyant sur le potentiel de mobilisation des personnels et en favorisant l’organisation démocratique de la lutte, il nous appartient de militer dans nos organisations syndicales et sur nos lieux de travail, pour :
- préparer dans l’unité un mouvement grève jusqu’au retrait du projet gouvernemental,
- impulser dans cette perspective des AG de personnels souveraines, prenant des initiatives d’action et exprimant leurs revendications, débattant de la construction de la grève reconductible et de toutes les formes d’action adaptées,
- continuer à impulser le refus d’appliquer la réforme localement : boycott des stages de formation-formatage, des différents “conseils” visant à mettre en place la réforme,
- agir pour le retrait des nouveaux projets de programme de collège, qui sont conçus en fonction de l’application de réforme du collège,
- préparer les conditions de l’extension de cette lutte à l’ensemble du système éducatif et à l’ensemble des catégories de personnels. La question du collège est en effet centrale dans l’architecture du système éducatif de la maternelle à l’université, celle plus générale de l’école et de la société que nous voulons nous concerne toutes et tous.

Raymond Jousmet