Une autre voix à FO

Syndicalisme
mercredi 14 octobre 2015

Le congrès confédéral de FO s’est tenu en février, et a été largement à l’origine de la journée d’action du 09 avril. La grande presse, mais aussi souvent le monde syndical, ont retenu cet aspect mais ont peu abordé les débats internes de cette organisation. Ou alors ils les ont réduits à un supposé face-à-face entre la direction et des responsables trotskystes. La réalité est autre : des débats sur le fond de l’orientation de la bureaucratie syndicale dirigeante ont eu lieu, des contestations se sont exprimées. Ce qui est logique : il est normal que FO soit traversée par les mêmes débats, sur l’orientation, les luttes, le fonctionnement interne… que les autres syndicats. Nous reproduisons ci-dessous le discours de Marc Hébert, responsable de l’UD FO du Finistère, lors du congrès confédéral, et qui donne un autre son de cloche. Sans forcément partager l’ensemble de ses positions, cette intervention illustre bien la nécessité que le salariat se réapproprie ses organisations pour les mettre au service des luttes et des revendications.

Mes chers camarades, je vous apporte le salut fraternel des syndicats FO du Finistère. Et je vais commencer par faire une remarque : je n’apprécie pas le nouveau système de décomptage du temps parce que je pense que le président ou la présidente de séance, le congrès, sont en capacité de gérer le temps plutôt que d’avoir une machine qui dit quand il faut s’arrêter.

Deuxième point : mes chers camarades, peut-être que vous ne vous en êtes pas rendus compte, nous sommes dans une organisation syndicale qui se dit libre, indépendante, démocratique ; nous avons déposé au début de ce congrès une motion d’ordre, au nom de 20 syndicats. Cette motion d’ordre n’a même pas été présentée au congrès comme c’est la règle générale de la gestion des assemblées.

Non au rapport d’activité de la direction


Chers camarades, comme nous sommes dans une organisation libre et indépendante, je vous annonce que je ne voterai pas le rapport du secrétaire général Jean-Claude Mailly. “Je”, ou plutôt “nous”, ne voterons pas (nous sommes nombreux dans le Finistère à ne pas le voter) car nous n’avons pas du tout apprécié la gestion par Jean-Claude Mailly de la crise qui s’est produite en Finistère dans l’agro-alimentaire : nous n’avons eu aucun soutien.

Second point : nous n’avons pas non plus accepté la signature de l’accord sur l’assurance-chômage. Je ne peux pas détailler les dispositions qui sont dans cet accord, mais c’est une grave régression du droit des salariés. Notamment le fait que les salariés qui sont indemnisés pour un licenciement sans cause réelle et sérieuse, et qui obtiennent des indemnités pour dommage et intérêts, vont servir à financer le régime d’assurance-chômage. Si vous trouvez normal que des dommages et intérêts qui sont obtenus par des salariés parce qu’ils ont subi un préjudice, permettent d’avoir un délai qui peut aller jusqu’à six mois d’absence d’indemnisation à l’assurance-chômage, eh bien levez la main et dites que vous êtes d’accord, mais moi je ne le suis pas. C’est un des principaux éléments.

Se donner les moyens de lutter

J’ai entendu le discours du secrétaire général hier. J’ai constaté que plusieurs intervenants étaient montés à la tribune pour venir dénoncer la loi Macron, le TAFTA (1)... Mes camarades, quand on veut dénoncer quelque chose, ce n’est pas à la tribune du congrès ou des assemblées générales, ou dans les unions départementales, ou dans les syndicats, qu’on le fait. On donne des outils aux camarades, pour qu’ils puissent se battre.

Sur le TAFTA ? Une circulaire confédérale et un communiqué pour l’année 2014. Sur la loi Macron ? Deux circulaires… dont une qui est arrivée dans les unions départementales à la fin du travail parlementaire. Comment voulez-vous travailler avec des éléments qui ne sont pas communiqués ? C’est bien d’aller dire “nous sommes contre la loi Macron, nous sommes contre ceci, nous sommes contre cela…”, mais si vous n’avez pas les outils pour vous battre, pour expliquer aux camarades, comment faites-vous ?

Les discours et les actes

D’autre part, vous le savez, aujourd’hui c’est sûr, nous participons aux commissions du “pacte de responsabilité”. Mes chers camarades vous aurez remarqué que je n’ai pas de bonnet rouge… Nous nous sommes battus dans le Finistère, nous sommes contre le pacte d’avenir (2), nous avons refusé de siéger pour appliquer le pacte d’avenir, nous refusons de siéger dans les commissions pour l’appliquer. Ce n’est pas facile, les camarades parfois ne comprennent pas, il faut expliquer pourquoi on ne veut pas être intégrés à la machine à détruire les droits sociaux et syndicaux. Et aujourd’hui on apprend qu’on participe ! Et qu’on signe même des accords (le secrétaire général vous l’a dit hier). On ne peut pas être dedans et dehors, mes camarades.

Le constat est affligeant, il y a une distance énorme entre le discours tenu par la confédération et sa pratique. S’il s’agissait de voter sur ce livre très bien fait (3), on pourrait le faire. Mais quand on compare la réalité de ce qui nous est dit avec la réalité de ce qui est fait, mes camarades, il y a une distance énorme. Le plus grand service qu’il y aurait à rendre à la confédération aujourd’hui, c’est que ceux qui ont un doute, qui ne sont pas d’accord... ne se laissent pas enfermer dans la pensée unique qui gangrène petit à petit l’organisation.

Je terminerai par AG2R (4) : un contrat qui est fait par la confédération, qui nous garantit le respect des militants, le respect des salariés. 65 ?% d’augmentation par une lettre recommandée reçue par les assurés par le fameux contrat AG2R FO le 17 décembre, pour une dénonciation le 1er janvier ! S’il vous faut des exemples, camarades, de la différence entre le discours et la pratique, celui-ci en est un bel exemple.

Pas de démocratie sans débats internes

Pour continuer l’explication que j’aurai à faire du vote, puisque j’ai été interrompu sur la déclaration concernant le vote contre : mes chers camarades, FO a connu des périodes où il y avait des tensions, il y avait des tribuns qui montaient à la tribune et qui venaient faire de l’opposition à Marc Blondel. On a vécu cette période-là, et à cette époque les votes n’étaient pas à l’unanimité comme cela risque de se produire aujourd’hui : un plébiscite ! À l’époque on avait des pourcentages qui étaient beaucoup plus bas sur le rapport d’activité (65 ou 70 ?%). Jamais FO ne s’est autant développée qu’à cette période-là, jamais FO ne s’est construite aussi bien que dans la période où les salariés pouvaient comprendre et voyaient qu’il y avait une opposition qui pouvait s’exprimer. Aujourd’hui on refuse une motion d’ordre : vous avez normalement reçu dans vos unions départementales, dans vos sections syndicales, au mois de novembre des motions qui ont été faites par l’UD FO du Finistère, par les syndicats du Finistère, pour amener une discussion et un vote éventuellement sur les rapports que nous avions préparés. Ces rapports ont été distribués, semble-t-il, à la quasi-totalité des syndicats, mais beaucoup nous ont fait remonter qu’ils ne les avaient pas reçus. Nous avons reçu le papier de la confédération qui nous disait bien qu’ils étaient enregistrés... aujourd’hui qui d’entre vous considère comme normal que des rapports qui vous ont été adressés dans les délais prescrits par les articles des statuts confédéraux, ne soient même pas évoqués ? On nous parle de liberté d’expression, qu’en penser alors ?

NB : Les intertitres et les notes sont de la rédaction

(1) Accord transatlantique de libre-échange.

(2) Pacte d’avenir pour la Bretagne : “pacte” négocié entre l’État et le conseil régional de Bretagne après les manifestations des “bonnets rouges”. Il vise en fait à promouvoir la déréglementation et favoriser le patronat breton.

(3) Ici l’orateur évoque le document contenant le rapport d’activité de la direction confédérale.

(4) Mutuelle contrôlée par FO.


Documents joints

Zip - 3.7 Mo
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