IMP : Iniques, Managériales et Polémiques

dimanche 4 octobre 2015
par  Catherine

IMP (Indemnités pour Missions particulières) : ce sigle a fait son apparition dans les collèges et lycées pour la préparation de la rentrée. En effet, en cette rentrée se met notamment en place un nouveau statut pour les enseignant-e-s, qui remplace les décrets de 1950 : le décret Peillon d’août 2014. Les IMP en sont la première concrétisation, et la plus spectaculaire dans l’immédiat.

De nombreux/euses collègues ont ainsi pu constater, pour leurs conditions de travail, les dégâts liés à ce nouveau statut et le constateront encore davantage en cette rentrée. Dans les établissements les débats ont été souvent difficiles, notamment là où il n’y a pas de sections syndicales pour les aider à se confronter à ce dispositif. Les IMP éclairent d’un jour particulièrement net les réalités de la réforme des statuts, et plus globalement les conséquences de la “refondation” de l’école. Et ce sur plusieurs points.

Péché originel

Le discours du ministère, mais aussi celui des directions syndicales soutenant les IMP ouvertement (CFDT et UNSA) ou de manière moins directe (SNES), est simpliste : les IMP sont un progrès car elles reconnaissent financièrement des tâches effectuées par les personnels. C’est le discours martelé notamment par les chefs d’établissement quand les personnels expriment leurs critiques.

La réalité est que le but de la réforme statutaire est d’imposer une conception du travail organisé en “missions” (d’enseignement ou pas) définies et appréciées localement par la hiérarchie... pour pouvoir enfin imposer des tâches supplémentaires aux personnels. C’est une brèche dans le caractère national des statuts des personnels, pour imposer déréglementation et “autonomie”. Et les IMP sont un instrument pour cela.

Un avant-gôut

Cette réalité apparaît pleinement là où la réforme statutaire a été appliquée dès la rentrée 2014 : les 102 établissements REP+ “préfigurateurs”. En effet, on y a appliqué la “pondération” (officiellement une heure de cours décomptée pour 1,1h). Dans le discours, elle est censée reconnaître la pénibilité particulière du travail dans ces établissements, voire constituer une diminution du temps de travail. Dans la réalité, les “dérives” (qui n’en sont pas, mais qui sont plutôt le résultat des pouvoirs donnés aux chefs d’établissements) n’ont pas tardé. De nombreux chefs d’établissement ont établi une comptabilisation des heures, estimant que les personnels “devaient” des heures en échange de la “pondération”. Pour d’autres les IMP et la pondération, bases du nouveau statut, auraient des “contreparties” définies bien sûr par la hiérarchie... autrement dit un accroissement de la charge de travail (voir à la fin du présent article). Ce précédent aurait dû alerter et pousser à la lutte pour empêcher la mise en place des IMP et plus largement du nouveau décret statutaire.

D’autres, dans le cadre de la préparation de la rentrée 2015, ont même tenté ici ou là de mettre en place des lettres de mission concernant les IMP ! Autrement dit la négation d’un statut national, et l’arbitraire le plus absolu en s’extrayant même du très maigre cadre national présent dans le décret et la circulaire sur les IMP.

Un décret et une circulaire inacceptables

Car les IMP ce n’est pas simplement l’idée d’une série de tâches en dehors de l’enseignement, qui donneraient lieu à rémunération sous forme d’indemnité, même si cela suffit à les caractériser. Pour nous, ce qui s’impose est la réduction du temps de travail et la fin du gel du point d’indice avec une augmentation immédiate et uniforme pour les personnels. Personne n’est demandeur/demandeuse d’indemnités, qui servent à opposer les personnels, renforcer les inégalités et l’arbitraire sous la contrôle de la hiérarchie, à briser leurs solidarités et esquiver la question de la hausse des salaires...

Mais le décret et ses textes d’application aggravent encore la nature des IMP. En effet, en l’absence de cadrage national des indemnités (la seule exception notable étant l’EPS), les directions d’établissement font (presque) tout ce qu’elles veulent, leur seules limites étant celles posées par le rapport de forces local. Ce n’est pas seulement une “dérive”, mais aussi un élément délibéré et finalement logique dans la perspective de développement du management local. Et l’ampleur des différences de rémunération (une fourchette allant de 1 à 12, de 312,50 à 3750 euros par an) est délibérée.

Les IMP, c’est la division

Les IMP servent logiquement à orchestrer la division des personnels. En effet, c’est localement que la répartition des IMP, c’est-à-dire des sommes d’argent correspondantes... est décidée. On voit bien où cela peut mener : le favoritisme et l’arbitraire. D’autant plus que ces indemnités sont financées par des redéploiements, aboutissant notamment à des suppressions d’heures de cours (voire de postes). Et qu’en tout état de cause elles sont souvent insuffisantes en quantité globale, entraînant des conflits sur leur répartition. La division des personnels est d’autant plus facile que le “conseil pédagogique” est chargé de discuter la répartition des IMP. D’où des affrontements et des pratiques scandaleuses. Ainsi dans mon lycée, il a été question d’un écart de rémunération allant du simple au triple pour la coordination de disciplines avant sensiblement le même nombre d’enseignant·e·s !

Dès lors on entre dans une logique de conflit local avec les chefs d’établissement. Ce qui est bien entendu nécessaire pour défendre les conditions de travail des personnels. Sachant qu’il y a aussi le risque de la co-gestion locale, transformant les syndicats en agents d’application de la réforme. Même quand, comme dans mon lycée, les syndicats refusent de négocier la répartition des IMP en se limitant à combattre les éléments les plus inacceptables dans leur répartition, et affirment la nécessité de leur abrogation... les divisions qui apparaissent chez les personnels entravent l’action revendicative.

C’est pourquoi on ne saurait, comme le font beaucoup de directions syndicales, renvoyer le combat au seul niveau local, sans l’articuler à une perspective et des actions unifiées.

Que faire maintenant ?

Et maintenant ? Il y a bien entendu les combats locaux immédiats pour combattre l’accroissement de la charge de travail, l’autoritarisme hiérarchique ou la déréglementation, ou pour obtenir un cadre national de ces indemnités. Dans un contexte où une fois de plus les conditions de rentrée seront dégradées et où le mécontentement justifié des personnels peut les pousser à l’action.

Mais dans le cadre d’un combat d’ensemble contre la politique éducative de ce gouvernement, il importe aussi de porter la perspective de l’abrogation du système des IMP (et du nouveau statut des personnels). D’autant plus que les alternatives à y opposer sont assez faciles à élaborer :

- pas d’indemnités mais la baisse du temps de travail (baisse du temps de service, fin du flicage et de l’imposition de réunions inutiles diverses et variées) et l’augmentation des salaires.
- si l’on veut “reconnaître” des fonctions comme celles de coordinations de discipline – ce qui est légitime – il est tout à fait possible de le faire dans ce qu’étaient les décrets de 1950 (par exemple en généralisant à toutes les disciplines ce qui existait déjà pour certaines d’entre elles comme l’histoire-géographie).

L’intersyndicale du second degré va appeler en septembre à la grève pour le retrait de la réforme du collège et la satisfaction des revendications les plus immédiates. Cette action est la bienvenue. Mais elle pose aussi la question de la construction d’une lutte pour mettre en échec la politique gouvernementale : une lutte qui ne se limite pas à la réforme du collège (par exemple il faut revendiquer la suppression du système des IMP...), qui ne se limite pas au second degré et qui ne se limite pas à des journées de grèves espacées dans le temps.

Quentin Dauphiné

L’Émancipation syndicale et pédagogique – 31/08/2015 – page 22 & 23


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