Journée d’action ou grève générale ?

mardi 3 mars 2015

Suite au congrès de FO et aux déclarations de la CGT avançant cette perspective… dans une déclaration commune, CGT, FO et Solidaires appellent à une grève interprofessionnelle le 09 avril. En précisant qu’elles "s’engagent dans un processus de mobilisation". La précision n’est pas superflue…

En effet, des appels à des journées d’action interprofessionnelles, y compris avec appel à la grève (en général très théorique)… il y en a eu depuis 2012 ! 10 septembre 2013 (retraites), 18 mars 2014 (ANI)… qui s’en souvient ? Elles n’ont pas permis d’avancer vers une lutte capable de faire échec aux projets gouvernementaux.

Un contexte changé

Mais la situation a changé. Ce gouvernement mène une politique de plus en plus autoritaire (du 49-3 dans la pure tradition de la Ve République, jusqu’à la répression directe des mouvements sociaux) et brutale contre le monde du travail. Le “pacte de responsabilité” en est le pivot. Et cette accentuation est aussi une accélération. Prenons l’exemple de l’école : les annonces se multiplient, les projets néfastes se précisent : vacances scolaires, statuts des enseignant-e-s (avec le décret indemnitaire sur les IMP (1) comme premier élément d’application du décret sur les obligations de service de Peillon), déréglementation du collège, etc. On retrouve les mêmes logiques ailleurs, par exemple dans le secteur privé avec l’ANI et la loi Macron.

En même temps, ce gouvernement et sa politique sont rejetés par la population. Il est donc possible et nécessaire de lutter et de gagner contre eux… mais comment ?

Une grève nécessaire…mais une grève pour vaincre

Pourtant, malgré sa situation difficile le pouvoir a jusqu’à maintenant fait passer ses contre-réformes. Pourquoi ce paradoxe ? C’est que pour le battre, il faut offrir une perspective, un espoir d’alternative, par les luttes (pour ce qui relève directement du mouvement syndical) mais aussi pour un changement de société (de rupture avec le capitalisme autrement dit).

Cela a fait défaut à l’essentiel du mouvement syndical, car telle n’est pas l’orientation des directions bureaucratisées en son sein. À la place nous avons eu droit à des “journées d’action”, accompagnées d’un “dialogue social” dont le principe est simple : moins il y a de choses à négocier avec le pouvoir, plus il y a d’instances de “concertations” pour l’aider à donner de la crédibilité à ses mesures.

Aujourd’hui, l’appel unitaire pour le 09 avril pose le même problème. Ainsi malgré des critiques justes sur la politique gouvernementale, il n’énonce aucune revendication concrète : pas de retrait du pacte de responsabilité ni de la loi Macron, pas d’augmentation salariale chiffrée, rien sur la précarité… en fait la seule chose de tangible – mais elle est importante – est l’appel à une journée de grève.

Mais le mécontentement des salarié-e-s est tel, qu’ils/elles peuvent avec raison se saisir de cette occasion suivant leurs propres aspirations, pour combattre vraiment la politique gouvernementale. Toute la question est donc de faire de cette journée la réponse qui convient face à l’offensive gouvernementale : une grève interprofessionnelle qui bloque le pays et inflige une défaite au gouvernement, autrement dit une grève générale s’appuyant sur la reconduction de la grève.

Des conditions à réunir

Pour cela, il faut d’abord bien entendu en discuter avec les salarié-e-s le plus possible, et faire en sorte que le plus d’organisations syndicales possible appellent (et mobilisent réellement) pour le 09 avril : à commencer par la FSU, qui n’est à ce jour pas (encore ?) appelante. Car il faut que la grève soit la plus massive possible.

Mais cela est inséparable de la définition d’une plateforme revendicative offensive :
- pour le retrait du pacte de responsabilité et de la loi Macron ;
- pour le retrait des contre-réformes dans les différents domaines ; par exemple dans le domaine éducatif : celles sur les statuts et les “indemnités pour missions particulières”, sur le collège et l’éducation prioritaire…
- pour la satisfaction des revendications les plus urgentes sur les salaires, les retraites, la précarité, les libertés (sans lesquelles l’action syndicale elle-même devient très difficile)…

… et tirer certaines conclusions pratiques. Par exemple : pour obtenir tout cela, le “dialogue social” et la participation aux multiples structures de suivi des contre-réformes ne servent à rien.

Plateforme de lutte et grève non limitée à une journée, mais aussi implication des personnels dans la grève : ce sont eux/elles qui doivent la contrôler, se l’approprier, la diriger. Cela nécessite d’en créer les conditions : que les militant-e-s syndicaux/ales impulsent des AG souveraines pour décider les formes d’action et les revendications, AG qui se coordonnent à tous les niveaux.

Dès maintenant dans nos établissements, oeuvrons à créer les conditions pour une vraie lutte d’ensemble du monde du travail !

Quentin Dauphiné, 24/02/2015

(1) Indemnités pour missions particulières

Dernière minute : le Bureau National de la FSU appelle à la grève du 09 avril...


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