Qui est “Charlie” ?

lundi 9 février 2015
par  Catherine

Question ambigüe. Dans cette période dramatique qui nous a touTEs profondément atteintEs où Charlie Hebdo, au bord de la faillite, s’est découvert, mais au prix exorbitant de sa rédaction décimée, des millions de supporters de par le monde, il peut être intéressant de comparer le “Je suis Charlie” affirmation du journal lui-même depuis sa création avec les “Je suis Charlie” de touTEs celles et ceux qui individus, courants ou institutions se revendiquent tels… avec de bonnes ou de moins bonnes raisons. Le but étant double : d’une part dénoncer l’aspect ubuesque de certains outings Charliesques de circonstance et d’autre part tenter de voir comment la profonde et inédite émotion suscitée par cette tragédie pourrait permettre de faire tourner différemment l’Histoire

Un journal pas si bête ni méchant qui subvertit l’ordre moral

Charlie, pour nombre d’entre nous, c’est la constance de cette bande de copains-pines (féminisons même si les filles étaient plus rares que les vannes machistes), qui ont lancé, en pleine dictature gaullienne, alors que la satire étaient plutôt l’apanage de publications réacs, un pavé dans la mare, Hara Kiri revue bête et méchante dont l’insigne honneur aura été d’être interdite par le pouvoir de droite pour avoir salué la mort de De Gaulle par “Bal tragique à Colombey : un mort” ; pour continuer à rire de tout et de tout le monde, un nouveau titre s’imposait, ce fut Charlie, inspiré d’une BD américaine, à moins que ce ne soit par le prénom de ce De Gaulle qui s’était à titre posthume vengé d’Hara Kiri en l’entraînant dans sa chute.
La plupart des meilleurEs dessinateurEs se sont relayéEs pour faire de Charlie le bastonneur des politiques de droite, comme de gauche, des conformismes bourgeois, des flics et de l’armée et bien sûr des religions. Nous en connaissions beaucoup qui, comme nous, défendaient des positions antimilitaristes, anticléricales, antihiérarchiques et de critique sociale. Avec ou sans leur accord explicite, nous avons souvent utilisé leurs dessins pour nos tracts et revues, comme pour cet article, mais où qu’ils/elles soient je suis sûr de leur pardon. Ils/elles savaient en quelques traits, qui marquaient le talent, camper des dénonciations ou des cris d’alerte plus clairement que tous les écrits du monde. Bien sûr l’évolution et les prises de positions du journal et de certainEs de ces journalistes, particulièrement à l’époque de Val, nous rendaient perplexes… Mais, par delà ces vicissitudes, ce brûlot iconoclaste représentait tellement une forme de militance contre l’obscurantisme, la répression, la guerre, les turpitudes du pouvoir et des politiques, qu’il a fini par l’incarner et ses dessinateurs ont aussi à titre individuel pris fait et cause pour beaucoup de luttes de terrains – en particulier Charb et Tignous dans le soutien aux sans-papierEs. Ainsi, Charlie a irrigué toute la sphère militante. C’est cette sphère-là qui sait que Charlie, par delà les divergences, ce sont des camarades qui vont bien nous manquer.
Suite à l’assassinat d’une bonne partie de la rédaction du journal (pendant sa conférence de rédaction, consacrée ce jour-là à la préparation d’un numéro sur le racisme), l’émotion s’est traduite sur le Net et dans la rue par la multiplication de manifs spontanées en solidarité avec les victimes des 7, 8 et 9 janvier, en France comme dans le monde, et a d’emblée dépassé cette sphère militante et des lecteur/trices, pour porter à un niveau rarement atteint les manifestations refusant que les kalachnikovs ne fassent taire les crayons des dessinateurs/trices, pour le droit au non conformisme, à la satire et à la liberté d’expression. C’est ainsi que s’est imposé le “Je suis Charlie”, recoupant des motivations et des orientations idéologiques très variées et pour certaines assez peu en phase avec l’orientation du journal.

N’est pas “Charlie” qui veut !

Une telle émotion populaire, qui s’est dotée d’un mot d’ordre attrappe-tout et pas trop radical dans sa forme, “Je suis Charlie”, n’a pas manqué d’attirer les récupérateurs et récupératrices en tous genres, y compris les plus opposéEs à ce que représentait Charlie Hebdo. Politiques, patrons d’entreprises, responsables religieux, médias ont redoublé d’ingéniosité pour afficher le plus ostensiblement possible qu’ils sont Charlie et ont fait de la surenchère, avec les larmes de crocodiles, les panégyriques plus ou moins décalés. Mais, n’est pas “Charlie” qui veut…
D’abord, il est inconvenant de s’afficher “Charlie” pour les politiques qui sont à la fois responsables de la situation économique, sociale, culturelle, scolaire, carcérale… qui jettent les jeunes dans les filets des extrémistes religieux et des opérations militaires au Moyen-Orient ou en Afrique… qui provoquent les moqueries de Charlie Hebdo, la soif de vengeance des djihadistes et l’incompréhension de toutes celles et ceux qui voient là une poursuite de la pratique coloniale de défense des intérêts français.
Le deuil national avec minute de silence intégrée et mise en berne des drapeaux de la République et la commémoration à NotreDame… Autant de symboles et institutions suffisamment ridiculisés par les journalistes de Charlie Hebdo pour qu’on imagine combien ils ont dû se retourner dans leurs tombes… Et autant de
commémorations ostensiblement soutenues par le gouvernement, les politiques et les médias, qui ont donné à voir qu’il y a deux poids et deux mesures avec la faiblesse des réactions vis-à-vis des massacres des PalestinienNEs par l’État d’Israël et en France, même si ce ne sont pas des meurtres organisés à la même échelle, l’assassinat d’État de Rémi Fraisse ou les nombreuses bavures policières.
La manifestation parisienne du 11 janvier a été organisée pour canaliser l’élan spontané de millions de personnes en solidarité avec les victimes, pour la liberté d’expression et de la presse. L’invitation de responsables de pays étrangers qui répriment ces libertés et oppriment les peuples, le criminel de guerre Netanyaou en tête et l’appel de Hollande et Valls à l’union nationale où communient gauche et droite, exploiteurs/euses et exploitéEs, ont dissuadé beaucoup de gens de participer à cette initiative, à commencer par la jeunesse des banlieues.
Depuis les chroniqueurs et politiques sonnent la charge sur tout ce qui dépasse en désaccord avec l’union nationale sécuritaire et d’austérité : Hollande “appelle les partenaires sociaux à se montrer à la hauteur de l’unité nationale” pour appliquer le pacte de responsabilité et déjà des éléments de la loi Macron qui prétend casser le code du travail. À l’occasion de la minute de silence dans les établissements scolaires, la ministre de l’Éducation nationale a déploré “trop de questions et des questions inacceptables”. Le 13 janvier la responsable du service politique de France 2, Nathalie Saint-Cricq, atteint des sommets en déclarant : “Il faut repérer et traiter ceux qui ne sont pas Charlie”. Elle fait plus fort que les parlementaires les plus réactionnaires qui veulent poursuivre les jeunes qui n’ont pas “respecté” la minute de silence et/ou supprimer les allocations familiales de leurs parents.
L’expression “ceux qui ne sont pas Charlie”, classification des plus arbitraires renvoie certainement à l’enthousiasme du Premier Ministre qui le 10 janvier répétait sur les ondes “Nous sommes tous Charlie, tous policiers, tous des juifs de France”.
Isoler ainsi les “communautés” dans cette période difficile (où déjà une cinquantaine de mosquées avaient été prises pour cibles), c’est faire le jeu des assassins qui escomptaient ce résultat. D’autant que le “repérer et traiter”, de Saint-Cricq rappelle de sombres époques où étaient désignées à la vindicte populaire des populations sur base religieuse, culturelle, politique ou d’orientation sexuelle…
Ensuite, il est scandaleux pour la police de s’afficher “Charlie” alors que les forces dites de l’ordre et ceux qui les dirigent ne se sont pas donné les moyens de protéger le journal qui était l’objectif le plus désigné en France. Le fait que trois policierEs aient été abattuEs les 7 et 8 janvier ne doit pas empêcher de dénoncer les graves défaillances de l’institution policière, d’autant que celles-ci sont en partie responsables de la mort de ces policierEs aussi :
- C’est Valls, quand il était au ministère de l’Intérieur, qui a réorganisé le Renseignement. On ne peut pas dire que ce soit concluant, en termes de prévention des risques d’attentat. Le Canard Enchaîné (bien seul parmi les organes de presse, ce qui montre que dans les médias aussi n’est pas “Charlie” qui veut) rapporte une série de dysfonctionnements éloquents : le 30 décembre 2014, des motards contrôlent Amedy Coulibaly, constatent qu’il est fiché à l’antiterrorisme, préviennent leur hiérarchie et l’antiterrorisme, sans le moindre écho… Même constat de non intervention quand quelques mois avant l’attentat, un particulier signale à la police que deux personnes ont demandé de façon autoritaire l’adresse exacte de Charlie et fourni le numéro minéralogique de leur véhicule...
- Pourtant, la protection du journal par la garde statique permanente devant les locaux, qui aurait permis d’intervenir à temps contre deux hommes cagoulés, lourdement armés et retardés leur entrée dans les locaux, a été retirée depuis septembre et remplacée par des rondes aléatoires. D’après le Canard enchaîné le syndicat Alliance de la police nationale “exigeait l’arrêt de la mission « Charlie Hebdo », protéger les locaux privés était un luxe, une tâche indue”… Ce syndicat, qui a osé réclamer la levée d’une mesure préventive essentielle, ne se prive pas, une fois l’attentat commis, de participer au délire sécuritaire en réclamant pour les policiers la possibilité de placer des micros dans des voitures, des appartements, sans contrôle à priori du juge.
Enfin, en matière de protection d’intérêts privés que dire de l’intervention des forces dites de l’ordre au niveau des projets démesurés et destructeurs des équilibres naturels de Sivens, de Notre-Dame-des-Landes ou de Roybon… ? Et si les moyens de la police sont aussi limités, que dire de sa spécialisation dans la répression des opposantEs à la politique libérale des gouvernements de gauche comme de droite et à la limitation de droits fondamentaux comme celui de manifester notamment par l’usage d’armes de guerre qui blessent et tuent.
Enfin, il est ridicule d’invoquer les mânes de Charlie pour les structures qui ont cautionné l’union nationale en appelant de façon acritique à la manifestation du 11. À commencer par l’ensemble des directions syndicales. Certaines ont pu se laisser abuser par la forte demande du “touTEs ensemble”. Ce n’est apparemment pas l’excuse du SNES Paris qui persiste et signe, dans un communiqué d’un républicanisme époustouflant, salutairement allumé par Alain Gresh dans le blog du Diplo , comme il aurait pu l’être par Charlie Hebdo : “peu importe la présence de chefs d’État plus ou moins respectueux des libertés dans leurs propres pays […]. Nous savons que la minute de silence dans nos établissements a fait l’objet de diverses réceptions de la part de nos élèves qui n’adhèrent pas tous à ce projet égalitaire et républicain. Nous disons que l’Institution ne peut accepter certains propos et un rappel à l’ordre sévère doit être signifié aux quelques élèves, peu nombreux, qui ont tenu des propos inacceptables ou ont eu des postures déplacées. L’École ne peut pas donner de signes de faiblesse et doit rester ferme sur la ligne de la laïcité en signifiant clairement à ces élèves qu’elle ne transigera pas sur la liberté d’expression, y compris celle de blasphémer. Le Rectorat n’a transmis aucune consigne de modération vis-à-vis de ces élèves, nous en avons eu confirmation. Nous devons faire comprendre à nos élèves que la loi de la République est au-dessus des règles communautaires. En refusant ce principe laïque élémentaire, ils s’excluent de la République garante des libertés y compris la liberté de culte.”
Comment unE jeune syndiquable peut-elle/il adhérer à une telle approche et surtout en quoi cette approche peut-elle lui être utile pour gérer les aléas de sa pratique professionnelle liée à la période ?
Dans cette situation difficile, qui risque de devenir encore plus compliquée si les réponses collectives – à commencer par les réponses syndicales – sont inappropriées, ce qui est posé, avant même de penser que la répression et l’école – voire la répression à l’école – règleront les problèmes, c’est justement, d’interroger cette République que notre pays est si prompt à exporter (fût-ce par les armes) et si incapable à faire vivre à l’intérieur des frontières. Et c’est à partir de la trilogie qui orne les frontons des mairies, et qui a ces derniers jours repris un coup de jeunesse qu’on peut s’y essayer.

Charlie en renfort d’un idéal républicain théorique

La Liberté, exigence ambigüe puisque aussi invoquée pour le libéralisme économique, a été, après l’émotion et la rage, le nerf des imposantes manifestations de solidarité avec les victimes.
On en oubliait presque que ces libertés de pensée, d’opinion, d’expression et de la presse, qu’incarnait Charlie , étaient relatives jusqu’ici, parce que limitées par les lois de la République bourgeoises qui avaient déjà permis d’interdire Hara Kiri mais aussi par les lobbies religieux, économiques, politiques… qui utilisent la justice pour faire taire leurs opposantEs, juridiquement ou financièrement.
Sous couvert de sécurité et de lutte contre le terrorisme les libertés individuelles sont de plus en plus limitées par les lois sécuritaires et anti-immigréEs et un des buts de “l’union nationale” de Hollande et Valls est de banaliser la diffusion du discours militaro-sécuritaire et de mettre en place de nouvelles lois liberticides, façon “patriot-act”, même s’ils s’en défendent. Ils s’annoncent même prêts à aller plus loin que les Américains sur les déplacements et les communications, notamment par Internet. Les propos, les critiques sur ces sujets “sensibles” sont muselables à souhait : la ministre de la Justice a donné une consigne, aux procureurs, de fermeté vis-à-vis de l’apologie du terrorisme qui a eu un résultat immédiat de faire exploser les procédures (117 entre le 7 et le 21 janvier, d’après la chancellerie dont 77 ne visent que cette seule infraction) et les condamnations : 44 affaires sur les 77 ont déjà été jugées, dont 22 en comparution immédiate. Il y aurait 12 peines d’emprisonnement, dont 7 avec emprisonnement ferme.
Les institutions répressives et liberticides qui mènent la guerre à l’extérieur comme à l’intérieur voient leur budgets se regonfler (armée, police). Pas celles qui concourent à éduquer à la liberté et à la responsabilité, la Culture, l’Éducation nationale. Les personnels de cette dernière attendent toujours les mythiques créations de postes et revendiquent qu’au moins les dotations budgétaires et horaires ne baissent pas et prennent en compte les hausses d’effectifs. Créditée d’un bonnet d’âne pour sa difficulté à inculquer la doxa républicaine l’école devra se contenter d’un discours autoritaire sur l’école : il faudrait “renforcer l’autorité des enseignants”, mais surtout pas leur liberté pédagogique comme l’ont montré les suspensions récentes liées au travail avec les élèves sur l’actualité, suspensions qu’il est hors de question de laisser passer. Les mobilisations ont arraché la levée des poursuites vis-à-vis du professeur d’Art plastiques de Mulhouse qui avait utilisé en cours des caricatures publiées dans Charlie . Mais il faut continuer pour le professeur de philo de Poitiers qui a été suspendu et est en passe d’être poursuivi pour apologie du terrorisme, pour avoir organisé des débats dans ses classes le 8 janvier. Il serait prévu de “réprimer certaines questions des jeunes”, d’“imposer un enseignement de la morale, du civisme, des symboles de la république et de la laïcité”. Mais surtout pas de liberté d’apprendre par les questionnements, le tâtonnement, l’enrichissement mutuel, la formation à l’esprit critique. La liberté d’expression ce n’est pas apprendre à se taire ou à opiner, mais à parler en public, à écouter les autres, à opérer des synthèses et relancer les débats, ce qui doit conduire à renforcer les pratiques et projets d’équipes pédagogiques coopératifs (conseil de type Freinet, heures de vie de classe, gestion de foyers socio-éducatif, journaux scolaires, travail avec presse et radios locales…). Une formation à la laïcité qui dépasse les chartes ou injonctions, une approche critique des cultures et des religions, de l’histoire des peuples et des faits coloniaux, doivent faire d’urgence l’objet d’une consultation large, au moins des praticiennEs de l’Éducation et des chercheurEs, afin d’être mises en œuvre dans les programmes et dans la formation des enseignantEs. Tout cela n’a rien à voir avec les onze propositions de la ministre, qui sont parachutées, et qui derrière un vernis pseudo-pédagogique sont pour beaucoup rétrogrades.
L’Égalité, la plus ostentatoire des devises républicaines, est aussi la moins suivie d’effet. Il ne suffit pas de décréter l’existence d’un ascenseur social pour que celui-ci fonctionne dans la société réelle, surtout quand dans le même temps, les difficultés s’accroissent et les crédits baissent pour les politiques familiales, les services publics (logement, aide sociale, santé…).
La relégation de certaines zones urbaines, l’indigence des politiques de la ville, l’exclusion, le chômage, la misère croissante, concourent à une croissance considérable des inégalités depuis dix ans dans un contexte de “crise” et de “sacrifices”, d’austérité imposés aux classes populaires, alors que les plus riches détournent les richesses produites de façon insolente (revenus des actionnaires, des grands patrons, niches fiscales, fraude de l’impôt…). Autant de thèmes qui apparaissent dans beaucoup de contributions suite aux attentats, mais qui n’ont strictement aucune traduction dans les annonces du gouvernement. Ce dernier ne compte pas infléchir sa politique d’austérité et de cadeaux au patronat et aux nantis et veut même avec la loi Macron démanteler les garanties du travail.
Cette politique des pouvoirs publics met là aussi le service public d’Éducation en première ligne. Mais il est désarmé par les politiques successives de dégraissage, la concurrence accrue du privé confessionnel et les “réformes” de l’éducation prioritaire.
Il revient donc aux mobilisations de terrain et aux organisations syndicales de mener ou reprendre ces combats pour les moyens et la baisse des effectifs de classe, pour la laïcité et pour l’éducation prioritaire. Les grèves dans des Réseaux d’Éducation Prioritaire, prévues dans les premières semaines de janvier, ont sans aucun doute pâti du contexte initié par les attentats et elles n’ont pratiquement pas été médiatisées. Il va falloir veiller à ce qu’il n’y ait pas mise sous le boisseau des luttes sociales et donc à ne pas reproduire les erreurs : la caution de l’ensemble des syndicats à “l’union nationale”, l’appel à la grève du 3 février juste avant les vacances trop tardif par rapport aux luttes de la fin du 1er trimestre et l’absence de cadre unitaire. Cependant le conflit des chauffeurs routiers contre le patronat, largement relayé dans les média, l’échec des négociations avec le MEDEF sur la représentativité dans les entreprises, nous indiquent que les luttes sociales peuvent reprendre le devant de la scène.
Quant à la Fraternité, la légende attribuerait à Robespierre son ajout dans la devise républicaine pour équilibrer les aspects contradictoires de la Liberté et de l’Egalité.
Bernard Maris, dans son édito du numéro de Charlie Hebdo “La laïcité c’est par où ?”, comparait la fraternité à la laïcité et estimait que le retour du religieux est un échec de la fraternité.
Œuvrons à ce que l’émotion suscitée par l’attentat qui a coûté la vie – entre autres – à Bernard Maris joue le rôle d’électrochoc et permette d’inverser la tendance : la fraternité et la laïcité doivent prendre le pas sur le retour du religieux.
Pour combattre, de façon urgente, la flambée des actes racistes, anti-musulmans et antisémites en France, il nous faut dénoncer les amalgames de toute sorte, notamment l’amalgame banlieue/islamisme auquel on n’a pas échappé, et tout particulièrement l’assimilation constante entre peuple, population, et religion (on peut aussi évoquer en retour les violences anti-chrétiennes au Niger). C’est cette assimilation qui nourrit les extrémismes politico-religieux.
Pour réinvestir les quartiers de relégation par le social, l’éducation populaire, le politique… En effet il ne suffit pas de dénoncer les dérives racistes et xénophobes, sans construire des alternatives durables à la déshérence des quartiers populaires.
Pour forcer enfin les pouvoirs publics à cesser de saupoudrer de “la mixité sociale” sur des zones d’apartheid et à prendre à bras le corps, en concertation avec l’ensemble des habitantEs la problématique des aménagements urbains et de l’architecture pour cesser de trier sur base de revenus et/ou de “communautés” les populations. L’urbaniste Jean-Pierre Lefèvre qui a travaillé vingt ans à l’urbanisme opérationnel de la Seine-Saint-Denis en dirigeant sa société d’aménagement, la Sodédat 93 a écrit à Valls pour expliquer les occasions ratées. Il a tout de même précisé qu’il est encore possible d’avancer sur cet aspect là de la fraternité.

Une nécessaire mobilisation

Ces différents éléments sont à discuter, à confronter avec d’autres sur les lieux de travail, dans les quartiers et ne sauraient être imposés sans débats préparatoires comme semble vouloir procéder le gouvernement, notamment dans l’éducation. Cette dernière se trouve propulsée en première ligne, les questions de liberté pédagogique individuelle et collective, de formation réelle et approfondie de toutes les catégories de personnels, de baisse du temps de travail comme des effectifs, de consultations sur les programmes et les autres éléments à améliorer, d’une réelle éducation prioritaire dotée de moyens, doivent immédiatement prendre le pas sur les atteintes statutaires et les mesures répressives ou autoritaires d’un autre temps. C’est ainsi et seulement ainsi qu’on pourra maintenir un haut niveau d’investissement de touTEs. Cela impose bien sûr d’en finir avec l’austérité, le pacte de responsabilité et le projet de loi Macron. C’est de la responsabilité des AG des personnels de déterminer les formes d’action pour imposer ces réponses, qui ne feront pas l’économie de la grève non limitée à l’avance, et des syndicats de poser des échéances de centralisation et de poursuite du mouvement, dans l’unité syndicale la plus large, notamment en ne laissant pas le 3 février sans lendemains.

Olivier Vinay (Seine-Saint-Denis), le 27 janvier 2015

L’Émancipation syndicale et pédagogique –2/02/2015 – page 4 à 7


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